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Terrorisme : qui joue quelle carte chez les candidats ?

L'attentat à moins de 72h du premier tour du scrutin présidentiel a pris tout le monde au dépourvu. Mais certains étaient plus préparés ou semblent plus crédibles pour gérer la question terroriste.

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Atlantico : Après l'attentat d'hier sur les Champs Elysées, on a vu les candidats se positionner sur ce sujet. Quels ont été leurs réactions ? Quels enjeux le surgissement soudain de cette thématique dans la campagne soulèvent pour eux ? 

Bruno Jeudy : Tout d'abord, si vous me permettez une remarque d'ordre général, il est difficile de prédire l'impact qu'aura ce surgissement du régalien dans la phase finale de cette campagne. Ce qui est certain c'est que cette thématique écrase tout depuis mardi et l'attentat déjoué et l'arrestation des deux suspects à Marseille. La fusillade sur les Champs Elysées revendiquée par l'Etat islamique ajoute encore à ce contexte de fin de campagne incroyable dans laquelle finalement la lutte contre le terrorisme se sera enfin invité, alors qu'il s'agit d'une des thématiques qui inquiète le plus les Français avec le chômage.  Est-ce que cela aura un peu ou beaucoup d'impact ? C'est difficile de fixer le curseur parce que la base de cristallisation (c'est-à-dire de décision des électeurs) est en train de se faire. Déjà, le week-end dernier, on a vu que les choses bougeaient dans les sondages. Est-ce que cela pourrait pousser à une plus forte mobilisation dans les dernières heures ? On peut l'imaginer que cela fasse baisser l'abstention. Inversement, il faudra voir si cela profite aux candidats qui avaient fait de ce thème une de leur marque (je pense à Marine Le Pen ou à François Fillon). 

Lire aussi : Terrorisme : quel impact sur la présidentielle ? Le sondage qui révèle les préoccupations des Français à 48h du vote et au lendemain de l’attentat des Champs-Elysées

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a réagi en deux temps. Dans l'émission de France 2 il a tout d'abord rendu hommage aux policiers tués sur les Champs Elysées. Ensuite, il a repris le cours normal de l'interview, mais on l'a vu se raidir et tenter de montrer une posture plus régalienne sur ces questions où il est un peu moins à l'aise. Sa marque de fabrique est plus portée à l'économie qu'au régalien. D'autant plus qu'Emmanuel Macron a peu ou pas d'expérience sur ce terrain-là. On voit qu'il a tenté de compenser cette faiblesse avec des ralliements de choix notamment Jean-Yves Le Drian ou – in extremis – à Dominique de Villepin.  

Pour Emmanuel Macron, ce n'est donc évidemment pas un thème qui l'arrange même si on a pu noter dans ses propos –ceux de la mi-journée par exemple – qu'il insistait sur le fait qu'il était "prêt", qu'il "protègerait les Français" et qu'il ferait un pacte "implacable" contre les inspirateurs de ces attentats. Il a répété ces mots pour rassurer la fraction des Français qui se déclarent aujourd'hui prêt à voter pour lui et qui ont un doute malgré tout sur les questions régaliennes. 

François Fillon

François Fillon avait fait de cette question un des axes forts de sa campagne. Il avait d'ailleurs écrit un livre sur le sujet lors de la primaire, intitulé Vaincre le totalitarisme islamique. C'était un des éléments qui lui avait permis de contrer ses concurrents lors de la primaire, notamment Nicolas Sarkozy, avec un positionnement un peu différent sur le fond. Il prônait une vision plus globale qui aurait pris appui sur une réflexion plus géopolitique quant aux alliances de la France au Moyen-Orient. Il se différenciait de Nicolas Sarkozy sur les questions de fichés S ou du port du burkini. 

Pendant la campagne présidentielle, il n'a pas pu redévelopper ce thème qui ne fut que peu abordé, y compris dans les débats télévisés. Sauf le dernier. Jeudi soir, avantagé par sa onzième et dernière place et disposant de plus d'éléments sur la situation aux Champs Elysées. Il a consacré neuf des quinze minutes qu'il avait pour convaincre pour parle du terrorisme, sur la façon de d'opérer, sur la mise en garde contre le totalitarisme islamique et sur le fait qu'il n'avait cessé depuis de début de l'année sur ces questions-là. Et avait accusé à mots couverts François Hollande de ne pas avoir assez pris la mesure des problèmes sur ces questions.

Cela peut l'avantager en ce qu'il est ancien Premier ministre et qu'il a donc de l'expérience notamment en terme de situation de crise similaires. C'est un élément rassurant pour des électeurs encore indécis ou qui étaient trop peu motivés pour aller voter dimanche. 

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon est un paradoxe : il a particulièrement travaillé ce sujet et a proposé de nombreuses choses dans son programme pour mettre fin aux attaques. En revanche, il les a peu mis en avant dans sa campagne. Certainement parce que c'est une thématique où on l'attend à la gauche de la gauche. Et il a de plus beaucoup mis en avant l'idée d'une paix. 

On l'a vu dans l'émission de jeudi soir, même si, passant en premier, il n'a très logiquement pas pu aborder les événements. Cependant dans sa conclusion il a moyenné en rendant hommage aux policiers et en reconnaissant la gravité de la situation, mais a refusé d'arrêter sa campagne, de "céder à la menace terroriste" comme il l'a affirmé. Il n' pas voulu emboiter le pas à François Fillon qui le premier s'était positionné pour cet arrêt. C'est donc une thématique qui pourrait dans la dernière ligne droite défavoriser Jean-Luc Mélenchon. 

Marine Le Pen

Marine Le Pen n'a pas attendu hier soir pour reprendre la main sur ces sujets, notamment sur les questions de sécurité et de terrorisme. Elle a même haussé le ton dès son meeting au Zénith de Paris lundi en réaffirmant ses fondamentaux sur l'immigration, la sécurité, le terrorisme et le djihadisme, reparlant de son moratoire à l'immigration et même tenu des propos polémiques en affirmant que elle, présidente, il n'y aurait pas eu de Mohammed Merah ou de Bataclan. Elle est un peu revenue sur ces propos ensuite. Peu de personnes ne pouvaient la croire sur ce point.  Mais elle a malgré tout vivement attaqué la politique du gouvernement. Connaissant une petite baisse dans les sondages depuis une dizaine de jours, elle tente de revenir sur ces questions-là qui lui sont plus favorables que les questions d'Europe ou de sortie de l'Euro qui lui sont apparues comme son principal boulet. Elle espère avec ce discours musclé reprendre l'avantage et puiser des voix pour pouvoir se qualifier dans la dernière ligne droite de la campagne. 

Benoit Hamon 

Benoit Hamon a décidé lui aussi de ne pas interrompre sa campagne afin de ne pas céder aux "adversaires de la démocratie". C'est un choix politique qu'il assume même si on sait ce qu'avait coûté à François Bayrou le fait de ne pas interrompre sa campagne en 2007… Benoit Hamon ne cherche pas plus que cela à se prévaloir du bilan du gouvernement, qui pourtant n'est pas si mauvais. Et curieusement, c'est plutôt Bernard Cazeneuve qui est monté au feu pour défendre sa politique, alors qu'on attendait le candidat du Parti Socialiste. Benoit Hamon pense que ce n'est pas sur ce terrain-là qu'il pourra récupérer des voix ou plutôt ne pas en perdre.

Les "petits candidats"

Le retour du régalien dans la dernière ligne droite n'est pas une bonne nouvelle pour les candidats. Un attentat terroriste à 72h du vote du premier tour, c'est forcément tentant pour les Français de hiérarchiser les candidats. Ils vont y laisser des plumes voire même pour certains être laminés par cette fin de campagne. Je pense à Philippe Poutou, qui a imprudemment lancé sa proposition de désarmer la police, expliquant que la mort d'un policier était un "problème". C'est un peu plus qu'un "problème". 

Nathalie Arthaud ne consacre que quelques lignes au problème de la lutte contre le djihadisme. Jean Lassalle a de façon étonnement évoqué une France Joyeuse juste après avoir rendu hommage au policier… je crains pour les petits candidats que ça lamine leurs derniers espoirs. Même Nicolas Dupont-Aignan pourrait pâtir d'un "vote utile" en faveur de François Fillon en fin de campagne, d'autant plus qu'on n'a pas identifié ses vraies différences avec le candidat républicain. 

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