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Crédits Photo: Reuters
Les prix du pétrole brut devraient se diriger vers 130$ le baril pour 2017.

Or noir

Vers un pétrole à 130$ en 2017 ?

Selon le géopolitologue Emad Mostaque de Ecstrat, les prix du pétrole brut devraient se diriger vers 130$ le baril pour 2017. Une hypothèse qui n'est pas aussi improbable qu'elle n'en a l'air.

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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Atlantico : Emad Mostaque de Ecstrat, assure que les prix du pétrole brut se dirigent vers 130$ le baril pour 2017. Est-ce réaliste ? 

Jean-Pierre Favennec : Le prix du brut est tombé de 115 dollars par baril en juin 2014 à environ 40 dollars en janvier 2015. Après un léger rebond le prix du Brent (référence sur les marchés) se situe autour de 50 dollars aujourd’hui. 

Les raisons de cette chute sont connues. Il y a surabondance, au moins provisoirement, de brut sur le marché. Le facteur principal est la progression de la production de pétrole de schistes aux Etats Unis. Chaque année c’est 1 Mb/j (un million de barils par jour) supplémentaire qui arrive sur le marché. La production américaine de brut qui ne dépassait guère 7 millions de barils par jour peu avant 2010, atteint désormais 12 Mb/j. Or la demande globale de pétrole – de l’ordre de 95 millions de barils par jour – progresse lentement et d’autres producteurs (Irak, bientôt Iran, Brésil, Kazakhstan …) augmentent également leur production. 

Dans des situations semblables l’OPEP habituellement réduit sa production pour rééquilibrer l’offre et la demande. Cette fois, l’OPEP, assez largement guidée par l’Arabie Saoudite qui veut conserver ses parts de marché, n’a rien décidé de tel. Au contraire la production OPEP a eu plutôt tendance à augmenter lors des derniers mois.

Les prix peuvent ils remonter à 130 dollars ?

Certes plusieurs facteurs plaident pour une hausse des prix. La production de pétroles de schistes aux Etats Unis a tendance à légèrement régresser. De nombreux projets classiques sont repoussés faute de rentabilité. La demande de pétrole augmente plus vite puisque les prix des carburants diminuent. C’est le début d’un retour à l’équilibre. Mais ce retour sera très progressif.

A un horizon de quelques années et sauf conflit géopolitique grave, les prix ne reviendront pas à 130 dollars par baril. On peut tout au plus imaginer d’ici quelques mois, ou à la fin de 2016 un prix de 70 à 80 dollars. Ce prix permettrait un redémarrage des projets, donc donnerait un signe clair d’augmentation de la production à horizon assez court. La production de pétrole de schistes repartirait très vite : actuellement la moitié des appareils qui permettent de forer les puits de production de ces pétroles de schistes sont à l’arrêt car à 50 dollars, en moyenne, les profits sont limités voire négatifs. A 70 ou 80 dollars, la production américaine redémarrerait très vite.

On peut s’attendre pendant quelques années à un prix du pétrole qui remonte progressivement vers 80 dollars par baril du fait d’une certaine tension de l’offre-demande avant de redescendre un peu car ce prix de 80 dollars je le répète : Permet le redémarrage de la production de pétrole de schistes aux Etats Unis ; Permet de relancer les projets plus classiques, par exemple de production offshore en Afrique de l’Ouest ou dans le Golfe du Mexique.

Quelles conséquences pour les pays producteurs ? Et pour les pays consommateurs ?

A l’exception des pays comme le Qatar, Koweït ou les Emirats Arabes Unis, la plupart des pays producteurs souffrent très fortement du prix "bas" du pétrole. On se rappellera que nombre d’entre eux ont besoin d’un prix du brut voisin de 100 dollars voire plus pour équilibrer leur budget. Ces pays dépendent souvent à 90 % du pétrole pour leurs exportations. Un retour vers 80 dollars serait une première bouffée d’oxygène.

Pour les pays consommateurs, le prix de 50 dollars est certes une aide précieuse (et inespérée il y a encore 18 mois). La plupart d’entre eux peuvent s’accommoder d’un prix un peu supérieur.

Le prix actuel du brut est une incitation pour les pays producteurs à rationaliser leurs dépenses. Un retour vers 80 dollars par baril ne pourrait qu’inciter également les pays consommateurs dont les budgets sont en déficit à des efforts d’économie

Et en cas de crise géopolitique ?

Les tensions au Moyen Orient sont inquiétantes puisque cette région produit 30 % du brut et possède plus de 50 % des réserves de pétrole. Et ce sont les réserves les moins couteuses à produire

Rappelons simplement qu’au plus fort des tensions entre l’Iran et les pays occidentaux, lorsque l’on évoquait l’hypothèse – très peu probable à mon avis – d’une fermeture du détroit d’Hormuz, certains évoquaient un prix de plus de 200 dollars. Pour paraphraser une formule célèbre, le ciel n’a pas de limite

Mais hors crise grave rien ne justifie un prix très élevé du pétrole dans un avenir proche.

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