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©Thomas COEX / AFP

Sévices publics

Coronavirus : le scandale caché du sous-investissement mortuaire

Patrick Pelloux et Mélenchon se trompent. Ce ne sont pas les lits de réanimation qui nous font défaut mais les emplacements dans les cimetières.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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L’urgentiste Patrick Pelloux, mais il n’est pas le seul à faire ce terrible constat, le rappelait encore l’autre matin : si les capacités du pays en lits de réanimation étaient suffisantes, il ne serait pas nécessaire d’emmerder les Français avec ces mesures absurdes et liberticides de confinement et de couvre-feu... 

Tiens, même le masque, le gel et les gestes barrière deviendraient inutiles ! Les gens pourraient continuer à vivre comme si de rien n’était, aller au resto, en boîte, en rave party ou chez madame Claude sans se soucier de tomber malade, une place en soins intensifs leur étant assurée en cas de contamination.

Car enfin, chacun sait bien que c’est la pénurie de lits équipés en respirateurs qui force ce gouvernement d’incapables à toutes ces contorsions, une nation correctement gérée pouvant accueillir n’importe quelle pandémie, aussi grave soit-elle, dans le calme et la sérénité.

Pour autant, dans sa dénonciation de l’incurie des élites, le médecin de la télé ne va pas encore assez loin. Et il est grand temps de dire la vérité sur les « vraies raisons » pour lesquelles Macron et ses sbires refusent de laisser le coronavirus gambader sans encombres à travers le pays et tentent déspérément de limiter le nombre de décès : le manque cruel d’emplacements dans les cimetières et l’incroyable sous-effectif du corps des fossoyeurs !

Les projections statistiques divergent bien sûr, et il est délicat de prévoir avec précision le nombre de victimes que causerait une épidémie de cette ampleur sans dispositif sanitaire particulier. Mais la fourchette étant généralement comprise entre 200 000 et 500 000 morts, soit, dans l’hypothèse haute, moins de 0,5 % de la population française, on comprend mal que l’on mette en balance le confort et le bien-être de tous et la disparition (oh, fort triste, ça va sans dire) d’une minorité essentiellement constituée de vieux ayant fait leur temps et de personnes à la santé précaire condamnées de toute façon...

A une époque encore récente, et les nombreux conflits dans lesquels la France a été impliquée en sont la preuve, notre service public mortuaire pouvait pourtant accommoder un nombre bien plus important de décès surnuméraires sans difficulté (la seule bataille de Verdun a ainsi pu provoquer quelque 700 000 morts sans déclencher la moindre polémique).

Mais voilà, c’était un autre monde, le néo-libéralisme n’était pas encore passé par là avec son cortège d’économies de bouts de chandelles, et l’investissement dans l’extension de nos cimetières n’avait pas encore été freiné par la disparition de l’ISF. On dit d’ailleurs que l’Allemagne, la Chine et la Corée du Sud, disposent de trois fois plus d’emplacements de concessions perpétuelles par habitant que la France ! Excusez du peu…

L’heure, on le voit, n’est plus aux tergiversations. Exigeons la réallocation immédiate de vastes emprises foncières à la création de nouveaux cimetières, recrutons massivement de nouveaux croque-morts, revitalisons nos propres filières de production de pelles et de cercueils et permettons, enfin, aux jeunes, aux restaurateurs et aux exploitants de salles de gym de reprendre le cours de leur vie.

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