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Stabilité

Une politique de voisinage intelligente de l’UE

L’Union européenne, malgré ses dissensions internes, ne doit pas oublier qu’elle doit encourager la stabilité économique et démocratique à ses frontières. Bruno Alomar revient sur l'exemple de la Géorgie.

Bruno Alomar

Bruno Alomar

Bruno Alomar, économiste, auteur de La Réforme ou l’insignifiance : 10 ans pour sauver l’Union européenne (Ed.Ecole de Guerre – 2018)

 
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Si l’Union européenne (UE) affronte ce qui est peut-être la plus grave crise économique de son histoire, son origine se trouve à des milliers de kilomètres de ses frontières. Se trouve ainsi spectaculairement illustrée l’idée exprimée par Edward Lorenz en 1972, qu’ont fait leur les théoriciens du chaos, selon laquelle « le battement d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas ».

Rien de très nouveau à cela dirait-on. Chateaubriand, déjà, se demandait « comment trouver place sur une terre agrandie par la puissance d’ubiquité, et rétrécie par les petites proportions d’un globe fouillé partout ? ». L’UE a déjà beaucoup éprouvé, avec les évolutions de l’Ukraine, de la Crimée, plus récemment de la Syrie, combien sa sécurité, jusqu’à sa sécurité intérieure, se jouaient hors de ses frontières, dans sa capacité à fonder des relations solides et saines avec ses voisins. C’est tout l’enjeu de sa politique de voisinage, que l’on caricature souvent, comme le versement d’aides à des pays limitrophes de ses frontières.

Qu’il soit permis ici de mettre l’accent sur un exemple bien particulier, celui de la Géorgie. Souligner l’importance géostratégique de la Mer Noire, à la porte de l’UE, relèverait au fond de l’évidence. Évidence telle qu’elle a suscité en août 2016 l’Initiative dites « des 3 mers » (Adriatique, Baltique, Noire), afin, pour ses douze membres, sous le regard favorable de Washington avec la volonté de limiter l’influence russe dans la région, de coopérer en matière d’énergie et de transport. A l’heure où l’UE a, pour l’instant, renoncé à négocier un accord commercial complet tant avec la Chine qu’avec les États-Unis, il faut rappeler qu’elle dispose avec la Géorgie d’un DCFTA (Deep & Comprehensive free trade agreement) qui organise une coopération économique nourrie entre ces deux acteurs.

L’on pourrait également souligner le souhait manifesté par les autorités géorgiennes au plus haut niveau, de devenir membre de l’UE, comme rappelé par Salome Zurabishvili, actuelle Présidente de la Géorgie, et ancienne diplomate française. Il n’est pas si anodin que cela, en cette période marquée par le départ des britanniques et par le peu d’enthousiasme des peuples européens, de constater que l’UE attire encore. D’un point de vue conjoncturel, sans doute faudrait-il souligner – l’UE l’a d’ailleurs fait - en ces temps d’épidémie, la rapidité avec laquelle la Géorgie a su se mobiliser au plan sanitaire, évitant tout décès à date.

Au-delà du passé et des souhaits des autorités géorgiennes relayés par une population pro européenne, sans préjuger de ce que seront les relations futures avec l’UE, il n’est pas inutile, de regarder les performances d’un pays comme la Géorgie. Elles sont plutôt flatteuses, au plan économique et politique.

Au plan économique, la Géorgie peut s’enorgueillir de performances qui se sont significativement améliorée au cours des années récentes, comme l’atteste l’évaluation qu’en fait la Banque Mondiale. Selon cette dernière, les mesures prises par le Gouvernment Georgian Dream a réduit drastiquement son taux de pauvreté, de 32,5% en 2006 à 16,3% en 2017. Plus significatif encore, l’amélioration de l’indicateur « doing business » de la Banque Mondiale la classe en 7ème position dans le monde. Rappelons qu’au sein de l'UE, seul le Danemark (4ème) propose un meilleur environnement pour les entreprises (pour mémoire, l’Allemagne occupe le 22ème rang). 

Au plan politique, les progrès réalisés au cours des dernières années ont été significatifs. Un point essentiel est à retenir : la réduction importante de la corruption. Selon le Business Anti-Corruption Portal (ONG financée par la Commission européenne, les pays germano-nordiques de l'UE, et qui sert de référence aux organisations internationales), la "corruption présente un risque très faible pour les sociétés étrangères désireuses d'investir en Géorgie". Il n’est pas non plus neutre de souligner que selon « l’indice de perception de la corruption » (ONG Transparency International), en 2019, et alors que des élections générales se tiendront en 2020, la Géorgie se situe au même niveau que des États de l’UE comme la Pologne ou la République Tchèque, et très en avance par rapport aux candidats à l’entrée dans l’UE (Serbie, Albanie et Kosovo).

De tout ceci une conclusion émerge. L’UE, malgré ses dissensions internes, ne doit pas oublier qu’elle doit encourager la stabilité économique et démocratique à ses frontières. Lorsque des gouvernements pro-européens émergent, comme en Géorgie, il faut suivre ces évolutions qui doivent être comprises, reconnues et encouragées.

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