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Enquête virage

Viol des hommes : cette indéniable réalité, encore trop peu considérée

Le viol des hommes par des femmes, dont l'existence est incontestable, est encore un phénomène peu présent dans les médias. Comment en améliorer la visibilité ?

Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : D'après l'enquête Virage conduite par l'INED en 2016, 1% des hommes âgés de 20 à 69 sont victimes chaque année d'au moins une agression sexuelle. Parmi ces 1%, 2 700 sont victimes d'au moins un viol ou tentative de viol. Qu'est-ce que le viol d'une femme envers un homme ? Peut-on qualifier le fait qu’une femme oblige un homme à avoir une relation sexuelle comme viol ou même titre qu'un homme forçant une femme à avoir un rapport sexuel avec lui ? 

Michelle Boiron : La loi du 3 aout 2018, article L 222-23 du code pénal dispose  : « Tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». Ainsi la loi ne fait pas de différence entre les personnes qui sont victimes de viol qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme.        

On commence depuis peu à reconnaître que la violence dans le couple peut aussi être le fait de la  femme sur l'homme. Cette violence est aujourd'hui reconnue même si très peu déclarée dans les commissariats car il subsiste une honte de l'homme et un regard suspect de la société. Dans ces échanges violents à l'initiative de la femme, l'homme hésite à riposter car il est par nature plus fort et craint de la blesser. Au demeurant c'est souvent un homme plutôt gentil qui se fait agresser par une femme. Il y aurait peut-être une corrélation entre la violence des femmes et le fait qu’elles sont capables de violer un homme.

Si au regard de la loi française - notamment depuis la loi Schiappa qui élargit la définition du viol - le viol masculin existe bel et bien, pourquoi cette réalité est-elle encore trop souvent niée ?  Est-ce dû à une volonté des victimes de garder le secret ?

La victime a toujours un bourreau et le lien entre ces deux-là est souvent très compliqué. Il était déjà très difficile pour une femme d'avouer qu'elle était battue ou violée d'autant qu'elle entretenait  un lien amoureux avec son agresseur. Alors imaginons pour l'homme!  C'était impensable! Le ressenti est évidemment aggravé par l'exigence de l'image que l'homme devait afficher : force et virilité!      

La société n'est pas prête à entendre que l'homme peut se faire violer par une femme. Il est fort probable qu'il ne sera pas pris au sérieux et qu'un juge ne le reconnaîtra victime  d'un viol.

Enfin, il semblerait que le viol masculin soit désormais plus médiatisé et que l'on prenne davantage conscience de son existence, est-ce à dire que les victimes sont de plus en plus nombreuses ? 

Même si rien ne permet de l'affirmer on peut supposer que la médiatisation du viol masculin est en partie une réponse  au mouvement féministe.  Elle  prône l'égalité homme/femme dans tous les domaines.

Ce mouvement qui tend à faire de l'homme une femme comme  une autre le pousse à déclarer et "avouer" qu'il a été victime de comportements sexuels féminins voire de viol.  Aveu impensable et toujours très difficile aujourd'hui. Son  aveu serait assimilé à une absence de virilité ou à un penchant homosexuel.  

Cette époque est en passe d'être révolue d'où les confessions, qu'elle permet à certains . On peut souligner aussi que la différence essentielle du viol dans le sens femme vers l'homme était d'abord une réponse physiologique qui semait le doute; L'homme ayant   l'obligation d'avoir une érection pour pénétrer, volontairement ou contre sa volonté.  Ce qui sous entendait pour l'homme qu'il ne pouvait pas être violé sans l'avoir voulu. L'excitation exigée pour l'érection le rendait partie prenante de l'acte qu'il disait subir! Or on sait aujourd'hui qu'il existe d'autres moyens d'obtenir une érection. Ainsi un énorme stress peut provoquer une érection réflexe. On sait aussi que des drogues comme la MDMA peuvent provoquer un comportement sexuel non consenti, y compris sur  des hommes, et provoquer une érection dont la femme peut se servir en l'objectivant.

L'idée reçue et confirmer par l'effet des molécules comme les IPDE5 qui ne sont efficaces que s'il a une excitation trouve là une contradiction avec l'érection réflexe pendant un viol.

Pour ces nouveaux aveux on peut se plaire à penser que c'est aussi une réponse masculine au slogan : "balance ton porc" qui pourrait d'ici peut générer de la part de la gente masculine la formule : "Balance ta cochonne"!

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