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Les maisons de retraite sont loin d'être un havre de tranquilité.
Les maisons de retraite sont loin d'être un havre de tranquilité.
©Reuters

Le péril vieux

Tout ce qu'on n'ose pas vous dire sur les véritables comportements des gentils papis-mamies des maisons de retraite

Ceux qui croient que les maisons de retraite sont des lieux de tout repos se trompent. Loin de paisibles havres de tranquillité, ils sont un lieu de querelle, de violences, voire de sexualité exacerbée. Des comportements qui cachent parfois des pathologies liées à la vieillesse.

Elisabeth Martin Primart

Elisabeth Martin Primart

Elisabeth Martin Primart est psychologue. Elle exerce actuellement en maison de retraite après avoir également travaillé dans des services de gériatrie.

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Contactée par Atlantico, une directrice d'EPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées) nous livre quelques exemples de comportements assez surprenants des pensionnaires. 

1 -  Une résidente assez désinhibée va chercher son courrier. Dans le même temps, elle se charge d'apporter celui de son voisin : ce dernier se met à hurler et la traite de tous les noms "vous me faites ch..., allez me reposer ça tout de suite...je ne vous ai rien demandé".

2 - Une résidente, pensant rentrer dans son studio, rentre par mégarde chez sa voisine : cette dernière lui tape dessus à coup de canne en la traitant de tous les noms d’oiseaux.

3 - Mme C. et Mr M. voisins de chambre se détestent : quand Mme C. prend l’ascenseur elle repousse Mr M qui crie "attendez moi" et elle dit "il pue ce vieux bouc". Elle en profite également pour lui voler son papier toilette quand il descend fumer une cigarette.

4 - Une autre fait des croche-pattes aux résidentes qui passent, leur subtilise leurs cannes, et n'hésite pas à pousser leur chaise quand elles s’assoient…

Atlantico : L'entrée en maison de retraite signe le plus souvent une une rupture dans la vie des personnes âgées. Si l'adaptation au nouvel environnement permet de l'expliquer, certains comportements peuvent cependant nous paraître étranges. Querelles, jalousies, tromperies, sexualité exacerbée... A quelles situations, attitudes, êtes-vous confrontée ?

Elisabeth Martin Primart : Une des attitudes que l'on retrouve souvent concerne le rapport des personnes âgées envers leurs enfants. Celle-ci peut rapidement tourner à l'agressivité. Les comportements cités dans vos exemples sont des situations que l'on rencontre fréquemment en effet. Cela part souvent d'un seul coup, de façon très spontanée. Beaucoup de dérapages viennent aussi du sentiment d'intrusion systématique lié à la perte de l'espace personnel. Il faut bien imaginer que le personnel rentre dans votre studio sans frapper une fois sur deux, et des gens peuvent se retrouver chez vous parce qu'ils se sont perdus... Tout vous rappelle que votre espace n'est pas privé. Cela génère des tensions.

Quels éléments faut-il avoir en main pour comprendre ces attitudes ? De quoi sont elles révélatrices ?

L'entrée en maison de retraite ou en maison médicalisée se fait de plus en plus tard. Quand le moment arrive, c'est parce que la vie à domicile est devenue impossible : on ne peut plus marcher ou on souffre d'un handicap par exemple. Cela ressemble à un deuil de soi-même. La comparaison avec la perte d'un compagnon est comparable. Les personnes glissent vers la dépression. D'autres, peut-être plus dynamiques à l'origine, deviennent irascibles et agressives. 

Est ce qu'on peut lier ce type d'attitude à la personnalité ? La personne âgée avait-elle déjà un tempérament difficile en étant plus jeune ?

Certaines personnes vont réagir en fonction de ce qu'elles ont été toute leur vie, c'est certain. Ces troubles laminent nos acquis et notre éducation, les gens n'ont plus de pudeur, plus de gêne. On voit alors des mains baladeuses, des gens qui font leurs besoins dans le couloir, des désinhibitions sexuelles...

Ces comportements sont-ils plus fréquents, ou en parlons-nous parce que nous les acceptons moins ? 

Ces problèmes concernent de plus en plus de monde. Quand j'ai commencé à travailler en gériatrie, il y a 25 ans, sur une vingtaine de lits, seules une ou deux personnes étaient en fauteuil roulant, les autres étaient valides. Maintenant, il est rare de trouver plus d'une ou deux personnes qui peuvent marcher seules dans un service. La moyenne d'âge y était de 82 ans quand j'ai commencé, maintenant on doit être autour de 95 ans. On a couramment plusieurs centenaires par EPAD. Et le problème c'est que les enfants qui doivent supporter cela on fréquemment 65 ou 70 ans : ils sont grand-parents, ont souffert d'un AVC, ont déjà eu un cancer... Et cette génération a effectivement beaucoup de mal à supporter cette situation car elle souffre elle-même du vieillissement.

 

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