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Hips !

Un penchant pour l’alcool ? Votre grand-mère faisait sans doute un peu trop la fête

Une étude scientifiques de l'université de Binghampton, à New-York, révèle que la consommation d'alcool pendant la grossesse augmenterait fortement les risques d'alcoolémie chez les trois générations suivantes. Cette hérédité serait due à des facteurs génétiques.

Alexandra Henrion-Caude

Alexandra Henrion-Caude

Dr Alexandra Caude est directrice de recherche à l’Inserm à l’Hôpital Necker. Généticienne, elle explore les nouveaux mécanismes de  maladie, en y intégrant l’environnement. Elle enseigne, donne des conférences, est membre de conseils scientifiques.

Créatrice du site internet science-en-conscience.fr, elle est aussi l'auteur de plus de 50 publications scientifiques internationales. Elle préside l’Association des Eisenhower Fellowships en France, et est secrétaire générale adjointe de Familles de France.

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Atlantico : Une étude de scientifiques de l'université de Binghampton, à New-York, révèle que la consommation d'alcool pendant la grossesse augmenterait fortement les risques d'alcoolémie chez les trois générations suivantes. Comment expliquer une si longue hérédité ?

Alexandra Henrion Caude : L’alcool, comme l’alimentation, le stress, les médicaments, les polluants font partie de l’environnement du fœtus qui vont altérer son développement de façon irréversible, et donc sa santé, au point qu’une société savante de scientifiques ait émergé sur le sujet dans les années 2000. La FOAD, devenue la DOHaD, étudie les origines fœtales/développementales de la santé et des maladies. C’est notamment grâce aux travaux de la DOHaD qu’on s’est rendu compte que ces modifications du fœtus vécues pendant la grossesse pouvaient avoir des effets transgénérationnels, c’est-à-dire qu’ils passent d’une génération à l’autre. Différents mécanismes peuvent être impliqués dans ces passages mettant en œuvre les microARNs qui agissent sur l’épigénétique, c’est-à-dire un ensemble de modifications conduisant à l’allumage ou à l’extinction de certains gènes. Dans le cas précis que vous mentionnez, les travaux de ces chercheurs anglais ont été réalisés chez le rat et non pas chez l’homme. Leur originalité tient au fait que les auteurs remarquent que l’hérédité (ou plus exactement le fonds génétique) aurait une influence sur la nature des conséquences d’une exposition prénatale à l’alcool, et proposent, sans la démontrer, une transmission des troubles occasionnés par l’alcool sur deux générations.

A quel degré de consommation d'alcool pendant la grossesse y-a-t-il un risque pour le fœtus d'être contaminé par cette hérédité ?

Lorsqu’une femme enceinte boit de l’alcool, il passe dans son sang, puis dans celui de son fœtus, au travers du placenta. Ce qui fait que la concentration en alcool dans le sang du bébé est rapidement aussi élevée que dans le sang de la mère, mais qu’en plus, l’alcool transmis au fœtus est éliminé lentement car le foie n’a pas la fonction de détoxification qu’il acquerra plus tard. Cet éthanol présente une toxicité pour le fœtus. C’est pour ces raisons qu’il est déconseillé à la femme enceinte de consommer de l’alcool, sans que l’on puisse définir un niveau de consommation d’alcool ou une quantité d’alcool qui serait sans risque pour l’enfant à naître. C’est dans les années 1975 que les premiers rapports apparaissent indiquant que l’exposition prénatale à l’alcool pourrait avoir des conséquences sévères et durables sur le développement : la croissance, la connaissance et le comportement social de l’enfant. L’exposition prénatale à l’alcool reste ainsi la première cause de handicap mental non-génétique à la naissance.

Une femme consommant beaucoup d'alcool en temps normal et qui s'en abstient lors de sa grossesse peut-elle transmettre ce penchant aux trois générations suivantes ? Et le père ?

La préconception est une période chez la femme comme chez l’homme de grande vulnérabilité pour les gamètes. Les gamètes sont ces cellules fragiles dont la fusion forme l’individu, œuf, qui, au cours de sa période dans l’utérus maternel, c’est-à-dire pendant la grossesse, passe par les stades d’embryon puis de fœtus. Ainsi, une consommation abusive d’alcool chez la mère comme chez le père entraîne un stress au niveau respectivement des ovocytes et des spermatozoïdes, dont les conséquences pourront être détectées dans les générations suivantes au travers de nombreux mécanismes possibles. Les manifestations peuvent être une préférence accrue pour l’alcool parallèlement à une moindre sensibilité à l’alcool.

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