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Coronavirus

Yazdan Yazdapanah, qui coordonne les essais contre le coronavirus, est-il l'homme des laboratoires américains ?

Chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat, Yazdan Yazdanpanah, est responsable de la coordination des tests sur les traitements contre les coronavirus pour la France.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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C'est un sujet qu'il connaît bien, puisqu'il dirige le "consortium Reacting", encadré par l'INSERM, en charge de ces recherches. Et, accessoirement, le même Yazdapanah est financé à titre personnel par les laboratoires dont il teste les médicaments. 




 

Yazdan Yazdanpanah devient,  à son corps défendant, une personnalité publique depuis qu'il est chargé de coordonner les essais cliniques sur les traitements susceptibles de lutter contre le coronavirus. Et comme toujours, quand on est connu de tout le monde, c'est pour le meilleur comme pour le pire. 

Yazdan Yazdanpanah, le réfugié iranien devenu célébrité

Pour avoir des détails sur le très discret Yazdan Yazdanpanah, il faut se plonger dans la presse quotidienne régionale. Car cet adolescent arrivé d'Iran en pleine révolution islamique ne s'épanche guère sur sa vie privée. On sait juste qu'il est arrivé à 13 ans, quelque part dans le Nord de la France, et qu'il est devenu médecin à Lille. 

C'est en 2011 qu'il arrive à Paris à l'hôpital Bichat, en lien étroit avec l'INSERM dont Yves Lévy n'est pas encore le directeur général. 

Dès cette époque Yazdanpanah se consacre à la recherche sur le SIDA, qui lui vaut des relations étroites avec des laboratoires américains engagés sur le même domaine. 

« Toujours sur le même domaine de la recherche sur le sida. Ce qui change, c'est la différence de taille de l'établissement, entre Bichat et Tourcoing. Ce n'est plus un fonctionnement en famille. »

Une carrière menée en partie à l'INSERM

Yazdanpanah est passé à la tête du service des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat, à Paris, au début des années 2010. Mais cette carrière s'est faite tout en menant une progression à l'INSERM, notamment sous la présidence d'Yves Lévy, qui a fait de lui le directeur du programme Reacting. À ce titre, Yazdanpanah oeuvre avec le comité scientifique de Reacting, présidé par une figure que l'on retrouve également dans l'affaire du coronavirus : Jean-François Delfaissy.

Voici comment Reacting est présenté sur le site de l'INSERM : 

L’Inserm et ses partenaires d’Aviesan ont mis en place REACTing, un consortium multidisciplinaire rassemblant des équipes et laboratoires d’excellence, afin de préparer et coordonner la recherche pour faire face aux crises sanitaires liées aux maladies infectieuses émergentes.

On comprend donc que Yazdan Yazdanpanah est aujourd'hui le leader de la lutte institutionnelle contre les maladies infectieuses telle qu'elle est conçue par l'INSERM et ses obligés. 

Les laboratoires qui financent Yazdanpanah

L'excellence (mais aussi l'influence) de Yazdanpanah explique que les laboratoires américains s'intéressent à lui et lui attribuent des crédits, à titre personnel, qui ne sont pas négligeables. Nous reproduisons ci-dessus la synthèse des sommes qu'il a déclarées, à titre personnel insistons-y (c'est-à-dire hors des interventions dont les laboratoires où il a travaillé ont pu bénéficier de la part des mêmes laboratoires).

On s'aperçoit qu'entre 2012 et 2019, Yazdanpanah a officiellement 133.000$ en plus de son salaire, versé par des laboratoires. Il s'agit donc d'une somme proche de 1.500€ mensuels. 

Les principaux laboratoires qui l'ont financé sont : MSD, Johnson & Johnson, AbbVie, Viiv Healthcare, Pfizer, Gilead et Bristol-Myers Squibb.

On épinglera d'emblée la nationalité de ces laboratoires : 

MSD (ex-Merck) : USA
Johnson & Johnson : USA
AbbVie : USA
Viiv Healthcare : UK
Pfizer : USA
Gilead : USA
Bristol-Myers : USA

Ce tableau se passe de commentaires... Dans la stratégie de lobbying auprès des chercheurs, les places sont trustées par les laboratoires américains, et les Français n'ont pas leur place. 

AbbVie et le coronavirus

Tout le monde a noté que, depuis 2012, AbbVie avait versé près de 25.000$ à titre personnel à Yazdan Yazdanpanah. Il se trouve qu'AbbVie est la société de recherche créée en 2012 par Abbott. Et il se trouve qu'Abbott commercialise le Kaletra, inhibiteur de protéase utilisé avec le ritonavir comme anti-viral dont la molécule s'appelle le le lopinavir. Et il se trouve que cette association de molécules est actuellement testée dans le cadre de l'essai clinique Discovery pour lutte contre le coronavirus. 

Peut-être peut-on imaginer que la coordination des essais cliniques par Yazdanpanah financé par AbbVie débouchera sur une validation de l'efficacité, peu ou prou, du traitement proposé par AbbVie?

Dans tous les cas, l'association des subventions et de l'examen des résultats cliniques soulève des questions déontologiques.

Gilead et le coronavirus

Nous avons évoqué hier le poids de Gilead dans la recherche contre le coronavirus et son implication dans le capitalisme français. Rappelons ici que Gilead produit le Redemsivir, dont les actionnaires de l'entreprise espèrent 2,5 milliards $ de revenus 

Le Redemsivir fait partie des molécules testées dans le cadre de l'essai Discovery (voir la citation plus haut...).

Là encore, qu'une coordonnateur d'essais cliniques soit, même à hauteur de 3.000 $ sur 7 ans, à titre personnel, financé par le laboratoire dont il est chargé d'évaluer la molécule, voilà qui pose problème.

Limites de ces questions de financements personnels

Il est important ici d'apporter une limite méthodologique aux remarques faites plus haut. Le fait qu'un chercheur universitaire perçoive 3.000 $ ou € en 7 ans de la part d'un laboratoire ne suffit pas à oblitérer son esprit critique ni sa capacité de jugement. En revanche, on peut penser que l'existence de liens financiers entre un laboratoire et la personne chargée de l'évaluer modifie la relation d'évaluation. 

In fine, la question qui est posée est celle des relations complexes et soutenables entre la recherche publique et l'intervention des laboratoires. Le service public est peut-être moins innocent et impartial qu'il ne paraît. 

 

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