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Théories pour expliquer pourquoi les gens font toujours la fête malgré le coronavirus

Personne n'était préparé à une pandémie et à ses conséquences. Un problématique que doivent prendre en charges les thérapeutes, eux-même relativement désarmés face à une crise qui met en lumière fragilité et limite de notre société.

Nathalie Nuffer-Dumontier

Nathalie Nuffer-Dumontier

Nathalie Nuffer-Dumontier est psychologue.

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Atlantico : Pourquoi avons-nous tant de mal à nous adapter à ce mode de confinement ? Nos habitudes et instincts moraux n’ont-ils finalement pas été suffisamment aiguisés pour nous guider correctement dans cette crise ?

Nathalie Nuffer-Dumontier : Ce que nous vivons à un caractère inédit, de notre génération, personne n’a été préparé à ce qui se passe aujourd’hui. Psychologiquement, je n’ai jamais eu à travailler sur un éventuel confinement ! Ni pour les adultes ni pour les enfants. Nous devons alors nous adapter aux situations qui évoluent très rapidement sur un phénomène de masse. Au début, le virus était loin, et puis il se rapproche, avec lui des mesures qui peuvent varier d’un jour à l’autre. Il y’a une perte de repère évidente. L’humain a besoin de temps pour s’adapter dans la majorité des cas.  Le manque de prise au sérieux de la catastrophe sanitaire est à la hauteur de l’incivilité que l’on retrouve un peu partout en France. On part d’une simple « gripette » à de nombreux morts.

Il semblerait que la population française soit unanime : le bilan terrible du coronavirus en Chine a profondément choqué. Pourtant, les réactions des Français ces derniers jours sont difficilement compréhensibles : jogging, balade, pique-niques. Comment expliquer une attitude aussi différente -et surprenante- ?

Même si le bilan est terrible en Chine, il a d’abord été hors de portée de nous, il y a eu aussi l’Italie, et la catastrophe de la réunion publique de Mulhouse (2000 personnes). Les mesures prises tardivement retardent les prises de conscience aussi. On pense toujours que cela ne nous arrivera pas, les gens réagissent lorsqu’un proche est touché, mais c’est déjà trop tard. Il n’y a que ceux qui y sont confrontés quotidiennement comme le personnel de santé qui peuvent tenter de sensibiliser par les témoignages.

L’Italie et la Chine ont décidé de présenter dans les médias vidéos et photographies des conditions des patients dans les hôpitaux et notamment en salles de réanimation. Faut-il davantage montrer pour interpeller et faire réagir ? Avons-nous des difficultés à agir quand on ne voit pas les conséquences de nos actions ?

Il faut faire très attention aux médias de toutes sortes. Je préconise d’écouter (plus que de regarder la TV en boucle.) une fois par jour la radio ou se connecter à un site d’information fiables ! D’avantage montrer les images : pas sûre d’ailleurs ce sont souvent les mêmes qui tournent en boucle, sur les paquets de cigarette les images affreuses ont surement sensibilisé une partie des fumeurs,, mais il me semble qu’il en reste toujours….

Ce qui m’inquiète, c’est l’écart majeur entre ce que les enfants racontent et ce qu’ils dessinent (c’est ma méthode). En parole ils sont plutôt contents d’être à la maison (pour le moment) mais dans le dessin le discours est alarmant.

J’ai reçu par Skype un enfant, qui dans la parole était plutôt content des changements,  en revanche dans le dessin : virus dans la tête d’un enfant qui le détruit, boule de feu qui détruit la terre…c’est une vision apocalyptique. Il y a « des gens en blancs qui font la guerre au virus ils désinfectent les rues, les voitures…. pourquoi ils ne sont pas encore arrivés ici ? » : poids des images. Je conseille vivement aux parents de ne pas exposer les enfants aux informations sans être à coté d’eux pour en parler.

Un grand nombre de jeunes ne se sentent pas concernés par le COVID-19. Pour eux, aucune raison de rester chez soi lorsque l’on n’est pas la victime principale de ce virus. Quel serait le moyen de rendre cette partie de la population moins individualiste ?

C’est le travail des parents d’informer, d’alerter ! L’individualisme que l’on retrouve chez les enfants est le même que l’on peut retrouver chez leurs parents. Mais plutôt qu’être trop alarmiste ne serait-ce pas plus efficace de rendre tout le monde acteur : nous avons un rôle à jouer, nous protéger et protéger les autres en respectant, ni plus ni moins, les règles sanitaires, les directives gouvernementales. N’y a t’il pas  un concept qui traverse le temps et les épreuves : le bon sens !

 


 

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