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Crédits Photo: Reuters
Yamina Benguigui.

Éditorial

Yamina Benguigui, incarnation de cette gauche dont la conscience sociale se limite aux mots

La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique va saisir le procureur de Paris du cas de ministre déléguée chargée de la Francophonie et tout juste élue sur la liste du 10e arrondissement de la capitale Yamina Benguigui, suspectée d’'avoir menti sur sa déclaration de patrimoine.

Pierre Guyot

Pierre Guyot

Pierre Guyot est journaliste, producteur et réalisateur de documentaires. Il est l’un des fondateurs et actionnaires d’Atlantico.

 

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C’est désagréable de tirer sur une ambulance.

Pourtant, la concordance du départ du gouvernement de la ministre de la Francophonie Yamina Benguigui avec la saisie de la justice par la Haute autorité sur la transparence de la vie politique du cas de ladite ministre ne constitue en rien une absolution. Pas plus que l’appel d’Anne Hidalgo hier à ce que Yamina Benguigui démissionne du poste de conseillère de Paris auquel elle vient d’être élue ne peut être prétexte à indulgence. Pas plus encore que la solitude dans laquelle l’ancienne réalisatrice semble désormais plongée ne représente une circonstance atténuante (personne parmi ses collègues de l’équipe de Jean-Marc Ayrault n’a souhaité prendre sa défense et les rares élus à s’être exprimés sur cette affaire ont soutenu madame Benguigui comme la corde soutient le pendu…).

Même le démenti publié hier dans lequel la désormais ancienne ministre nie « toute fraude » ne parvient pas à cacher qu’il y a eu mensonge et - a minima - un sérieux coup de canif à l’esprit de la loi (la Justice dira s’il y a eu infraction). Car les faits sont têtus. Madame Benguigui est entrée au sein du gouvernement en 2012, dans la foulée de l’élection de François Hollande à l’Elysée. En février 2013, en pleine affaire Cahuzac (le ministre du Budget avouera qu’il était bien titulaire d’un compte bancaire en Suisse un mois plus tard), Yamina Benguigui vend les 20% qu’elle possède dans une holding en Belgique. En avril 2013, lorsqu’est annoncée par François Hollande la loi relative à la transparence de la vie politique, Madame Benguigui n’est effectivement plus directement propriétaire de ces actions. C’est la raison qu’elle fait valoir aujourd’hui pour expliquer l’coabsence de toute mention de ces parts de société dans la déclaration de patrimoine qu’elle rédige alors.

Mais madame Benguigui omet de préciser que ces parts de société ont été vendues dans le cadre d’un montage bien particulier, avec pour elle un « droit automatique de retour de son bien ». En clair, Yamina Benguigui a vendu ses actions, mais avec la possibilité de les racheter au même prix dès qu’elle ne sera plus au gouvernement. Les actions ne sont plus à elle… juste le temps que ça l’arrange. Madame Benguigui a donc aussi oublié de préciser qu’elle a vendu ses parts de holding pour la somme de… un euro. L’administration fiscale française s’en mêle et exige pendant l’été 2013 que la vente soit refaite, avec un montant qui cette fois évitera de trop prendre les fonctionnaires du fisc pour des crétins. Janvier 2014, la vente des 20% des parts de madame Benguigui est donc une nouvelle fois réalisée, de façon plus traditionnelle et pour un montant de 430.000 euros (430.000 % de croissance en un an, c’est elle qu’il fallait nommer à Bercy !).

On verra si ces arguties juridiques permettront à l’ancienne ministre de la Francophonie de passer au travers d’une loi qui stipule pourtant on ne peut plus clairement que chaque membres du gouvernement doit rédiger une « déclaration exhaustive, exacte et sincère de sa situation patrimoniale ». Au vu de la décision de la Haute autorité sur la transparence de la vie politique de saisir le procureur de Paris, ça paraît mal parti. Mais d’ores-et-déjà, l’histoire en dit long sur l’état d’esprit de celles et ceux que François Hollande a choisi pour gouverner pendant ces deux premières années de son quinquennat. D’abord un ministre du Budget menteur et voleur. Maintenant, une ministre allégorie de la gauche-caviar qui utilise sa « conscience sociale » comme carte de visite depuis des années mais - tout de même, faut pas exagérer - préfère éviter de payer trop d’impôts en France (cette holding belge dont elle possédait 1/5ème servait indirectement à financer les films de Yamina Benguigui, par ailleurs largement subventionnés par l’argent public français). Et à chaque fois, un président de la République et un Premier ministre qui ont été incapables de contrôler celles et ceux qu’ils ont eux-mêmes choisis.

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