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©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

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Theresa May, Emmanuel Macron, Etat islamique et aveuglement numérique

Lors de leur rencontre du 13 mai écoulé, la première ministre britannique et le président français ont annoncé un "plan d'action très concret de lutte contre la propagande terroriste en ligne" - confortant ainsi l'opinion européenne dans l'idée que l'islamisme, aujourd'hui, et plus encore demain, se combattait dans le monde numérique.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Or - légers détails - cette idée est fausse (disent les services spécialisés) et pire, la cyber-lutte contre l'Etat islamique est un bide complet - de qu'avoue le Cyber command du Pentagone, le jour même de l'annonce par May-Macron de leur numérique variante de la "Chasse au Dahut" - en première page du New York Times, encore ! Cyberattacks against ISIS disappoint top officials - Décodons : en novlangue médiatique étatsunienne, "désappointement" signifie plantage radical.

Avant de voir pourquoi l'islamisme ne doit pas se combattre dans les nuées numériques, mais bien plutôt dans le monde physique ; et pourquoi la cyber-guerre contre l'Etat islamique est un échec ; une réflexion sur la façon dont nos dirigeants s'informent et fixent leurs politiques. 

Tout premier ministre britannique et président français jouit d'un environnement de renseignement parmi les plus élaborés au monde. De plus, Mme May a été ministre de l'Intérieur du Royaume-Uni. Mme May et M. Macron ont sans cesse auprès d'eux des professionnels de haut niveau en matière de terrorisme. 

Experts et non surhommes, bien sûr. Ils ne peuvent bloquer tous les attentats - mais au moins ils savent. Ils approchent au plus près la réalité, l'essence de l'ennemi terroriste. Ils captent ses communication ; recrutent en son sein des sources ; disposent de repentis. Sur le terrain syro-irakien, de secrets commandos écoutent, filment, rendent compte. 

Ces professionnels partagent en gros les deux avis ci-dessus exprimés :

- Le djihadisme se combat dans le monde physique,

- Affronter l'Etat-islamique dans le cyberespace, c'est combattre un mirage.

Pourquoi Mme May et M. Macron dédaignent-ils le diagnostic de leurs propres experts ? Pourquoi prônent-ils une stratégie dont le New York Times nous dit clairement qu'elle est "décevante" ? Nul proche de nos dirigeants ne lit donc le journal ?

Car ce n'est pas l'avis des experts du terrorisme (les vrais...) qui prédomine - mais celui des communicants de ces dirigeants politiques. Campagnes électorales, lutte antiterroriste : pour ces gourous, tout a migré dans les "data" et réseaux sociaux du cybermonde, seul désormais à les intéresser - à les hypnotiser.

Là est la source d'aveuglement. Car la cyber-information, c'est l'immédiat, l'émotivité, le réactif, l'ébullition, la dernière info de l'Afp. Constamment "sous le choc", ayant toujours "la boule au ventre" et le "stress", la cyber-classe médiatique titube d'un drame à l'autre ; elle réagit beaucoup mais comprend peu.

Notamment, que l'échec de la lutte contre l'Etat islamique a une origine plus radicale (au sens original, qui touche aux racines) qu'un défaut de maîtrise de l'Internet. Cet échec tient à un mauvais diagnostic, à la durable incapacité des officiels à évaluer la nature même de cet "objet terroriste non identifié". Et pas besoin d'être grand linguiste pour saisir que, ne pas savoir évaluer pousse fatalement à dévaluer.

La nature de l'Etat islamique pose-t-elle donc problème ? Ô combien. Voici donc une preuve de l'étrangeté de l'"Etat islamique" - impossible d'en aligner plus dans un article. Une preuve donc, mais terrible.

Les experts le savent désormais : l'architecte, créateur et visionnaire de l'"Etat islamique" (EI), sorti toute armé de son cerveau, est Samir abd Muhammad al-Khlifawi, dit "Hajji Bakr" ; un colonel du service de renseignement de l'armée de l'air d'Irak, tout sauf islamiste. Fin 2012, "Hajji Bakr" s'installe à Tal Rifaat (Syrie), à 40 km. au nord d'Alep ; base arrière et future tour de contrôle de l'EI. Dans cette ville contrôlée par la rébellion anti-Bachar, "Hajji Bakr" écrit le plan stratégique de l'EI, 31 pages si précises et détaillées que les experts y voient le vrai "code-source" de l'E.I.

Mais à Tal Rifaat, les rebelles anti-Bachar soupçonnent vite l'EI, qui les massacre au nom d'un douteux purisme religieux. Fin janvier 2014, les émirs rebelles ont saisi le jeu réel de "Hajji Bakr" : un commando attaque sa base et le tue. Tout ce qui permet aux rebelles d'analyser l'EI est alors précisément collecté et récupéré chez "Hajji Bakr" : ordinateurs, passeports, cartes SIM des téléphones, boitiers GPS, papiers et documents. 

Or ceux qui ont passé au peigne fin la base de "Hajji Bakr"; là où vivait et travaillait ce fondateur de l'"Etat islamique", explicitement voué à rétablir sur terre le califat de Mahomet, font alors une vertigineuse découverte : Dans toutes les possessions de Hajji Bakr, Il n'y avait pas un seul Coran. Cherchez l'erreur. 

 

 

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