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Sondage Atlantico/Ifop

Un Français sur trois tenté par le retour au Franc

Sondage exclusif ATLANTICO/IFOP : 32% des Français sont en faveur d'un retour au Franc. Moins qu'il y a un mois, mais beaucoup plus qu'en début d'année. Une tendance particulièrement marquée dans les catégories populaires, où un adulte sur deux veut que la France quitte l'euro. Et ce, malgré le quasi-consensus des politiques et des médias en faveur de la monnaie unique.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Quels sont les premiers enseignements de ce sondage sur un éventuel retour au Franc ?

Jérôme Fourquet : On constate en premier lieu qu’un Français sur trois souhaite sortir de l’euro, alors que nous sommes en pleine crise. Ce n’est pas un chiffre mineur, qui dénote une certaine insatisfaction vis-à-vis de la construction européenne, alors même que tous les discours politiques et médiatiques expliquent qu’une sortie de l’euro serait pure folie.

Deux griefs principaux expliquent cette attitude vis-à-vis de l’euro : d’une part, l’idée ancienne selon laquelle l’euro aurait conduit à une hausse des prix. C’est d’ailleurs dans les classes populaires et chez les femmes, catégories les plus sensibles à la question du pouvoir d’achat, que le front de retour au Franc est le plus important.

Le second grief, plus récent, tient à l’idée que l’appartenance à l’euro nous lie à une solidarité avec des Etats, comme la Grèce, qui peuvent nous tirer vers le bas et exiger des sacrifices financiers supplémentaires.

Pour autant, les derniers développements de la crise grecque ont fait quelque peu refluer le souhait de sortir de l’euro : on est passé de 37% au pic de la crise, en septembre, à 32% aujourd’hui. Cela peut s’expliquer par la prise de parole de Nicolas Sarkozy à la télévision – poids de la parole présidentielle, volonté pédagogique sous-jacente à son intervention –, mais aussi par l’avancée des discussions européennes : en dépit d’une semaine très chahutée, l’idée d’un accord au plus haut niveau entre Européens semble avoir progressé.

Ce score est également très faible par rapport à l’Allemagne, où 60% des citoyens veulent revenir au mark. On conserve donc une véritable dichotomie entre les deux pays.

 

Souhaitez-vous que la France abandonne l’Euro et revienne au Franc ?

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[1] Enquête Ifop pour L’Humanité réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 21 au 23 juin 2011 auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

[2] Enquête Ifop pour le Groupe UMP à l’Assemblée Nationale réalisée par téléphone du 23 au 26 septembre 2011 auprès d’un échantillon de 964 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.


Le souhait d’un retour au Franc s’inscrit-il dans les clivages partisans traditionnels ?

Il est clair que l’électorat UMP est aujourd’hui le plus grand soutien de l’euro, pour des raisons idéologiques (attachement à la construction européenne), politiques (car Nicolas Sarkozy est le défenseur de l’euro) et sociologiques (car cet électorat est plus âgé et plus aisé que la moyenne, qui est moins sensible à la question de la dégradation du pouvoir d’achat).

En revanche, l’étiquette « sympathisants de gauche » recouvre des réalités très diverses, car elle regroupe les socialistes, les écologistes et les sympathisants du Front de Gauche. Les écologistes sont plus europhiles, la gauche de la gauche plus critique, et même si les sympathisants socialistes sont majoritairement en faveur de l’euro, une partie non-négligeable, un tiers,  souhaitent un retour au Franc.


Souhaitez-vous que la France abandonne l’Euro et revienne au Franc ?

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Les facteurs sociologiques ont-ils une influence sur la défiance à l’égard de l’euro ?

On retrouve un schéma très classique : sur tout ce qui touche aux questions d’Europe, d’ouverture ou de mondialisation, on a un véritable fossé entre catégories populaires et populations plus aisées. Alors que 9% seulement des cadres souhaitent sortir de l’euro, environ un employé sur deux est en faveur d’un retour au Franc !

Cela doit interroger sur le déficit d’appropriation de la question européenne par les milieux modestes, alors même que toutes les élites rappellent constamment que l’euro est notre bien le plus précieux et qu’il faut le sauver à tout prix. Ils se retrouvent donc dans la position de Marine Le Pen qui, parmi les candidats à l’élection présidentielle, est la seule à camper sur ses positions : quoiqu’il en coûte, elle veut abattre l’euro, symbole de l’intégration européenne et des « dogmes libéraux », et cette idée rencontre un écho très large dans les milieux populaires.

Au cours de la campagne présidentielle, les autres candidats devront donc amener des éléments de réponse aux inquiétudes de cet électorat.

 

L’âge ne semble pas jouer sur la volonté d’un retour au Franc : est-ce une surprise ?

Il y a pu avoir des disparités d’âge par le passé, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui : cela montre bien qu’on est d’abord sur des explications sociologiques, de conditions de vie, plutôt que sur des questions de génération, qui étaient au cœur des débats sur l’élargissement ou l’intégration européens.

 

Le souhait d'un retour au Franc

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 (*) Effectifs inférieurs à 40 individus : ces résultats sont à interpréter avec prudence en raison de la faiblesse des effectifs 

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Ce document présente les résultats d’une étude réalisée par l’Ifop. Elle respecte fidèlement les principes scientifiques et déontologiques de l’enquête par sondage. Les enseignements qu’elle indique reflètent un état de l’opinion à l’instant de sa réalisation et non pas une prédiction.

Aucune publication totale ou partielle ne peut être faite sans l’accord exprès de l’Ifop.

Cette étude a été réalisée par l'Ifop pour Atlantico sur un échantillon de 1016 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.

Les interviews ont eu lieu par téléphone, du 3 au 4 novembre 2011.

 

PRÉCISION RELATIVE AUX MARGES D’ERREUR

La théorie statistique permet de mesurer l’incertitude à attacher à chaque résultat d’une enquête. Cette incertitude s’exprime par un intervalle de confiance situé de part et d’autre de la valeur observée et dans lequel la vraie valeur a une probabilité déterminée de se trouver. Cette incertitude, communément appelée « marge d’erreur », varie en fonction de la taille de l’échantillon et du pourcentage observé comme le montre le tableau ci-dessous :

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Exemple de lecture du tableau : dans le cas d’un échantillon de 1000 personnes, si le pourcentage mesuré est de 10%, la marge d’erreur est égale à 1,8. Le vrai pourcentage est donc compris entre 8,2% et 11,8%.


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