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EN Chine, la France est symbole de l'art de vivre et la sophistication.

Faut voir loin

Valls en Chine : que serons-nous encore capables de vendre aux Chinois dans 15 ans ?

Manuel Valls entame ce jeudi 29 janvier une tournée séduction de trois jours en Chine, accompagné de nombreux chefs d'entreprises. Le secteur de l'énergie occupe une place importante dans cette délégation, mais la France a bien d'autres atouts à faire valoir.

Frédéric Fréry

Frédéric Fréry

Frédéric Fréry est professeur à ESCP Europe où il dirige le European Executive MBA.

Il est membre de l'équipe académique de l'Institut pour l'innovation et la compétitivité I7.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles, dont Stratégique, le manuel de stratégie le plus utilisé dans le monde francophone

Site internet : frery.com

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Atlantico : Manuel Valls est en visite en Chine du 29 au 31 janvier, accompagné d'un certain nombre de chefs d'entreprises : GDF Suez, EDF, Areva, Schneider… Quels sont les futurs besoins du marché intérieur de la Chine ?

Frédéric Fréry : La croissance s'est ralentie en Chine, mais les demandes en infrastructures et en équipements lourds sont encore très loin d'être comblées. En revanche, la classe moyenne est désormais une réalité durable. En plus d'être premier exportateur mondial, la Chine entend désormais devenir le premier marché mondial, pour tous les produits de consommation, mais aussi pour les services. C'est cette carte que nos entreprises doivent jouer, et elles l'ont bien compris.

Comment les entreprises françaises sont-elles positionnées sur ces secteurs ? L'Allemagne, qui est le premier partenaire commercial de la Chine en Europe, a-t-elle mieux anticipé le développement du marché chinois ?

L'Allemagne, d'une année à l'autre, exporte 4 à 5 fois plus que nous en Chine. Cependant, nos entreprises peuvent certainement rattraper une partie de ce retard.

Tout comme la Chine est désormais le premier marché pour Volkswagen, elle l'est aussi depuis l'année dernière pour PSA. L'Oréal est le leader local de la cosmétique et la Chine y est désormais sa première zone de croissance. Après les déboires de Danone dans l'eau minérale, notre industrie agroalimentaire est elle aussi en forte progression. En ce qui concerne les services, même si Carrefour est à la peine face à la concurrence locale (l'Américain Walmart l'est d'ailleurs tout autant), d'autres secteurs sont promis à un grand avenir en Chine, notamment le tourisme ou l’hôtellerie.

L'essentiel des exportations allemandes en Chine (et dans le reste du monde), ce sont des automobiles, des machines et des biens d'équipement. Aux yeux des Chinois, l'Allemagne représente l'efficacité industrielle, mais la France représente le raffinement. Les Allemands ont le travail du métal et la qualité ; nous avons l'art de vivre et la sophistication. A nos entreprises de jouer sur cette image pour séduire tous ces nouveaux consommateurs en quête de distinction sociale et de reconnaissance.

Quelles leçons les entreprises françaises doivent-elles en retirer, sans pour autant tomber dans le travers d'une dépendance au marché chinois et à l'exportation ?

Il serait absurde de rester en dehors du plus gros marché mondial, qui est aussi un de ceux dont la croissance est la plus prometteuse, et on peut souhaiter beaucoup de choses bien pires à notre économie que de devenir dépendante des exportations ! Nous avons raté la première vague de l'expansion chinoise, celle qui, à marche forcée, a fait passer un pays pauvre et agricole au rang de grande puissance industrielle. En revanche, nos atouts nationaux devraient nous permettre de jouer un rôle beaucoup plus important dans la deuxième vague, qui va faire de la Chine un marché moderne et sophistiqué, car c'est justement là que sont nos forces.

Pour réussir cette deuxième étape, nous devrons cependant combattre certains de nos vieux démons et nous montrer à la fois modestes dans nos discours mais ambitieux dans nos objectifs, fiers de nos produits mais attentifs à nos services, ouverts aux adaptations mais fidèles à nos valeurs. Si elle est à la hauteur de ce que sa réputation a de meilleur, la France ne peut que gagner des parts de marché dans le commerce mondial, dont la Chine est désormais le porte-drapeau.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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