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Si la Covid-19 a congelé votre libido, vous n’êtes pas le seul
©LOIC VENANCE / AFP

Vertige de l'amour

Si la Covid-19 a congelé votre libido, vous n’êtes pas le seul

Quel a été l'impact du confinement sur la libido ? Avec le début de la phase du déconfinement, la vie sexuelle des Français pourra-t-elle reprendre normalement ou faut-il s'attendre à des séquelles sur le long terme sur la libido ?

André  Corman

André Corman

Le Docteur André CORMAN est médecin sexologue et andrologue et directeur d'enseignement à la Faculté de Médecine Toulouse III

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Atlantico.fr : Comment le confinement impacte-t-il la libido ?

André Corman : Certes, il nous faudra un peu de recul pour mieux analyser l’impact du confinement sur la sexualité de l’ensemble des femmes et hommes de la planète. Mais, d’ores et déjà, les premières études pratiquées sur la période de confinement montrent toutes une nette diminution des relations sexuelles aussi bien chez les confiné(e)s seuls, ce qui n’est pas étonnant du fait de l’absence de partenaire, que chez les couples confinés pourtant ensemble.

Les téléconsultations demandées pendant le confinement confirment cette tendance en privilégiant tout ce qui est de l’ordre du relationnel dans le couple (entente au quotidien) plutôt que les problèmes érotiques ou sexuels.

Essayons de comprendre comment le confinement peut couper les « ailes du désir ».

Le couple en « épreuve d’effort » : Comme le cœur peut être soumis à une épreuve d’effort pour évaluer sa capacité, le couple va subir pendant le confinement une vraie épreuve qui teste sa capacité à être ensemble tout le temps. En fait, dans la vie hors confinement, nous nous distrayons de nous et de notre partenaire. Ne plus avoir cette possibilité de distance est une vraie épreuve pour la relation mais aussi pour le désir. Le désir est un chemin, une promenade vers le plaisir et la proximité permanente coupe cette « aile ». (... Vivement que je la retrouve...)

L’imaginaire en berne : notre cerveau est l’une des zones érogènes la plus fertile mais difficile de fantasmer ce qui est en réel devant nous (... Je l’imagine en ce moment ? ... )

Le confinement entraîne une sorte de régression. Quelle autre situation a-t-on vécu où il n’est permis de sortir qu’avec une autorisation sinon lorsque l’on est enfant. De nombreux patients m’ont dit avoir eu pendant cette période une résurgence de fantasmes sexuels qu’ils n’avaient plus eus depuis leurs premières masturbations. Le désir sexuel s’infantilise alors et la masturbation remplace la relation.

Une difficile intimité : le confinement avec des enfants a entraîné la mise au premier plan de la famille et l’effacement de l’espace couple (... Nous ne savions plus où faire l’amour...)

Au fond, si la liberté permet au désir de s’envoler, le confinement et l’incertitude qui l’accompagne le met bien souvent en cage.

La testostérone en baisse : même la biologie peut contribuer à cette baisse de la libido car nos actions conditionnent la sécrétion de testostérone. C’est l’hormone phare de la libido et la vie sociale, nos fréquentations, nos challenges, notre activité sportive, nos « fiestas », tous nos enthousiasmes en somme augmentent sa sécrétion. Au contraire, la tendresse, les enfants dans nos bras la font baisser.

La libido est-elle impactée différemment en fonction des pays ? 

Le peu d’études en ma possession fait état des mêmes phénomènes en Allemagne et aux USA. Ce qui va créer des différences est l’intensité et les modalités du confinement. La France a appliqué un confinement très sévère sur tout son territoire alors que l’Allemagne et les USA ont eu des applications d’intensité variée selon les landers et les états. Aux USA, ce qui est très présent, c’est l’aspect phobique autour du contact des corps et du toucher potentiellement contaminant à l’heure de la distanciation physique. Ce qui fait la différence avec un autre évènement traumatisant comme les attentats sur le World Trade Center le 11 Septembre qui avaient entraîné rapprochement et naissances 9 mois après. On se réconfortait alors en se serrant alors qu’aujourd’hui, on se rassure par la distance

À l'heure du déconfinement, la vie sexuelle des Français pourra-t-elle reprendre normalement ou devons-nous nous attendre à des séquelles à long terme sur la libido ?

Tout dépendra de la durée de l’épidémie et de ses risques. C’est une évidence que les masques et la distanciation physique ne favorise pas l’érotisme et l’audace du désir. Sauf à être très créatif et revoir nos procédures de séduction et nos scripts sexuels. Une patiente qui n’aime pas sa frimousse me disait se sentir plus séductrice avec un masque... Ce qui est sûr, c’est que l’incertitude et le risque mettent la sécurité au premier plan des préoccupations et font passer sur le devant de la scène ses compagnons la peur, l’angoisse et parfois la dépression et les neuro-sciences nous permettent de comprendre que le Cortisol et l’Adrenaline sont là comme autant d’adversaires de la libido. Sur le long terme, je crois que nous avons appris des choses et que nous subirons mieux armés pour surfer sur de nouvelles vagues s’il y a lieu. Quant à notre libido, si déterminante dans notre joie de vivre, elle saura retrouver un chemin et le désir ses ailes.

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