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Washington rencontre Pyongyang

Sommet États-Unis / Corée du Nord : pourquoi Kim Jong Un a d’ores et déjà (beaucoup) gagné

La rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un va finalement avoir lieu et quelque soit le résultat de cet événement historique, le leader nord-coréen semble déjà avoir remporté la mise.

Juliette Morillot

Juliette Morillot

Juliette Morillot est journaliste, historienne et écrivaine spécialiste de la Corée du Nord et du Sud. Elle a publié aux éditions Robert Laffont "Le monde selon KimJong-un" coécrit avec Dorian Malovic.

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Atlantico : La rencontre entre Trump et Kim Jong-un va finalement avoir lieu. L'arsenal nord-coréen sera au cœur des discussions et Washington réclame une dénucléarisation de la péninsule.  Pyongyang de son côté s'est déclaré favorable à une "dénucléarisation de la péninsule" mais la formule reste vague. Que peut-on vraiment attendre de ce sommet ?

Juliette Morillot :  Ce ne sont pas les formules employées par Pyongyang qui sont vagues mais c'est juste que les deux partis n'ont pas la même définition du mot "dénucléarisation". Les Sud-Coréens et Nord-Coréens lors du sommet du 27 avril dernier se sont accordé sur une dénucléarisation de la péninsule coréenne. Pour ce sommet on peut penser que Donald Trump va revoir ses prétentions à la baisse notamment sur la rapidité de la démarche de dénucléarisation. Dénucléariser prendra dix ou 15 ans selon les estimations de Siegfried S. Hecker et ne peut pas se faire du jour au lendemain.  

Trump n'est pas à une incohérence près et il a tellement envie que cet accord aboutisse qu'il est prêt à faire des concessions. Mais quand bien même nous nous retrouverons avec les questions de base qui est celle des garanties que les Etats-Unis sont capables de donner à la Corée du Nord et de se mettre d'accord sur la définition même de dénucléarisation.

La Corée du Nord est sincère dans sa démarche mais il faudra des actes de bonne volonté du côté des Etats-Unis. Les deux partis ont à y gagner avec ce sommet. Peut-être qu'il y aura une promesse de traité de paix sur la péninsule ce qui est quelque chose que Pyongyang demande ou à défaut de traité de paix une déclaration commune de futurs traités de paix. Il pourrait y avoir une déclaration d'installation d'un bureau de liaison américain à Pyongyang ou encore un démarrage de pseudo deals où chacun s'engagerait à s'élancer sur le chemin de la dénucléarisation.

Au final, ne joue-t-on pas à se faire peur ces derniers mois avec la question de l'arsenal nucléaire nord-coréen dans le sens où les chinois de toute façon ne permettraient pas leur utilisation et que les Nord-Coréens sont bien plus raisonnables que ce que l'on a pu longtemps croire ?

Nous arrivons dans une phase où tout semble inversé. Pour le coup la Corée du Nord a joué de façon transparente depuis des années en parlant de son programme nucléaire. Le fait que la communauté internationale ait nié leurs capacités de développement de l'arme nucléaire a fait partie d'un storytelling international (qui en fait était le storytelling américain) qui est aujourd'hui en train de s'effacer. On a voulu, sous l'influence des médias, de storytelling américain, japonais et sud-coréen à la fois nier systématiquement le fait que la Corée du Nord possédait l'arme nucléaire (jusqu'en novembre dernier) tout en diabolisant Pyongyang en imaginant qu'ils veulent détruire les pays suscités grâce à leur arsenal nucléaire. C'est d'autant plus paradoxal et faux que l'arme nucléaire a toujours été considéré par les Nord-Coréens comme un outil dissuasif face à la menace américaine.

Le storytelling général est en train d'éclater à la faveur de Trump qui, par son attitude, a finalement fait bouger les lignes. La communauté internationale de son côté, face à des Etats-Unis dont la parole commence à être remise en question (le G7 est un bon exemple pour le démontrer) commence à percevoir la Corée du Nord pour ce qu'elle est. Grâce Donald Trump, Kim a réussit à changer son image. Il est devenu un chef d'État fréquentable, la Corée du Nord commence à être étudiée de manière plus sérieuse et tout le monde se presse pour aller à Pyongyang et le pays en tirera des bénéfices, d'abord au niveau de l'image mais aussi au niveau économique.

Au final le sommet n'est-il pas déjà gagné pour Kim Jong-un peu importe le résultat dans le sens où il a réussi ce que ses prédécesseurs n'ont jamais pu faire : s'asseoir à la même table que le président américain, gagner une légitimité internationale et s'imposer comme une force diplomatique incontournable ?

Kim Jong-un a déjà gagné sur trois points. Au niveau intérieur d'abord il a complété son programme d'arme nucléaire et balistique pour défendre le pays contre "l'avidité américaine". Il est devenu l'homme qui "porte la paix" et "tend la main" pour la réunification de la péninsule.

Il va rencontrer un président américain et s'asseoir à sa table, ce que son père et son grand-père n'ont jamais réussit malgré une volonté qui a toujours été présente de traiter en bilatéral avec les Washington.

Enfin il a réussi quelque chose d'extraordinaire en renversant l'image de la Corée du Nord. Ce qu'il a fait de très malin, c'est qu'en plus de cette volonté de rencontre bilatérale, il a suggéré d'autres rencontres bilatérales avec Xi Jinping Moon Jae-in, probablement avec Vladimir Poutine (pour l'instant c'est Lavrov qui s'est rendu à Pyongyang) et a donc fait exploser la gestion multilatérale des thématiques sécuritaires dans la péninsule ainsi que cette espèce de statuquo qui maintenant le pays immobile depuis des années.

On peut raisonnablement dire que Kim Jong-un a déjà gagné ce meeting peu importe ses conclusions. De son côté Donald Trump a vraiment besoin que ce sommet ne soit pas considéré comme un échec, surtout avec les midterms qui approchent en novembre.

 

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