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Crédits Photo: Ahamadou Cissé
Ce livre raconte comment les Maliens ont tenté de protéger les manuscrits

Récit

Guerre au Mali : un récit poignant sur la sauvegarde des manuscrits de Tombouctou

Nicolas Delesalle est reporter. Il a parcouru le Mali de l'arrivée des salafistes à celle de François Hollande à la rencontre de la population tentant coûte que coûte de protéger les manuscrits sacrés. Il raconte son périple.

Nicolas Delesalle est journaliste à Télérama. Il s'est rendu plusieurs fois au Mali, et plus particulièrement à Tombouctou, au moment de la prise de pouvoir par les fondamentalistes musulmans. Et ce jusqu'à l'arrivée des troupes françaises et de François Hollande. Il a ainsi pu observer l'évolution des mentalités de la population locale avant, pendant et jusqu'à la fin du conflit militaire. Quelques extraits de son reportage ont été publiés par Télérama. Et son récit se porte essentiellement sur la vie de tous ceux et celles qui ont protégé les milliers de manuscrits conservés à Tombouctou. Ces manuscrits sont en effet la cible des salafistes locaux qui veulent les détruire. Voici quelques extraits de cette histoire fabuleuse.

" Sous ses airs timides, Hamidou, 30 ans, fait partie de cette armée des ombres qui s'est levée pendant l'occupation islamiste pour sauver les manuscrits de Tombouctou. Depuis des générations, la famille de Hamidou naît, vit et meurt dans les livres. Quand les salafistes ont débarqué dans la ville, il a serré les dents. Personne ne devait savoir ce que cachaient les vieux murs de sa bibliothèque abandonnée."

(...)

" C'était il y a presque un an. Ce lundi 2 avril 2012, les fondamentalistes se présentent devant l'imposant Abdoullah y Abdoulaye Cissé, directeur par intérim du nouveau centre Ahmed-Baba. Le directeur ne se démonte pas et leur affirme que les manuscrits sont bien là, dans le nouveau bâtiment, classés dans leurs pochettes de protection vertes. Les hommes d'Aqmi et d'Ansar Dine ne vérifient pas. A tort. La plupart des précieux parchemins viennent juste d'être transférés en toute discrétion dans l'ancien centre Ahmed-Baba, celui-là même dont s'occupe Hamidou S. Ne reste dans le nouveau centre que quelques centaines de textes, conservés pour donner le change, parmi lesquels ceux qui seront brûlés, hélas, par les islamistes à leur départ et dont on verra les cendres sur toutes les télévisions du monde. Un crime contre la culture, un sommet de bêtise crasse et d'ignorance (les islamistes ont sans doute brûlé des Coran), mais une perte minime comparée à ce qui aurait pu advenir sans l'action déterminée de quelques hommes ".

(...)

« Ces livres brûlés... c'est comme s'ils m'avaient, moi, brûlé vivant » , dira Alliman Alhakoun, 76 ans, visage aussi parcheminé que ses textes anciens, descendant de la famille d'Ahmed Baba et imam de la mosquée de Sankoré. Comment des islamistes peuvent-ils brûler leur propre histoire ? « Seul le Coran a une importance pour eux. Ils sont incultes. Pour moi, leur comportement n'était pas celui d'un bon musulman. Ils faisaient semblant de prier et s'imposaient avec leurs armes. Je condamne tout ce qu'ils ont fait. Ils sont venus faire le mal, effacer Tombouctou aux yeux du monde entier. Ils ont cassé les tombeaux des saints. Ils sont condamnés devant Dieu et iront en enfer. » « Ils ont brûlé ces manuscrits pour masquer le fait qu'ils en ont volé, j'en suis sûr, enrage Hamidou S. pendant que les militaires français continuent leur opération de nettoyage. Vous voyez ces traces sur le sol ? Ce sont leurs empreintes. Ils dormaient ici, à la fin. Je ne sais pas s'ils ont trouvé ma cachette. »

Lire la suite sur Télérama.

* A noter aussi : Jean-Michel Djian, Les Manuscrits de Toubouctou, Secrets, mythes et réalités, éd. JC Lattès, 192 p., 25.

 

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