Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Science
Une image du film "Seul sur Mars", avec Matt Damon.

Nom de Zeus !

Star Wars, Seul sur Mars et cie : de moins en moins de fiction, de plus en plus de (vraie) science

Inquiètante, fascinante ou transcendante, la science ne cesse d'inspirer la fiction, et ce dans toutes les formes possibles et imaginables.

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le thème APA du pôle IA où il anime l'équipe ACASA .
 

Voir la bio »

Atlantico : Depuis quand les œuvres de fiction (romans, films et séries TV) s'inspirent-elles de la science pour raconter des histoires ?

Jean-Gabriel Ganascia : Depuis longtemps, les œuvres de fiction s’inspirent de la science et de la technique. Sans remonter jusqu’à l’Antiquité et au Moyen-Âge, époques où l’idée de science était bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui, songeons que dès le début du 19e siècle, en 1818, la jeune Marie Shelley, à tout juste 19 ans, écrivit le célèbre Frankenstein ou le Prométhée moderne qui décrit les mésaventures d’un jeune chimiste inconséquent. Plus tard, toujours au 19e siècle, en 1886 exactement, Auguste de Villiers de L'Isle-Adam fait paraître un roman intitulé L’Ève future où le fameux Thomas Edison conçoit et réalise une "andréide", c’est-à-dire une femme artificielle parfaite, censée racheter les femmes humaines coupables de tous les péchés.

Enfin, il faut mentionner Jules Vernes qui, dans ses romans d’aventure et d’anticipation, s’inspira grandement des progrès scientifiques pour raconter des histoires. Cette réutilisation de la science ne se limite pas au domaine littéraire. Le cinéma, dès son origine ou presque, s’inspire de la science. Citons, à titre d’exemple, le film de l’un des pionniers du cinéma, Georges Méliès, intitulé Le Voyage dans la Lune, qui parut sur les écrans en 1902 et qui, lui-même, s’inspirait de deux romans de science fiction, De la Terre à la Lune de Jules Verne et Les Premiers Hommes dans la Lune de Herbert George Wells. Quant au théâtre, il n’est pas en reste : ainsi, en 1920, l’écrivain Karel Čapek mit en scène des travailleurs artificiels qu’il qualifia de "robots" dans sa très célèbre pièce R.U.R. (Rossumovi univerzální roboti) où le terme fut employé pour la première fois.

Pourquoi le font-elles ?

Les raisons pour lesquelles les romanciers et les cinéastes s’inspirent tant de la science et des techniques dans leurs œuvres tiennent certainement à la nouveauté qu’elles annoncent et, par là, à la part d’imprévisible qu’elles recèlent. Parfois, elles enthousiasment, car elles laissent entrevoir de nouveaux horizons, par exemple la conquête de territoires inconnus, comme le fond des mers ou l’espace, la fin du travail, tout du moins du travail pénible, l’allongement indéfini de la vie, etc.

D’autres fois, elles inquiètent, car elles risquent de se retourner contre nous, comme ces balais enchantés qui, dans le Fantasia de Walt Disney, viennent submerger Mickey Mouse à force de verser des seaux d’eau à la perfection comme il le leur a enseigné. Certains craignent une éventuelle malédiction de la connaissance rationnelle qui, tout en ayant pour but d’alléger le fardeau de l’Homme, l’asservit, voire même concourt à sa perte… Cela répond à une inquiétude logée, depuis des siècles, dans le cœur de l’Homme et que l’on retrouve dans les mythologies les plus anciennes comme celle de Prométhée ou, plus tard, dans celle du Golem. Quoi qu’il en soit, que la vision de la science et des techniques paraisse rassurante ou inquiétante, il n’en demeure pas moins qu’elle engage les hommes dans des aventures inédites qu’il appartient aux maîtres de l’imaginaire de raconter.

A l'inverse, avez-vous des exemples d'objets, de dispositifs ou de projets scientifiques dans lesquels la fiction a permis de devancer ou d'inspirer la science ?

Au début de la science-fiction, au 19e siècle d’abord, puis plus tard, dans la première moitié du 20e siècle, l’imaginaire de quelques artistes se nourrissait de science et de techniques sans que cela n'influence les scientifiques. À partir des années 1950, les thèmes de la science-fiction prirent en quelque sorte leur autonomie et beaucoup de scientifiques, en particulier aux Etats-Unis, se passionnèrent pour des scénarios futuristes qu’ils connaissaient parfaitement. C’est tout particulièrement le cas des pionniers de l’intelligence artificielle que sont John McCarthy, qui écrivit une nouvelle de science-fiction, et Marvin Minsky, qui produisit un roman de science fiction et qui fut conseiller scientifique de Stanley Kubrick lors du tournage de 2001, Odyssée de l’espace.

Ces scientifiques se passionnèrent tant pour la science-fiction qu’ils imaginèrent des projets scientifiques, comme la fontaine spatiale, qui s’en inspirait directement. Aujourd’hui, cet imaginaire de la science-fiction baigne un nombre considérable de scientifiques et d’ingénieurs qui s’en inspirent non seulement pour développer des nouveaux projets de recherche, comme ceux qui portent sur les robots et sur leur éthique, mais aussi pour faire des déclarations fracassantes, comme celles de Ray Kurzweil ou d’autres, qui annoncent l’advenue de la Singularité technologique et, avec elle, la fin de l’humanité que nous connaissons.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !