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Vandalisme et criminalité : "Il n’y a plus de respect pour rien". Oui, mais la faute à qui ?
©Compte Twitter de Catherine Arenou

Imbéciles et irresponsables

Vandalisme et criminalité : "Il n’y a plus de respect pour rien". Oui, mais la faute à qui ?

La Cathédrale d'Oloron-Sainte-Marie a été attaquée cette nuit par des malfaiteurs qui ont dérobé le trésor de la Cathédrale. Cet événement fait écho avec les affrontements entre policiers et jeunes à Chanteloup-les-Vignes dans la nuit de Samedi à Dimanche.

Philippe Bilger

Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il a été amené à requérir dans des grandes affaires qui ont défrayé la chronique judiciaire et politique (Le Pen, Duverger-Pétain, René Bousquet, Bob Denard, le gang des Barbares, Hélène Castel, etc.), mais aussi dans les grands scandales financiers des années 1990 (affaire Carrefour du développement, Pasqua). Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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Atlantico : Qu'est-ce qui domine selon vous dans ces violences ? Est-ce une absence de respect et de civilité ou une attaque assumée contre les institutions ?

Philippe Bilger : Il me semble que ce soit tout cela à la fois, mais c'est surtout une ignominie absolue.  Au fond, ce qui me préoccupe, c'est que le mal français s'amplifie de manière vertigineuse. Le mal français représente pour moi un irrespect au regard des institutions, la faiblesse absolue de l'autorité de l'Etat et la dégradation de notre vivre ensemble. Lorsque l'on relie l'attaque de la Cathédrale, ce qu'il s'est passé à Béziers et ce qu'il s'est passé à Chanteloup-les-Vignes, on obtient la continuation d'un phénomène auquel on finit par s'habituer car on ne sait plus le dominer ni y résister.  Ce qui me paraît le plus grave, c'est le manque de lucidité de nos gouvernants. Lorsque j'entends Edouard Philippe analyser ce qu'il s'est passé à Chanteloup-les-Vignes, en dénonçant être le fait d'un petit groupe de jeunes gens bêtes et irresponsables, il est dramatique d'avoir une perception aussi fausse. C'est comme s'il voulait réfléchir uniquement sur des ponctualités dramatiques sans comprendre que c'est la France toute entière qui est entraînée dans un naufrage de déliquescence sociale, urbaine  et de cité. Si l'on n'admet pas la réalité globale de ces désastres, c'est précisément parce qu'on se sent impuissant à y répondre.  Je trouve tout cela dramatique.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le "mal français" ?

Je dirais que ce qui s'amplifie est à la fois la dégradation d'une politesse sociale et son télescopage avec une faiblesse de plus en plus intense de l'autorité de l'Etat. Aujourd'hui, et les exemples dont on parle en sont la preuve, chacun sait ce qu'il veut. A aucun moment, dans les circonstances que l'on évoque, il n'y a quoi que ce soit qui vient arrêter comme une sorte de blocage citoyen l'action malfaisante de tel ou tel. Aucun d'entre eux ne se dit qu'en France il existe une certaine qualité de civilisation avec un Etat qui sait être fort. A aucun moment ces malfaisants ne se disent cela.

Qu'est-ce qui explique que l'autorité de l'Etat soit remise en question ?

Il faut savoir que l'autorité est la vertu la moins partagée en France que ce soit dans le domaine politique, judiciaire, policier, dans tous les domaines où l'autorité, vertu régalienne par excellence, devrait être préservée. Il y a également une peur viscérale de la part du pouvoir et de l'Etat de mener une action globale contre tous les phénomènes de violence et de dissidence. Cela est typique d'Edouard Philippe. Il est aisé de prendre une seule partie du désastre et de l'analyser de manière complètement aberrante. Ce n'était certainement pas qu'un petit groupe d'imbéciles et d'irresponsables. Il ne faut pas les sous-estimer. Ce qu'ils font, ils le font en pleine conscience du fait que la France n'est plus en état de répondre ponctuellement à leurs attaques et encore moins globalement.

Y a-t-il une volonté explicite et consciente d'une désorganisation  voire une destruction de l'autorité de l'Etat ?

Cela dépend des cas. A Chanteloup-les-Vignes, il y a eu une volonté  dramatique de montrer que l'on pouvait tout se permettre, que l'Etat n'est rien, qu'il n'est qu'un ectoplasme et qu'il ne fait plus peur à personne car on peut accomplir ce que l'on veut. A Béziers, comme dans d'autre parties de la France, on trouve des mineurs qui considèrent que la vie sociale et urbaine dans certains quartiers est une immense cour de récréation ou l'on peut faire ce que bon nous semble. Dégrader, incendier, frapper, brûler, tout ce qui est fondamentalement un service public et qui devrait être ménagé et préserver. Il me semble que ce soit une motivation différente. En revanche, la France n'a pas à faire à un mal parcellaire comme le dirait Edouard Philippe ou Christophe Castaner, mais à un mal global et terriblement préoccupant pour la suite.

Quelle est la part de responsabilité d'un discours dans le débat public qui consiste à dire que la colère sociale est bonne car elle remet en cause les institutions et qui explique que cela est lié à la discrimination par exemple ?

Vous avez raison de dire qu'il existe une certaine complaisance, c'est-à-dire que l'on n'obtient rien auprès de l'Etat si l'on n'est pas un tant soit peu violent et cela a probablement nourri les actions et les dysfonctionnements de ces irresponsables et malfaisants. Il y a une chaîne. A partir du moment où l'on semble légitimer, même pour une "bonne cause", l'exercice d'une violence, on jette du poison dans les veines républicaines. Tout cela est, à nouveau, lié à une faiblesse de l'Etat. Une fois que l'on a décrit la faiblesse de l'Etat, il faut s'intéresser sur  l'aptitude de la démocratie à répondre au défi qui nous est posé. 

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