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Crédits Photo: Valery HACHE / AFP

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Ultra Covid Solitude : à la cuisine ou pas, papi et mamie semblent mieux résister à la dépression que les jeunes générations

Selon une étude de l’American Psychological Association, les seniors ont mieux vécu l’isolement lié à la crise sanitaire que les jeunes. Comment expliquer ce phénomène ?

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Atlantico : Selon une étude de l’American Psychological Association, les seniors ont mieux vécu l’isolement lié à la crise sanitaire que les jeunes, pourtant très connectés entre eux. Comment l’expliquer ?

Pascal Neveu : Plusieurs autres études permettent de porter un regard plus juste sur les différences de vécu entre jeunes et seniors.

Mais la devise des seniors est avant tout de ne pas s'inquiéter des choses qu'ils ne peuvent pas contrôler, de part leur vécu. Tous n’ont pas connu la 2nde guerre mondiale mais le récit de leurs parents reste gravé dans leur mémoire. Ils ont vécu la guerre d’Algérie, mai 68, la crise pétrolière… A une époque où les moyens de communication n’étaient pas ceux d’aujourd’hui.

Comme si une capacité d’adaptation, de survie et de résilience était plus forte que chez les jeunes. Comme s’ils vivaient moins la peur, mais aussi parce que dans ce contexte « d’interdits », de frustrations, d’isolement… l’âge les amène à penser ce contexte de « mort ambiante » plus facilement que des jeunes qui bien évidemment sont dans la vie et l’eros, pas le thanatos.

Certains seniors interrogés sont capables de dire « cela, aussi, passera… », « Je veux être en vie à la fin de ça… ».

Il existe cependant chez eux une inquiétude à attraper ce coronavirus. Pour celles et ceux ayant été contaminés et qui par chance, même si ils ont été hospitalisés, ont guéri, les médecins ont décrit « the frog brain ». Une étude américaine menée par American Medical Association et publiée dans Jama Network décrit une sensation de « brouillard » mental et de désorientation qui pourrait être un nouveau symptôme du coronavirus. Confusions, troubles de la mémoire, perte auditive, perte de cheveux… Les chercheurs n’ont, pour le moment, aucune explication, ce symptôme étant décrit chez des moins de 65 ans.

En parallèle, pendant que tout est mis en place pour protéger les seniors, la santé psychique de notre jeunesse semble un peu négligée, même si le Ministre de la Santé Olivier Véran a précisé qu’un tiers des étudiants a été en détresse psychologique durant le premier confinement.

Un sondage (réalisé par Odoxa-Dentsu les 18 et 19 novembre auprès d'un échantillon de 1691 Français dont 686 jeunes (15-30 ans) représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus) précise que la jeunesse est la génération qui souffre le plus du confinement et est la plus pénalisée par l'épidémie.

Pour 57% des 15-30 ans le nouveau confinement est « difficile à vivre » (14 points de plus que depuis mars dernier chez les 18-24 ans). C'est 11 points de plus que pour l'ensemble des Français qui, à 46%, le jugent difficile à vivre.

Plus de cours à l’université, plus de petits boulots, ni de soirées entre amis. Pour la jeunesse, la quasi-totalité des activités d'avant confinement manquent. Ils sont ainsi 78% à regretter les réunions de familles, les soirées entre amis (76%), les sorties dans les bars et restaurants (69%) ainsi que la vie culturelle (65%). Près d’un jeune sur deux (45%) est même affecté dans sa vie amoureuse et sentimentale (24% ont vécu une rupture amoureuse ou une détérioration de leur vie de couple). Ne plus pouvoir se rendre à l'école ou à la fac manque à 59% aux élèves et étudiants tandis que 36% des jeunes actifs regrettent de ne plus se rendre au travail. Ils sont 51% à reconnaître une baisse de leur pouvoir d'achat.

La crainte de leur avenir est le sujet qui les préoccupe le plus. D'ailleurs, 85% des 15-30 ans estiment que de toutes les générations, c'est la jeunesse qui sera à l'avenir la plus pénalisée par les conséquences de la crise sanitaire. 65% estiment que déjà elle est la plus pénalisée actuellement par cette crise. Une opinion largement partagée par l'ensemble des Français qui estiment, à 55%, que c'est bien la jeunesse qui est la plus pénalisée actuellement et pensent à 75% qu'elle sera le plus pénalisée à l'avenir.

Pour les jeunes comme pour leurs aînés, le Covid-19 est un sujet d’inquiétude important.

Les personnes âgées sont-elles parvenues à créer de nouvelles sociabilités avec leurs proches grâce aux technologies de télécommunications par exemple ?

Totalement, et des recherches révèlent que les populations plus âgées sont moins touchées par la dépression pandémique que celles qui sont plus jeunes grâce à leur utilisation.  Selon une étude récente, certaines personnes âgées ont même élargi leurs réseaux de soutien social pendant les confinements. Et les chercheurs ont constaté que les adultes plus âgés ont tendance à déclarer des niveaux de solitude inférieurs par rapport aux adultes d'âge moyen et plus jeunes.

Des chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco ont remarqué que les seniors avaient trouvé les moyens de s'adapter et de faire face, grâce des outils créatifs afin d'interagir avec les membres de leur famille grâce à Zoom, Skype, Face Time…

Mais aussi en suivant des cours de danse en ligne, en rejoignant des clubs de lecture virtuels…

Ils ont appris à envoyer des SMS, à se servir de leurs smartphones et tablettes.

Certains seniors déclarent même qu’ils prennent du plaisir à apprendre grâce à la technologie.

Une étude a été réalisée en ligne (du 2 au 9 septembre 2020 par le cabinet d'étude Opinion Matters et a ciblé 2000 personnes âgées de 18 ans et plus en France, Italie, Allemagne et Etats-Unis). On y découvre qu’une très forte majorité de seniors déclarent passer plus de temps sur leur ordinateur (73%) et leur smartphone (70%). En ce qui les concerne, envoyer des messages directs à leurs proches et s'informer (67%) sont les deux usages qu'ils privilégient en cette période difficile.

A noter qu'en cas d'autres confinements à venir, 51% des Français interrogés se disent prêts à acheter du matériel plus récent. Parmi eux, 21% seraient ainsi prêts à changer d'ordinateur, 14% leur tablette et 13% leur téléphone portable.

Pour autant  les seniors qui n’ont pas été capables d’utiliser ces nouvelles technologies ou qui n’y ont pas accès, mais aussi qui ont eu du mal à s'adapter ont subi une solitude persistante et des troubles dépressifs plus importants.

Toutes les personnes âgées n’ont pas de connexion internet pour communiquer avec leurs proches, et de nombreux résidents d’EHPAD ont souffert du manque de visite. Ne faudrait-il pas modérer ces conclusions ?

Près des trois quarts des seniors français se connectent à Internet pour davantage de lien social.

Tous les seniors ne sortent pas de la tempête en douceur. Selon un sondage de la Kaiser Family Foundation, environ une personne âgée sur quatre se dit anxieuse ou déprimée, un taux qui a plus que doublé depuis cette pandémie.

L'isolement est particulièrement aigu dans les maisons de retraite médicalisées qui interdisent les visiteurs. Etant en lien avec des directeurs d’EHPAD, eux-mêmes me décrivent que des patients refusent de manger, pleurent seuls dans leur chambre pendant de longues périodes. Une étude récente a révélé que les résidents avaient perdu en moyenne environ 2 kilos lors du premier confinement. Les chercheurs attribuent ces changements à moins d'interactions sociales, à un arrêt des visites familiales et à des changements d'horaire, induits par la pandémie.

Parce qu'ils n'ont pas touché un autre être humain ou été touché par un autre être humain depuis mars, il y a l'isolement, la dépression et la fatigue au combat contre le contexte.

Certaines recherches ont également montré un lien entre la solitude et le développement de la démence, des maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux. Une étude récente a pour la première fois montré une association entre la solitude et le risque de diabète.

Aussi, je suis pleinement d’accord quant au fait de relativiser les choses, car il existe des disparités, des inégalités quant à l’accès aux technologies, sans oublier des problématiques de neurodégénérescence qui nécessitent une présence humaine plus qu’un ordinateur.

Cependant nous avons d’intéressants travaux sur des robots programmés, notamment menés par Sophie Sakka et son association Robot’s, quand à leur utilité auprès de patients, et qui trouveraient leur place auprès de ces seniors en souffrance de présence et d’interaction.

Les directeurs utilisent un budget afin d’équiper de plus en plus les seniors les plus isolés, et le Ministre de la Santé a déclaré l’impérative nécessité d’aider les établissements.

Je pense qu’il ne faut pas, dans ce contexte mondial, auquel personne n’était préparé, « opposer » les jeunes et les seniors.
Car leurs situations, leurs vécus, sont si singuliers et de fait leurs capacités adaptatives très différentes… acquises pour les seniors, en acquisition pour les jeunes.

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