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Une majorité de Français considèrent qu'on en fait plus pour les immigrés que pour eux-mêmes.

Différence de traitement

68% des Français pensent qu’on en fait plus pour les immigrés que pour eux

EXCLUSIF - Selon un sondage Ifop pour Atlantico sur les attentes des Français pour les prochains mois, la lutte contre le chômage demeure prioritaire. Et en ce qui concerne la perception de l'immigration clandestine, les attentats de janvier ne semblent pas avoir eu d'impact notable.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Le but de cette enquête était de faire un point sur les priorités des français par rapport à une étude précédente en date d’août 2014, pour voir si oui ou non les événements de janvier avaient perturbé la hiérarchie des préoccupations des Français.

On s’aperçoit d’un certain nombre de permanences, au premier rang desquelles le chômage, qui demeure la préoccupation numéro 1 des Français. Viennent ensuite les questions de santé et de sécurité, la lutte contre la délinquance ayant progressé de 5 points. Mais on constate aussi des  évolutions spectaculaires notamment en ce qui concerne l’éducation. De la 5e position, elle est passée à la deuxième, enregistrant une progression de 10 points. De la même façon, on constate une progression de 8 points sur la question de l’amélioration de la situation dans les banlieues. La lutte contre l’immigration clandestine, quant à elle, poursuit sa progression, avec une augmentation de 5 points. Les préoccupations relatives aux services publiques et à l’environnement, elles sont reléguées en bas de tableau.

Les attentats ont donc eu un effet très marqué sur certaines préoccupations : éducation, amélioration de la situation dans les banlieues, délinquance et lutte contre l’immigration clandestine.  On aurait pu penser que la tentation sécuritaire allait flamber. Or elle a progressé, mais moins que l’éducation ou la situation dans les banlieues. Il en est allé de même concernant la lutte contre l’immigration clandestine : une progression, certes, mais pas aussi forte qu’escompté. On comprend mieux l’extrême sensibilité de l’opinion et des médias à tout ce qui a trait à la laïcité à l’école. Finalement, la question qui s’est posée à la société était : comment expliquer que des jeunes, qui ont été scolarisés dans les écoles de la République, en arrivent à de telles extrémités ? Qu’en déduire en matière éducative ? La situation dans les banlieues va de pair avec cette préoccupation, car les Français constatent que l’Etat a beau avoir dépensé des milliards, la situation reste préoccupante, et que c’est sur ce terreau que des entreprises djihadistes ont prospéré.

Sur l’immigration clandestine, tout se passe comme si les derniers événements venaient prolonger une tendance préexistante, qui consistait à rendre cette question de plus en plus sensible et urgente à traiter aux yeux de l’opinion française.

Selon les sensibilités politiques, la hiérarchisation des préoccupations n’est pas la même. Pour les sympathisants de gauche, le chômage, l’éducation et la santé demeurent prioritaires. Chez les sympathisants UMP le chômage occupe la même place, par conte la ressemblance s’arrête là, car en deuxième position vient la délinquance, et en troisième, l’immigration clandestine. Au Front national, l’immigration clandestine occupe le haut du tableau à 83 %, le chômage vient après avec 14 points de moins, puis la lutte contre la délinquance. La question du pouvoir d’achat arrive en quatrième position chez les sympathisants FN, alors que chez les autres familles politiques elle est bien plus loin (20 points de plus qu’à l’UMP et 10 points de plus qu’à gauche). C’est la composante très populaire du FN qui ressort. Malgré le caractère attendu de certains résultats, on se rend bien compte que l’immigration clandestine taraude bien plus la droite que la gauche, à raison de 64 % contre 26 %.  Cependant il serait erroné d’affirmer que l’UMP et le FN ont la même grille de lecture, car sur ce sujet l’écart est de 20 points, et il n’arrive qu’en troisième position à droite,  là où il est premier à l’extrême droite.  La sensibilité entre les deux électorats n’est donc pas la même.

Alors qu’Alexis Tsipras vient parler de la dette avec François Hollande mercredi 4 février, il est intéressant de noter que la question de la réduction de la dette publique retombe au niveau de janvier 2010 : la décrue est de 2 points en tout, mais par rapport au pic de la crise de la zone euro en février 2012, la chute est de 20 points, ce qui montre bien à quel point l’actualité imprime sur les priorités des Français. La dette demeure un problème important aux yeux des Français, mais qui est relativisé par rapport à d’autres urgences perçues comme encore plus criantes. Les récents événements ont mis l’accent sur les banlieues et l’éducation.

Si l’on se plonge dans le détail des résultats concernant l’immigration clandestine, il est à noter qu’aucun bouleversement majeur ne s’est produit dans l’état de l’opinion, ce qui vient contredire les craintes d’une montée de l’islamophobie en France à la suite des attentats. L’opinion n’a pas basculé, elle continue de progresser suivant une tendance constante.  N’allons pas jusqu’à dire qu’un mouvement inverse de bienveillance s’est produit. Malgré un recul de 5 points, 81 % des Français continuent de préférer une immigration choisie à une immigration subie. Cela équivaut à 20 points de plus depuis 2006.

Deux tiers des Français pensent qu’on en fait plus pour les immigrés que pour les Français, ce qui n’a pas changé depuis 2013. Beaucoup de Français pensent que l’Etat est trop laxiste, mais il n’y en a pas davantage à cause des attentats.

Les autres indicateurs restent stables également, mais à des niveaux bas : que ce soit pour considérer que l’immigration est une chance pour la France ou que les pouvoir publics luttent efficacement contre l’immigration clandestine, les sondés se disent respectivement d’accord à 40 et 24 % seulement. 

Les clivages restent marqués également : deux tiers des sympathisants de gauche considèrent que l’immigration est une chance pour la France, contre deux tiers uniquement pour l’UMP. Si ce clivage perdure, on constate tout de même que 44 % des sympathisants de gauche considère qu’on en fait plus pour les immigrés que pour les Français, alors qu’en 2006 ils étaient 29 %, et 37 % en 2013.

Quant à dire que l’immigration est une chance pour la France, la gauche continue d’enregistrer une progression, tandis qu’à l’UMP les chiffres baissent continuellement, et qu’au FN, sans surprise, la quasi-totalité répond par la négative. On relève tout de même une légère amélioration de 2 points entre octobre 2013 et janvier 2015.

Notre dernière question portait sur les causes des épisodes de violence dans les banlieues. Nous voyons les progressions en fonction des émeutes passées, en 2006, 2008 et 2013. Les Français sont davantage en demande de prise en charge de la question de la situation dans les banlieues, en revanche leur perception des causes des violences reste stable : la présence de bandes organisées et le trafic de drogue,  la démission des parents, la présence d’immigrés dans le quartier… Un an après les émeutes de 2005, la première cause considérée était la démission des parents, puis venaient le chômage des jeunes et les bandes ? Aujourd’hui ce sont les bandes qui sont au sommet, en deuxième la démission des parents, et en troisième la présence d’un nombre importants d’immigrés dans le quartier. Sur le temps long, l’idée que des territoires seraient à la dérive à cause de la mainmise de bandes et d’une concentration accrue de personnes issues de l’immigration s’est renforcée. Les causes plus sociales comme le chômage des jeunes ou la démission des parents, bien que toujours citées, le sont moins qu’avant en proportion.

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