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L'herbe est plus verte chez le voisin

Une vraie réforme de l’État, c’est possible : la preuve par la Scandinavie

Alors que Jean-Marc Ayrault a prononcé son discours de politique générale mardi, sur fond de rigueur budgétaire suite au rapport accablant que la Cour des comptes a remis au gouvernement lundi, de nouvelles mesures visant à réduire les dépenses vont devoir être adoptées. Faut-il s'inspirer des pays scandinaves ?

Caroline Newhouse

Caroline Newhouse

Caroline Newhouse est économiste spécialisée sur les Pays Scandinaves au sein du département des Etudes économiques de BNP Paribas.

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Pour sortir de la crise économique du début des années 1990, le modèle économique scandinave (Suède, Finlande, Norvège et Danemark) a dû s’adapter à l’économie de marché et à la nouvelle donne de la mondialisation. Les réformes mises en place ont contribué à éloigner les pays nordiques du modèle originel d’État-providence et placer le citoyen / client au centre des organisations et des administrations. Elles offrent aujourd’hui des pistes de réflexion en matière de réforme de l’État, des systèmes éducatifs et de santé.

La réforme du secteur public a transformé le mode de relation entre administration et usager pour offrir des services de meilleure qualité, et ce quelque soit le service public concerné. Ainsi avec le programme « Citoyens à la barre »,  les « citoyens » danois ont désormais le droit de choisir le mode de prestation de service. Le rôle de l’administration est de s’assurer que ce droit existe, de donner accès aux éléments déterminants du choix et d’obliger chaque institution, publique ou privée, à publier ses résultats en matière de performance.

Le système éducatif ne fait pas exception. La Finlande est souvent cité en exemple, tant ses résultats sont supérieurs à la moyenne des pays de l’OCDE, alors que ses dépenses d’éducation rapportées au PIB sont inférieures. Son système se caractérise par la gratuité totale de l’enseignement primaire et secondaire qui s’étend à la cantine, aux manuels et au ramassage scolaires, l’autonomie des budgets des écoles, la flexibilité avec l’absence de commissions scolaires, et la concurrence entre établissement publics et privés qui sont évalués publiquement.

En Suède, les parents reçoivent des "chèques-éducation" des municipalités pour inscrire leurs enfants dans l’école de leur choix, qu’elle soit publique, privée ou encore autonome. Par ailleurs, le système éducatif est une des clés de voûte de la politique de l’emploi des pays scandinaves. La flexicurité danoise conjugue un faible degré de rigidité du travail et la recherche de la sécurisation des parcours au travers de la formation continue et de la politique active de l'emploi.

L’objectif affiché de ces politiques est d’élever un taux d’emploi déjà parmi les plus élevés de l’OCDE (75,4% en Norvège, 73,4 % au Danemark, 72,7% en Suède et 68,3 % en Finlande contre 64 % en France et 64,6% en moyenne dans l’OCDE). Jeunes, femmes, seniors, tous se voient accorder des droits et des devoirs, afin de rester en activité le plus longtemps possible.

En conséquence le taux de chômage des jeunes est plus faible qu’ailleurs (13,8% au Danemark et  9,3% en Norvège contre 22,5% en France et 16,7% en moyenne dans l’OCDE) alors que le taux d’activité des femmes (72,5% en Finlande, 75,6% en Norvège, 76,1% au Danemark et 76,7% en Suède contre 66,3% en France et 61,8% en moyenne dans l’OCDE) et des seniors y est plus élevé (60,2% en Finlande, 61,1% au Danemark, 69,6% en Norvège et 74,6% en Suède contre 42,5% en France et 57,5 en moyenne dans l’OCDE).

Tout comme pour l’éducation et l’emploi, le système de santé scandinave a nettement évolué au cours des dernières décennies. Dans un souci commun de responsabilité et de plus grande efficacité, une plus large autonomie et une responsabilisation financière accrue ont été accordées aux municipalités. Les acteurs du système de santé ont été responsabilisés grâce à un mécanisme de paiement des médecins plus incitatifs; la participation des patients aux différentes instances représentatives ; la redéfinition des compétences des professionnels de santé. Confrontés au problème des listes d'attente, les patients sont désormais autorisés, au-delà d'une certaine durée d'attente, à choisir un autre hôpital que celui dont il dépend et qui peut relever du domaine privé ou se trouver à l’étranger.

Somme toute, le modèle scandinave offre des pistes de réflexion intéressantes en matière de décentralisation et de responsabilisation des acteurs économiques. Toutefois, le principe égalitaire qui le sous-tend philosophiquement limite son "exportabilité", tant il s’agit encore d’une valeur peu commune à la société française.

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