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©LUDOVIC MARIN / AFP

Pacte républicain

Violences : le devoir d’un président

Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne, président de Saint-Etienne Métropole et vice-président Les Républicains, revient sur le climat de tensions et de violences qui règne à travers le pays.

Gaël Perdriau

Gaël Perdriau

Gaël Perdriau est maire de Saint-Etienne et vice-président du parti Les Républicains. 

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« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal » écrit Hannah Arendt et nous pouvons dire, aujourd’hui, en France, que c’est dans le vide des valeurs républicaines que s’inscrit la banalité de la violence que nous vivons.

A l’heure où la société conteste de plus en plus toute forme d’autorité, où l’anomie semble par un étrange paradoxe devenir la « règle» du vivre ensemble, les Français découvrent que le monde d’après ressemble étrangement à une jungle où règne la loi du plus fort. La pandémie n’est d’ailleurs pas responsable de cela, l’évolution est sans doute plus profonde et plus ancienne, elle traduit la destruction du lien social, ce pacte, fils des Lumières, construit par la raison.

Seulement voilà, l’homme a cessé de penser et retrouve, par la même occasion, ses instincts de barbare. Meurtre d’un agent des transports en commun à Bayonne, violences contre les enseignants, les agents de police ou de gendarmerie, agressions verbales ou physiques contre les élus sans oublier les agressions physiques dont sont victimes les citoyens et qui ont explosé en 2019. Dans une société où l’autorité publique, quelle qu’elle soit, est régulièrement contestée par tous, seule la «justice personnelle» peut, de manière logique bien qu’illégitime, régler tous les problèmes.

Cette explosion des violences est en train d’emporter l’Etat car il perd, jour après jour, son « monopole légitime de la violence » tel que le définissait Max Weber. La conséquence directe de cette situation, sur le plan politique, est la montée quasi inexorable du populisme de droite et de gauche. Un populisme radicalisé où la parole peut, à tout moment, servir de caution morale pour des personnes prêtes à tout. Des individus ayant le sentiment d’être devenus inutiles dans une société de l’utilité qui fait le tri, aidée par les élus, entre, d’une part, les vainqueurs de la mondialisation, les «premiers de cordée» et, d’autre part, les perdants, «les gens qui ne sont rien ».

Si à côté de cela vous ajoutez la masse des abstentionnistes qui ne cesse de croître régulièrement vous obtenez une société du « Plus rien à faire, plus rien à foutre » en reprenant le titre d’un essai particulièrement pertinent de Brice Teinturier.

Certains devraient se souvenir que dans les halls de gare passent, sans faire de bruit, les fantômes des vaincus emportés par des courants d’air qui, bientôt, pourraient disperser la démocratie aux quatre coins du populisme.

Alors quoi ?

Aujourd’hui, il est particulièrement désolant de voir ce chœur antique d’élus, qui nous promettait, hier encore, le grand soir de la démocratie, venir reconnaître, au bénéfice de cette vieille antienne du « j’ai changé », que la violence se banalise. La belle affaire !

Après avoir promis un nouveau monde, venu se fracasser sur les réalités de la crise des Gilets Jaunes et la triste « affaire Benalla », voici le Président de la République se perdant dans le « jour d’après ». Que peut-il faire d’autre, à 18 mois des élections présidentielle ?

Plutôt que de continuer avec les populismes, il n’a qu’une seule alternative. Il pourrait incarner, avec tout autant de grandeur, les valeurs de la République. N’est-ce pas d’ailleurs son premier devoir ? Car, face au naufrage éthique de notre Nation, au moment où la raison cesse d’être la musique de notre démocratie, nous avons plus que jamais besoin de retrouver l’essence même de notre pacte républicain.

Depuis 1940, la menace n’a jamais été aussi grande ni aussi dangereuse. Après avoir transformé les personnes en simples consommateurs, notre société éprouve bien du mal à remettre le lien social et politique au cœur de l’action publique. La violence, témoigne de cette menace qui se trouve dans sa banalisation, transformant les citoyens en personnes résignées car habituées, depuis trop longtemps, à « l’infâme lâcheté » de la démission du politique face à des pouvoirs échappant à tout contrôle démocratique.

Or, nous devons nous montrer intransigeants face à ce nouvel « infâme » qui menace notre République. Nous devons l’écraser sans aucune hésitation en démontrant que la résignation et la fatalité ne sont certaines que si nous cessons de combattre. Le 30 mars 1947, le Général de Gaulle dans un discours affirme : « Le jour va venir où, rejetant les jeux stériles et réformant le cadre mal bâti où s’égare la nation et se disqualifie l’État, la masse immense des Français se rassemblera sur la France. »

Le temps est venu de réunir les Français autour des valeurs de la République pour bâtir un  nouveau projet redonnant tout son sens à l’action publique de l’Etat et dessinant le chemin d’un nouveau cap pour la Nation.

Par Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne, président de Saint-Etienne Métropole, vice-président Les Républicains

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