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©Michele CATTANI / AFP

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Souveraineté militaire. Et si la pénurie de masques sanitaires en cachait une autre ?

Fusils d’assaut allemands, fusil de précision belge, pistolets autrichiens avec munitions tchèques… depuis une dizaine d’années le ministère de la Défense a abandonné toutes velléités de fabrication française en ce qui concerne l’armement individuel.

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur, expert en Management et Directeur général et fondateur du thinktank GRES : Groupe de Réflexions sur les Enjeux Sociétaux.Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a publié plusieurs romans et témoignages dont : Le Châtiment des Elites, Qaptif, InQarcéré, Même à terre, restez debout ! Aujourd'hui conférencier et analyste societal, il met son expérience géopolitique au service d'une approche libérale-souverainiste de la démocratie.

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Qu’il est beau ce mot de souveraineté quand il rime avec un autre qui lui fait écho et qui lui est indissociable : liberté.  

Pour autant quand il est question de souveraineté nationale, il convient d’en définir les contours tant ceux-ci fluctuent dès lors que l’on modifie les paramètres qui constitue un état. 

Il est convenu de considérer un État comme étant souverain s’il répond au moins à six critères : une population permanente, un territoire déterminé, un gouvernement qui n'est subordonné à aucun autre, une culture propre, une langue et une capacité d'entrer en relation avec les autres États.

Et c’est bien en cela qu’une souveraineté européenne ne peut exister, elle impliquerait au minimum une population permanente, une culture et une langue commune. La notion de territoire, qui historiquement délimite les souverainetés, implique nécessairement des frontières. Frontières qui pour être ouvertes et favoriser les échanges ²entre les nations doivent néanmoins être sécurisées.

Quand une menace à la souveraineté nationale se présente, qu’elle soit sanitaire ou militaire, les systèmes de défenses territoriales d’un état souverain se mobilisent pour protéger sa population. Pour pouvoir faire face à toute agression, la Nation doit être autonome dans la production de ses réserves et de sa production d’équipements stratégiques.

La crise du Covid a démontré la faiblesse d’une délocalisation industrielle guidée sur la seule recherche de profit. La production d’équipements sanitaires nécessaires à protéger la population d’une épidémie a été externalisée à des pays ne partageant en rien notre modèle sociétal. Des pays souverains dont les critères et les intérêts sont en complète opposition avec les nôtres. Des pays que l’on qualifie dans le meilleur des cas de compétiteurs économiques et le plus souvent de dictatures.

Être dans l’impossibilité, par choix politique, de fournir des équipements sanitaires et des tests de dépistage à la population est déjà en soit une atteinte insupportable à la souveraineté nationale, que dire alors d’une armée nationale dépourvue de munitions ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

En 2000, la fermeture des usines GIAT industries à Rennes et au Mans lesquels fabriquaient des munitions de petit calibre, des douilles, mais aussi des abris techniques mobiles comme les hôpitaux de campagne à mis fin à l’autonomie nationale. L’armée française est depuis contrainte de s’approvisionner auprès de fournisseurs étrangers.

Ainsi la France est devenue dépendante d’autres états pour assurer sa propre défense. Les restrictions budgétaires en matière de défense ont entraîné des défaillances graves d’approvisionnement sur les opérations extérieures de l’armée française. Les munitions fabriquées sous licence étrangère se sont avérées de piètre qualité et d’un niveau de performances inférieures à celles de l’ennemi allant jusqu’à être défaillant au feu.

Les errances politiques françaises en matière de souveraineté militaire

Après Giat industries, Manurhin le leader mondial dans la fabrication de machines de fabrication de munitions pour petit et de moyens calibres a été cédé au Groupe Emirates Défense Industries Company (EDIC) en août 2018.

Cette vente a eu pour effet, outre d’affirmer la volonté politique de détruire la souveraineté militaire française, de mettre fin à la production du FAMAS afin de lui substituer le HK416F de fabrication allemande.

En 2016, Jean-Yves le Drian, alors ministre de la Défense découvrant que la totalité des munitions destinées aux armées était importée, se toqua de vouloir relancer une filière de production en s’appuyant des groupes nationaux. Ce projet, qu’il qualifiait de réponse à une « situation anormale » et à une « question de souveraineté nationale », avait pour objectif de trouver une solution nationale devant garantir les approvisionnements des forces de protection nationales, l’armée, la sécurité intérieure et la justice.

En raison de sombres calculs pécuniaires s’appuyant sur des lignes budgétaires et non plus sur la sécurité de la population, le projet fut abandonné. Jean-Yves le Drian fut nommé aux Affaires étrangères, laissant à supposer que la diplomatie protège davantage un territoire qu’un arsenal militaire. L’armée française est actuellement la seule armée européenne en exercice qui protège, loin de ses bases, les frontières occidentales d'un terrorisme islamiste suréquipé et surentraîné.

Avec l’abandon des filières de production nationales, la France demeure à ce jour tributaire d’approvisionnements étrangers.

Deux députés, messieurs Chassaigne et Cubertafon ont récemment déposé leurs conclusions concernant les travaux d’une mission d’information sur la politique d’approvisionnement du ministère des Armées en « petits » équipements

Il ressort de ce rapport que la réhabilitation d’une filière française de munitions de petit calibre participerait à l’affirmation de la souveraineté militaire nationale, contribuerait à la réindustrialisation du pays prônée par la volte-face altermondialiste d’Emmanuel Macron, recréerait des emplois et surtout permettrait d’anticiper le changement de standard de calibre de l’armée américaine qui deviendra la norme OTAN et donc le standard européen. Ce qui aurait pour incidence l’obligation de changer notre armement afin de se plier à ce nouveau standard qu’aucune usine européenne ne produit actuellement.

Fusils d’assaut allemands, fusil de précision belge, pistolets autrichiens avec munitions tchèques … depuis une dizaine d’années le ministère de la Défense a abandonné toutes velléités de fabrication française en ce qui concerne l’armement individuel.

Que se passerait-il, si concomitamment avec la crise du Covid qui réduit les échanges commerciaux, ferme les frontières et ralentit les livraisons se produisaient une attaque majeure sur notre sol, telles qu’un débarquement turc en méditerranée ou un embrasement soudain et concerté des banlieues islamisées ?  Notre armée devrait-elle compter et économiser ses munitions ?

Ces scénarios appartiennent bien évidemment à l'arsenal complotiste, et sont du domaine de la psychose et de la paranoïa. Pour autant, quel esprit rationnel aurait pu imaginer qu’un minuscule ennemi, en provenance de Chine mettrait en quelques semaines à genoux notre système médical, notre santé économique et notre crédibilité politique ?

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