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Une large étude souligne que le traitement de la santé cardiaque est dangereusement inégalitaire pour les femmes
©Reuters

Crise cardiaque

Une large étude souligne que le traitement de la santé cardiaque est dangereusement inégalitaire pour les femmes

Les femmes seraient deux fois plus susceptibles que les hommes de mourir de la forme la plus grave de crise cardiaque selon une étude anglo-suédoise.

Jean-François Thébaut

Jean-François Thébaut

Jean-François Thébaut est cardiologue, membre du Collège de la Haute Autorité de la Santé, président de la Commission amélioration des pratiques professionnelles et de la sécurité des patients.

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Atlantico : Une étude anglo-suédoise effectuée sur les dossiers médicaux de plus de 180.000 patients tend à montrer que les femmes seraient deux fois plus susceptibles que les hommes de mourir de la forme la plus grave de crise cardiaque. Les chercheurs privilégient comme explication la différence de traitement que reçoivent les femmes. Existe-t-il théoriquement ou en pratique des raisons de traiter différemment un homme et une femme face à certains types de crises cardiaques ?

Jean-François Thébaut : Tout ce qui fait la gravité pronostic d’une atteinte coronarienne aiguë (SCA)  est essentiellement du à deux facteurs:  d’abord la précocité du diagnostic et donc la prise en charge la plus optimale dans le temps le plus bref  afin de pouvoir revasculariser (déboucher les artères) dans les délais les plus précoces et ensuite la nature et la complexité des lésions que l’on découvrira à la coronarographie (radiographie des artères coronaires).

Or malheureusement d’une part les femmes présentent plus souvent que les hommes des formes atypiques de symptômes ou de douleurs qui sont autant de facteurs de retard au diagnostic et donc qui aggravent le pronostic et d’autre part les lésions coronariennes  sont souvent différentes de celles des hommes. Artères plus fines ( en rapport avec la taille du coeur plus petit) et plus diffuses  donc moins accessibles à l’angioplastie ( dilatation avec pose de stent coronaire).

Ce n’est donc pas le sexe qui guide le traitement  mais le délai par rapport au début de la crise et la nature des lésions.  En outre jusqu’à ces dernières années  les femmes présentaient cette pathologie plus tardivement que les hommes ( près de 10 ans en moyenne), donc plus souvent associées à d’autres maladies qui aggrave le pronostic . 

Donc en théorie les mêmes traitement s’imposent à lésions et terrain comparable. 

Cependant beaucoup d’études montraient que les traitement étaient, pour toutes ces raisons souvent plus médical avec moins de revascularisation chez les femmes. Ce qui n’est pourtant pas le cas de l’étude suivante.

Une autre étude, publiée par l'Université Technique de Muniche cette fois-ci, faisait le même constat, mais pointait du doigt le fait que la gent féminine avait plus de chance de développer des maladies coronaires diffuses que des infractus du myocarde, plus courants chez les hommes. Elles seraient victimes de ces attaques plus tard et avec des symptomes différents ou moins visibles. S'agit-il selon vous de problèmes biologiques ou de problèmes psycho-sociaux ?

Dans cette étude les patients ont été rétrospectivement appariés pour essayer de gommer les différences précédemment décrites. Et pourtant  bien que les patienttes soient comparables en âge et facteurs de risque que les hommes et bien que le nombre de revascularisations soit comparable, il apparait un pronostic plus grave, avec plus de décès chez les femmes que chez les hommes au cours de la première année de suivi. Mais cette différence est gommée à 5 ans, ce qui atteste de l’équivalence  des traitements au long cours de prévention secondaire.

Plusieurs explications sont possibles : d’abord méthodologiques. En effet il s’agit d’études rétrospectives sur des cohortes de patients dont les objectifs de suivi étaient très différents. Cela peut introduire des biais importants . Ainsi près de 20% des femmes n’ont pas pu être appariées . Quels auraient été les résultats si elles avaient pu êtres incluses dans l’étude? Une autre explication pourrait être d’une plus grande gravité des lésions chez une partie significative des patientes décédées la première année, mais non significative sur les cinq années ( biais statistique) 

Quelles sont les améliorations que vous préconiseriez ou qu'il vous semble intéressant d'étudier pour combler les inégalités sexuelles face aux risques cardiaques ?

Le plus important dans  la prise en charge du syndrome coronarien aigu  est la rapidité et la qualité du diagnostic initial pour que les patient(e)s soient adressés(e)s le plus vite possible au centre de cardiologie interventionnelle. Le recours au 15 doit être systématique pour adresser si nécessaire un SMUR sans passer par les urgences hospitalières ni surtout  par une consultation  de ville  qu’elle soit effectuée par un cardiologue ou par un généraliste. En France à ce jour moins de 50% des SCA ont recours au 15 

Bien sur la difficulté est encore plus grande quand les symptômes sont trompeurs. Le tout c’est d’y penser et de faire au plus vite un ECG et le bilan biologique diagnostique.

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