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Comment la destruction de l'industrie pharmaceutique met en danger la santé des patients
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Le Nettoyeur

Comment la destruction de l'industrie pharmaceutique met en danger la santé des patients

Comme il est de plus en plus cher d'amener un médicament au marché, il y a peu de nouveaux entrants, ce qui fait que les investisseurs en capital-risque ne veulent pas prendre de risque et qu'il y a moins de nouveaux entrants, ainsi de suite. Et se retrouver avec un secteur aussi atrophié n'est pas sans conséquence.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Ces jours-ci, l'actualité d'entreprise dont on parle le plus concerne Alstom. Mais il y a un autre “deal” à la valeur beaucoup plus élevée : la tentative d'achat d'AstraZeneca par Pfizer, pour plus de 100 milliards de dollars. Le secteur de la pharmaceutique est devenu un secteur de grands éléphants qui se mangent les uns les autres à coups de méga-fusions.

Pourtant, ce n'a pas toujours été le cas. Le secteur de la pharmaceutique a énormément changé en quarante ans. Une entreprise plus que toutes les autres symbolise cette évolution : Genentech. Genentech est une entreprise de la Silicon Valley, fondée en 1976, pionnière de l'utilisation de l'ADN pour faire des médicaments. Elle entre en Bourse en 1980 pour une valeur de 300 millions de dollars. Genentech, considérée comme l'entreprise qui a fondée le secteur des biotechnologies, devient un peu le “Google” de son industrie, que tout le monde veut imiter. Pourtant, en 2009, Genentech se fait racheter par le gros laboratoire suisse Roche.

Où est le Genentech d'aujourd'hui ? Dans les autres industries de la Silicon Valley, notamment l'informatique, il y a un nouveau leader tous les cinq ans : Microsoft se fait remplacer par Google, qui se fait remplacer par Facebook, fondée seulement en 2004... Genentech a été fondée en 1976, où est le Genentech d'aujourd'hui ?

Il n'y en a pas.

Pourquoi ? Pour une raison assez simple : il est de plus en plus cher d'amener un médicament au marché. Selon une analyse de Forbes, chaque nouveau médicament coûte 5 milliards de dollars à développer. Alors qu'un site web ne coûte presque rien à mettre en ligne. C'est tout simple : plus les barrières à l'entrée d'un marché sont élevées, moins il y aura d'acteurs, donc moins il y aura de concurrence, donc plus il y aura de concentration. Si il faut débourser 5 milliards de dollars avant d'avoir un produit viable, c'est la course aux économies d'échelles pour avoir la surface financière pour pouvoir continuer la recherche.

Cette situation a créé un cercle vicieux : puisque le prix de développement des pharmaceutiques est aussi élevé, il y a peu de nouveaux entrants, ce qui fait que les investisseurs en capital-risque ne veulent pas prendre de risque, ce qui fait qu'il y a moins de nouveaux entrants, et ainsi de suite. On se retrouve avec un secteur atrophié qui est à l'opposé d'un secteur entrepreneurial vivant tel qu'on l'attend : au lieu de leaders qui changent tout le temps et se détruisent les uns les autres, une poignée de vieux mastodontes ; au lieu d'une foison de startups qui peuvent chercher le gros lot, une bureaucratie.

Et le prix de la recherche grimpe chaque année. Pourtant on pourrait s'attendre au contraire. En général, qu'il s'agisse de l'informatique, de l'automobile, ou d'autres secteurs, il y a un phénomène où la technologie et la concurrence font baisser les coûts.

Que se passe-t-il ?

Pour beaucoup d'économistes, la raison en est simple : c'est la faute à la réglementation du marché. Pour mettre un site web en ligne, il suffit d'un ordinateur et de wifi. Pour lancer un médicament sur le marché, il faut passer des fourches caudines réglementaires de plus en plus élevées. Les autorités qui décident de la mise sur le marché de médicaments sont extrêmement restrictives dans ce qu'elles autorisent. Les fabricants de pharmaceutiques doivent attendre des années avant que quelque chose soit approuvé.

Le problème est ce que l'on appelle la théorie des choix publics : que les décideurs publics ont des intérêts qui divergent parfois de ceux du public. Imaginez que vous soyez chargé de la sécurité des médicaments en France. Si un médicament tue une grand-mère, le pays entier vous clouera au pillori. Si vous autorisez un médicament-miracle, personne ne vous en saura gré, à vous. Et si vous interdisez un médicament qui aurait pu sauver des milliers de vies, personne ne le saura et donc personne ne vous le reprochera.

Les réglementations sur les médicaments sont devenu incroyablement onéreuses, alors que pour autant que quiconque s'en souvienne, les années 1970 ou 1980 n'étaient pas une époque où il y avait un gros problème de santé publique lié aux mauvais médicaments.

Si la commercialisation des médicaments, comme celle de tant d'autres produits, était libre, le prix d'introduction d'un médicament sur le marché s'effondrerait et le secteur deviendrait à nouveau un geyser d'innovation, de créativité et de croissance. Le retour de la culture entrepreneuriale dans le monde des pharma mènerait à de nouvelles découvertes. Et, surtout, des milliers de vies seraient sauvées. Le système fonctionnerait comme aujourd'hui : des patients feraient des choix, choix qui comportent toujours un risque et une incertitude, avec l'aide de leurs médecins, médecins qui seraient eux-même aidés par des travaux indépendants de recherche pour conseiller leurs patients.

Personne ne sait le nombre de vies perdues à cause du régime restrictif actuel, mais il se chiffre certainement en centaines de milliers, voire en millions.

Les “grandes entreprises de pharma” sont souvent une cible de ceux qui protestent contre le coût de la santé. Et c'est là qu'on voit le problème de la méconnaissance des mécanismes de marché par la plupart des gens : ceux qui prononcent ces imprécations ne se rendent pas compte que c'est en déréglementant leur marché qu'on peut faire le plus de mal à ces grandes entreprises, pour notre bien à tous.

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