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©François NASCIMBENI / AFP

Bioéthique

Vincent Lambert : décision médicale ou décision politique ?

Vincent Lambert est condamné par ceux qui le maintiennent dans un lit sans espoir d’en sortir si ce n’est entre quatre planches. Or, il n'est pas en fin de vie.

Laurence Trochu

Laurence Trochu

Laurence Trochu est présidente du Mouvement Conservateur Sens Commun, Conseiller départemental des Yvelines, membre du Bureau politique Les Républicains.

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Depuis son accident de 2008, Vincent Lambert est un patient cérébro-lésé lourdement handicapé, mais il n’est pas en fin de vie.

Après une phase de coma profond, le privant de toute autonomie, il a ouvert les yeux et retrouvé la capacité de respirer seul, ce qui caractérise l’état végétatif. Ses proches, et les médecins qui les accompagnent dans cette terrible épreuve, témoignent aussi de sa capacité à interagir certes faiblement, avec son environnement pour répondre à des ordres simples par un clignement des yeux ou en tournant la tête. A ce stade pauci-relationnel, il aurait déjà dû quitter le service de réanimation pour être accueilli dans un centre de rééducation qui lui aurait permis, grâce à des soins de kinésithérapie, d’orthophonie, de psychomotricité, d’ergothérapie, de poursuivre cette phase d’éveil et, petit à petit, « faire son bonhomme de chemin ».

Nous avons cette immense chance, en France, de bénéficier de services hospitaliers adaptés aux traumatisés crâniens. On y croise dans les couloirs des hommes et des femmes de tous âges, des enfants aussi, cabossés par un accident plus que la voiture qui les a renversés. Des slaloms en fauteuils ou en démbulateurs, des cris en guise d’éclats de rire, les bips bips du sac de perfusion et la vie. Une vie fragile, traversée de douleurs que viennent calmer la douceur des soignants tout autant que la toxine botulique. Une vie dont on savoure le prix à chaque progrès accompli : la déglutition d’une petite cuiller de crème au chocolat, le soleil qui caresse le visage, l’entrelacement de mains qui retrouvent la vigueur perdue.

Comment alors comprendre que Vincent Lambert n’ait pas eu cette chance et qu’il ait été privé d’une orientation en soins de suite et de réadaptation, parcours « classique » pour les personnes en sortie de coma alors que sa famille le demande avec insistance depuis de longues années ? Vincent Lambert est, depuis le début, condamné, non par la vie qui ne se dérobe pas à lui, preuve s’il en fallait qu’il n’est pas en fin de vie, mais par ceux qui le maintiennent dans un lit sans espoir d’en sortir si ce n’est entre quatre planches.

Condamné à être privé d’alimentation et d’hydratation au motif que ce serait de l’acharnement thérapeutique de poursuivre ce qui ne relève pas du soin mais des gestes essentiels à la vie, Vincent Lambert semble instrumentalisé par ceux-là même qui, au nom de la dignité humaine, réclament de mettre fin à ses jours. Injustement, la décision politique a prévalu sur la décision médicale initiale qui n’a jamais été prise. Injustes par omission, médecins et juges ont aujourd’hui failli au droit à la vie, que l’article 2 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme considère pourtant comme le plus important, car « sans le droit à la vie, il n’est pas possible de jouir des autres droits de l’homme » . Alors que vont s’ouvrir les débats sur la réforme des lois bioéthiques, et que des députés LREM ont affirmé leur volonté d’avancer vers l’euthanasie, l’avertissement de Montesquieu est prophétique : « Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous ».

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