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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la vie sexuelle de vos voisins (européens)
©LIONEL BONAVENTURE / AFP

Crac-crac

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la vie sexuelle de vos voisins (européens)

Un récent rapport de l'Ifop dévoile les pratiques sexuelles les plus courantes dans chaque pays européen. Si celles-ci changent d'un pays à l'autre, c'est en partie pour des raisons culturelles, sociologiques et religieuses. Tour d'horizon.

François Kraus

François Kraus

François Kraus est Directeur des études politiques au département Opinion de l'Ifop.

 

 

 

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Atlantico : Une récente étude de l'Ifop pour le réseau social Camgirls-Wanted détaille les pratiques sexuelles des Européennes selon chaque pays. De manière générale, quels sont les mécanismes culturels, sociologiques et religieux à l'œuvre ?

François Kraus : Le principal enseignement de l'enquête est que le poids des cultures, notamment religieuses, ou des politiques publiques, jouent dans le bien-être affectif et sexuel des Européennes. Et on le voit notamment pour les Néerlandaises, qui apparaissent beaucoup plus satisfaites, sur ces questions, que le reste de la population du continent. On peut y voir la trace de l'influence protestante et de certaines politiques publiques avant-gardistes en matière d'éducation sexuelle. 

Les Françaises sont les moins épanouies sur le plan sexuel. À quoi est-ce que cela tient ?

François Kraus : Ce constat, pour les Françaises, brise un peu le cliché du mâle français qui serait, soi-disant, un très bon amant. Après, il ne faut pas toujours tout responsabiliser, porter la responsabilité sur les hommes. Toutefois il y a en France un hiatus entre les pratiques sexuelles les plus fréquemment pratiquées et celles qui sont les plus épanouissantes pour les femmes. Cela tient sans doute à une plus forte pression sociale en France, qui incite la population à la performance sexuelle, et donc à adopter des positions ou des pratiques qui ne sont pas forcément les épanouissantes pour elles. 

Plus largement, il y a aussi les spécificités de la population féminine hexagonale : un taux de chômage plus élevé que dans le reste du continent, notamment. Et on sait bien que cela plonge souvent la population dans des effets dépressifs qui ne sont pas favorables à la sexualité. Il y a également un taux d'activité professionnelle des femmes qui est l'un des plus élevés d'Europe. Et concilier vie de couple et vie professionnelle, c'est toujours plus compliqué lorsqu'on est une femme active. En France, on atteint aussi des records, comme en matière d'antidépresseurs. Et enfin, il y a aussi le fait qu'en France, les femmes adoptent des relations de couple qui s'inscrivent de moins en moins dans un cadre conjugal stable. Elles sont souvent moins dans des unions stables, à long terme, cohabitantes, ou encore dans le mariage. L'instabilité n'est pas forcément favorable sur le plan de la satisfaction sentimentale. 

À l'inverse, l'étude révèle que les Hollandaises sont les Européennes les plus épanouies sur le plan sexuel. A quoi est-ce que cela tient ? Quelles sont les conséquences de cette libération sexuelle sur le plan sociétal ?

François Kraus : Un des éléments majeurs est, je pense, l'affranchissement des Hollandaises vis-à-vis de la religion, en l'occurrence plutôt la religion protestante. On observe que plus les pays sont affranchis de l'influence de l'Église catholique - qui a toujours eu un discours répressif et culpabilisateur vis-à-vis du sexe -, plus, en général, on a un rapport plus décomplexé à la sexualité. En Hollande, la révolution a eu lieu dans les années 1950-1960 et une génération a eu une rupture assez forte sur ces questions, qui s'est traduit par des positions avant-gardistes de la population et des pouvoirs publics sur tout un ensemble de sujets comme la prostitution, l'euthanasie, l'IVG ou l'éducation sexuelle. 

Aujourd'hui, la politique d'éducation sexuelle en Hollande est l'une des plus avant-gardistes du monde. On a ainsi un taux d'IVG qui est le plus faible du monde puisque les femmes sont très informées sur le sujet. Il y a aussi le fait d'aborder très précocement les questions de plaisir sexuel. Contrairement à ce qu'on peut croire en France, cela a un impact puisque ça décomplexifie, ça déculpabilise le rapport des femmes à la sexualité en le rendant moins "sale", moins étrange, moins culpabilisateur. 

En matière de sexualité, plus on est décomplexé, plus on a des chances d'avoir du plaisir. C'est l'un des enseignements majeurs de l'enquête : lorsqu'un pays dispose d'une culture nationale, de valeurs sociétales plutôt très avant-gardistes sur ces questions, et que les pouvoirs publics mènent des politiques qui suivent - comme en matière d'éducation sexuelle -, plus ça favorise ce type de bien-être affectif et sexuel. Il y a donc une dimension politique à ce bien-être.

Je pense également que, finalement, les Françaises et les Hollandaises n'ont pas du tout le même niveau de satisfaction sexuelle alors même que, finalement, les deux se distinguent par des trajectoires et une biographie sexuelleassez intense (beaucoup de partenaires) et un répertoire sexuel assez diversifié (au niveau oral, anal, etc.). Donc, in fine, ce n'est pas forcément ce que l'on fait et la fréquence à laquelle on le fait, qui joue, mais davantage les conditions affectives, les conditions sociales, psychologiques, le moral général, qui peuvent influer sur ces questions de bien-être sexuel et affectif.

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