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"L'euro va s'effondrer !"

Si on sort de l’euro : on sort de la crise !

"Arrêtons de nous raconter des histoires", tonne Nicolas Dupont-Aignan. Le patron de Debout la République et probable candidat à l'élection présidentielle préconise que la France récupère sa monnaie et s’efforce d’être raisonnable sur les dépenses afin de restaurer sa compétitivité. Explication sans langue de bois.

Nicolas Dupont-Aignan

Nicolas Dupont-Aignan

Nicolas Dupont-Aignan préside Debout la France, parti politique se revendiquant du gaullisme et est l'auteur de France, lève-toi et marche aux éditions Fayard. 

 

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Atlantico : Faut-il brûler les agences de notation ?

Nicolas Dupont-Aignan : Elles sont le dernier bouc-émissaire du système. Hier c’était la Grèce, avant les spéculateurs, etc. Je ne les porte pas dans mon coeur. Mais on ne fait pas baisser la fièvre en cassant le thermomètre ! Créer des agences européennes ne changera rien du tout. 

Alors qui sont les véritables responsables de ce mini-krach ?

Les gouvernements se sont placés à la merci des marché financiers parce qu’ils ont refusé de les contrôler. Le problème de fond est qu’il faut retourner à des équilibres réels. Pour cela, il faut que la France récupère sa monnaie et s’efforce d’être raisonnable sur les dépenses - on a trop dépensé-, sans faire d'à-coups, et qu’elle baisse les charges sur les PME. Enfin, elle doit récompenser ceux qui investissent ou qui relocalisent. Cela permettra de restaurer notre compétitivité et produire en France ce que nous consommons. 

 
Ceci est-il faisable sans entraîner l’envolée des coûts des produits de grande consommation fabriqués dans des pays à la main d’oeuvre bon marché, comme la Chine ?

Bien sûr ! Mais les gens au moins auront du boulot ! On a trop longtemps pensé qu’on pouvait consommer sans produire ! On doit trouver un juste milieu. D’ailleurs la Chine le fait très bien : elle est protectionniste et contrôle les capitaux. Elle est la preuve vivante qu’il faut un système organisé.


Que faîtes-vous des engagements de libre-échange pris par la France pris en adhérent à l’OMC ?

Mais l’OMC, on l’emmerde ! Ca n’est pas son problème ! On s’est mis des régles ingérables. Or on doit revenir à un échange loyal. “Libre-échange” ne doit pas signifier “déloyauté” !


Alors demain, on taxe les textiles et les téléphones ?

Comme le dit Antoine Brunet : la Chine sous-évalue le yuan de 50% et elle se livre à une stratégie déloyale. Face à cela, on doit répondre en taxant les produits chinois tant que la Chine n’a pas réévalué le yuan ! La Chine n’a pas à faire de protectionnisme monétaire ! Le problème, d’ailleurs, n’est pas qu’on ne peut pas répondre à la Chine, mais qu’on ne VEUT pas.

 

Pourquoi ?

Parce que ce sont les multinationales et les banques qui dirigent la politique des Etats-Unis et de l’Europe. Or cette politique n’est pas faite pour les peuples mais pour une petite oligarchie. Les multinationales profitent du moins-disant social : ils auraient tort de s’en priver !  

Les banques ont également profité de l’endettement qui leur rapporte. Elles auraient dû prêter à l’économie réelle, en reconnaissant des talents dans l’économie, en soutenant des entreprises qui marchent. Bref : faire leur boulot de banquier. Au lieu de cela, elles ont acheté des obligations d’Etat ! Elles font refinancer la banque d’Etat à 1% et elles reprêtent à 3 ou 6% !

 

Pensez-vous que la réunion de mardi entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy améliorera les choses ?

C’est du pipeau intégral. C’est du guignol : les gouvernements européens ne maîtrisent plus rien et les agences de notation l’ont compris ! Nos gouvernements soutiennent à fond un système vérolé : le système de l’euro ne peut pas marcher. Ce n’est pas en nommant un ministre financier européen que vous allez rendre la Grèce compétitive ! Sauf à tenir la Grèce à bout de bras, en déversant toujours plus de millions d’euros en Grèce, en Italie, en Espagne et en France... Je ne vois pas comment nos gouvernements peuvent s’en sortir. Ils sont dans une impasse totale... Tout ira mal jusqu’à ce que l’économie réelle reprenne ses droits. Il y a un moment où il faut passer à l’acte mais les gouvernements ne gouvernement plus depuis des années et ils ne savent plus comment on gouverne.


Si vous êtes élu président en 2012, pensez-vous que vous aurez la “voilure” pour gouverner ?

Dans les périodes de crise, il faudra bien décider quelque chose ! Croyez-vous que l’Allemagne va continuer à porter à bout de bras la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou la France pendant des années ? Pensez-vous que le peuple allemand l'acceptera ? Non. A ce moment-là, on maquillera ce refus en disant qu’il faut sortir de l’euro. Monsieur Trichet est sympathique, mais il partira à la retraite en ayant surendetté la Banque centrale en créances pourries. Tout cela pour sauver leur dogme ! Ils sont devenus fous !

 

Cependant, sortir de l’euro n’effacera pas la dette et la rendra d’autant plus importante qu’elle restera en euro suréavalué par rapport au franc...

Même si la dette est 10% plus chère, mieux vaudra étaler son paiement, en gagnant une capacité productive. Plutôt que de ne pas rembourser du tout ! L’essentiel étant de bloquer la croissance des dettes et de retrouver une capacité de remboursement, en récupérant le pouvoir de créer de la monnaie sans passer par les banques ou les marchés financiers. Il n’y a aucune raison, en effet, de payer des intérêts financiers sur des investissements publics. Quant à la Grèce, elle ne remboursera jamais. Il faudra bien restructurer un jour ou l’autre... 


Alors on détruit l’euro ?

Je ne propose pas de détruire l’euro- qui restera une monnaie de réserve utile face au dollar et au yuan. Je propose de passer de la monnaie "unique" à la monnaie "commune". On peut créer l’euro-franc, l’euro-mark, etc. Chaque pays sera ainsi forcé de faire preuve de rigueur. Car quand on dévalue une monnaie, c’est à la fois un plus pour produire sur place. Mais c’est aussi une contrainte quand on importe. Cela freinera les importations et relancera la production...


Vous vous attaquez à un symbole concret de l’Europe qui en manque déjà cruellement...

Mais arrêtons d’assimiler l’euro à l’Europe ! L’Europe a existé avant l’euro. Souvenez-vous que la réconciliation franco-allemande n’a pas eu besoin de l’euro pour se faire. Il existe des pays européens sans euro qui vont très bien. La Suède est très européenne alors qu’elle est en dehors de l’euro et a connu une croissance de 4% en 2010 malgré des prélèvements sociaux importants. Le Danemark n’est pas dans l’euro. Il est pourtant très ouvert sur le monde. On peut être ouvert sur le monde et moderne sans être accroché à une monnaie surévaluée et dogmatique qui ne fonctionne pas. 

 

Pensez-vous que l’agence de notation chinoise Danong, qui a décerné une mauvaise note à la France, a eu raison ?

Bien sûr ! Nous sommes dans une situation apocalyptique ! On ne peut éternellement avoir des déficits extérieurs. On parle souvent des déficits budgétaires qui sont certes importants, mais les déficits extérieurs le sont encore plus. Or, personne n’en parle ! La France avait un déficit extérieur équilibré en 2000, il a atteint 7 milliards d’euros en 2004... Et aujourd’hui, il est de 70 milliards d’euros. C’est colossal ! L’euro a déresponsabilisé les gouvernements et les peuples. 

 

On nous dit aujourd’hui qu’il faut plus d’Europe. Faudrait-il une dictature ou faudra-t-il centrer toutes les activités économiques en Allemagne ou aux Pays-Bas pour que tout le reste de l’Europe soit transformé en parcs de loisir ? Soit cela coûtera cher, soit on laissera les gens vivre dans la misère ! Ils sont fous ! Revenons à une Europe des coopérations ! On a fait Airbus sans l’euro et on n’est pas mort ! Ils ont fait une Europe idéologique, supranationale et inefficace et ils s'arc-boutent alors que leur symbole, l’euro, va s’effondrer. il faut sortir en douceur de l’euro. on sait qu’il y aura des efforts à faire et les peuples y sont prêts. Ces efforts doivent être partagés et utiles. Étonnamment, la droite n’a aucun discours là-dessus. je suis le seul à avoir un discours sur l’économie productive. Or la France n’attire plus les chercheurs et les entrepreneurs tirent la langue car on ne leur prête plus. Ce qui se passe en France est ahurissant ! 

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