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Viktor Orban, en passe de construire un nouveau groupe au Parlement européen
Viktor Orban, en passe de construire un nouveau groupe au Parlement européen
©KOSZTICSAK SZILARD / POOL / MTI / AFP

Hongrie

Viktor Orban, en passe de construire un nouveau groupe au Parlement européen

Une tribune d'Agnès Zsofia Magyar.

Agnès Zsofia Magyar

Agnès Zsofia Magyar

Agnès Zsofia Magyar est Senior research fellow. 

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Après que le Parti populaire européen au Parlement européen ait adopté pendant l’épidémie un amendement aux statuts restreignant les droits des eurodéputés, les 12 députés du Fidesz ont quitté le groupe. Alors que la grande majorité des États membres s’occupent de la troisième vague la plus violente de la pandémie jamais eu auparavant, pour la direction du PPE la chose la plus importante était  l’adoption de l’amendement aux statuts. Il y a de fortes chances que le PPE soit dans une situation pire que les représentants du gouvernement hongrois après ce divorce.

On voit qu’une sorte d’inter-règne prévaut en ce moment au sein du Parti populaire européen : Angela Merkel a définitivement annoncé que c’était son dernier mandat en tant que chancelière. Après les élections allemandes, le pays aura donc un nouveau chancelier de la CDU / CSU, mais son nom n’est pas encore connu et Armin Laschet n’a encore ni l’envergure ni le pouvoir qu’avait Angela Merkel dans les années précédentes. Le tandem Weber-Tusk a ainsi profité de ce vide de puissance, et réussi à évincer le Fidesz contre une CDU qui privilégiait clairement une solution différente.

La presse mondiale n’a réalisé que très récemment qu’une majorité de gauche est en train d’émerger au sein du Parlement européen : si les sociaux-démocrates, le Renew Europe (libéraux), les Verts et les communistes décidaient de voter ensemble, ils pourraient compter sur une large majorité parlementaire. Et si le Mouvement 5 étoiles rejoignait la famille politique socialiste, la différence numérique avec le PPE disparaîtrait presque complètement. Le PPE l’a bien compris, et ce qui se passe aujourd’hui, c’est que le groupe du Parti populaire européen, dirigée par Manfred Weber, supplie ce bloc de gauche de le laisser en faire partie.

Nous ne sommes que quelques jours après la sortie du Fidesz, et il serait difficile à faire certaines prédictions en si peu de temps. C’est la raison pour laquelle les représentants du parti gouvernemental hongrois réfléchissent aussi. Plusieurs solutions sont sur la table, mais l’objectif est clair : ceux qui ne croient pas à l’Europe impériale mais à l’alliance européenne de la coopération efficace des nations doivent et peuvent trouver un nouveau foyer politique. Avec ceux qui veulent protéger le mode de vie européen contre le multiculturalisme et l’immigration illégale de masse, qui croient que le père est un homme et que la mère est une femme loin du fanatisme LGBTQ+ ou encore ceux qui votent en faveur des valeurs nationales-chrétiennes classiques.

Ces valeurs sont aujourd’hui partagées par plusieurs groupes politiques au Parlement européen mais il est loin d’être certain que le Fidesz veuille rejoindre l’un d’entre eux.  La presse italienne émet l’hypothèse que le Fidesz pourrait rejoindre le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), présidé depuis l’automne dernier par Giorgia Meloni, leader des Frères de droite italiens (FdI). Viktor Orbán a écrit un message à Meloni fin février, dans lequel il a renforcé la coopération entre les deux partis après que le FdI ait refusé de rejoindre le gouvernement Draghi, entrant ainsi dans une nette opposition.

Dans le CRE, un groupe majoritairement chrétien-conservateur, 12 représentants du Fidesz (György Hölvényi du KDNP, affilié au Fidesz, resté au PPE) représenteraient la deuxième plus grande délégation, suivis des représentants de FdI avec 6 membres, mais assis ici aussi aux 4 représentants Espagnols de Vox et 4 du Tchèque ODS. Si le Fidesz rejoignait la famille du parti Identité et Démocratie (ID), il pourrait être la troisième plus grande délégation après le Rassemblement National français (23 eurodéputés) dirigé par Marine Le Pen et le parti italien Lega de Matteo Salvini (28 membres). Cependant, dans ce groupe siège l’AfD allemande clairement d’extrême droite, avec laquelle le Fidesz ne souhaitent pas s’allier. De plus, une bonne relation politique avec le CDU-CSU ne tolérerait pas une plateforme commune avec l’AfD. D’autant plus que ce dernier était très opposé à l’initiative hongroise Minority Safepack, qui visait à faire respecter les droits des minorités transfrontalières. Ainsi, il y a peu de chances que 11 eurodéputés de l’AfD soient invités dans une nouvelle famille politique, éventuellement cofondée avec l’ECR et l’ID. La création de l’ID a été le premier pas vers une nouvelle force européenne de droite. Maintenant que le Fidesz a quitté le PPE, l’occasion est venue de passer à l’étape suivante. Un nouveau groupe conservateur pourrait être la deuxième force du Parlement européen et la plus grande à long terme en raison du déclin prévisible du PPE. Cela a également été confirmé par Matteo Salvini, refusant l’intention de Lega à rejoindre le PPE. D’après Salvini, un nouveau groupe doit être créé car l’Europe actuelle n’est pas en mesure de répondre de manière adéquate aux urgences.

Un nouveau groupe politique pourrait être créé par Viktor Orban au Parlement. Pour créer un nouveau groupe au PE, il faut au moins 23 eurodéputées d’au moins sept pays. Il pourrait être constitué par le FPÖ autrichien, les Vrais Finlandais (PS), le Parti populaire danois (DF), le Parti pour la liberté (PVV) néerlandais de Geert Wilders et le parti SDS du Premier ministre slovène Janez Janša (mais cela serait difficile, car il dirige une coalition), tous aujourd’hui membres soit du CRE soit d’ID. L’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) pourrait également les rejoindre. Il y en aurait également d’autres dans le CRE et l’ID qui seraient compatibles, comme Thierry Baudet et ses alliés ou les conservateurs flamands.

Mais ce même groupe pourrait également être intégré dans une deuxième phase au CRE par Orban, montrant qu’ils ne sont pas seuls. Cela pourrait être frappant, car il s’agirait d’un CRE de plus de 80 sièges, qui serait désormais la quatrième force la plus forte à Bruxelles et Strasbourg.

Mais pour l’instant, l’heure est à la lutte contre la pandémie. Viendra probablement le temps des joutes partisanes ensuite.

Agnès Zsofia MAGYAR, SENIOR RESEARCH FELLOW et membre du think tank Danube Institute

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