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Gérald Darmanin Jean Castex Eric Dupond-Moretti police sécurité lutte contre la délinquance criminels justice était ministre de l'intérieur
©Yann COATSALIOU / AFP

Lutte contre la délinquance

Service minimum sur le régalien : le découragement s’installe dans les rangs des forces de l’ordre

Si Jean Castex a fait du quasi Sarkozy-dans-le texte dans son discours de politique générale, les incohérences politiques qui travaillent le gouvernement l’exposent à un service minimum des policiers et gendarmes excédés par celui du gouvernement.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Devenant premier ministre, Jean Castex évoque d'emblée "l'autorité, gardienne des libertés fondamentales". Peu après, sa déclaration de politique générale promet une réponse "ferme et sans complaisance" aux "minorités ultra-violentes" ; l'État combattra la "délinquance du quotidien" et tous ces "faits inacceptables qui exaspèrent les Français". 

Au Kärcher près, du Sarko dans le texte ! 

En mode Sarko-2002 toujours, Gérald Darmanin la joue martiale : On "s'attaquera à la délinquance qui ronge les quartiers de certaines grandes villes... ce sont les trafiquants qui vont arrêter de dormir".

Enfin ! Espèrent les Français urbains et ruraux, subissant chaque jour un tsunami d'agressions, cambriolages, pillages etc. Fin de la récré-racailles ! Bientôt, le retour à l'ordre et à l'autorité. 

Autant leur dire tout de suite, les intéressés risquent une sévère déception. 

Si le gouvernement fait au moins l’effort de mettre des mots sur le problème de la violence, les nouveaux maires verts et leurs alliés, eux, continuent à le nier ou à ne pas le voir. Petit florilège...

D'abord, lisons de près MM. Macron, Castex et Darmanin eux-mêmes - le doute s'installe :

- L'irénique M. Macron qualifie d'"incivilités" une orgie de violences, lynchages et homicides crapuleux, trahissant ainsi sa sidérale ignorance du réel criminel,

- M. Castex relance d'urgence le "plan de rénovation urbaine", pour "restaurer la République dans les quartiers et permettre l'émancipation de leurs habitants" - quand bien même c'est l'échec absolu de cette "Politique de la ville" qui a transformé lesdits quartiers en fiefs criminels hors-contrôle,

- Enfin, M. Darmanin, qui devrait écouter ses policiers et gendarmes de terrain, se dit "À cent mille lieues de faire le lien entre immigration et insécurité".

Sous les rodomontades pointe ainsi la négation-bobo du réel criminel, la poursuite de la gâteuse-ruineuse-délictueuse "Politique de la ville" et le rejet bienséant d'un fait qu'établit le Renseignement criminel (gendarmerie et police) : environ 90% de la criminalité dite "de voie publique", celle qui "exaspère les Français", est désormais le fait d'étrangers ou d'individus issus de diverses migrations.

Ajoutons-y l'exclusive pitié du nouveau Garde des sceaux pour ceux qui "n'ont pas eu de chance et qu'il faut aider" ; ces "gamins déchirés par la vie", Me Dupond-Taubira les alerte "sur un ton détendu" qu'il "ya des gens qui voudraient que ce soit la prison et encore plus de prison" - fachos-répressifs dont bien sûr, il n'est pas. En prime, il chouchoute le gang-Traoré par frangine interposée, Ma Dalton-Assa Traoré. 

Or à epsilon près, ces protégés-Dupond sont ceux-là même que MM. Castex et Darmanin jurent d'embastiller demain. Au premier acte répressif, les conseils des ministres seront animés. Et bien sûr, le futur "Livre Blanc de la sécurité", saboté par l'inepte tandem Castaner-Nunez, d'autant plus dur à achever... 

Douteux donc, le tour de vis promis - si l'on parle répression réelle bien sûr, les bandits indigènes étant jetés en prison et les étrangers, renvoyés chez eux - non pas l'usuel et fictif tam-tam-médias-aux-ordres et presse people. 

Première raison : la base régalienne, policiers, gendarmes, surveillants de la pénitentiaire, est à présent démobilisée, à un point inouï depuis la pénible fin de la IVe République : 

- D'hystériques inspections générales les accablent à chaque peccadille,

- Une justice qu'inquiète la seule santé de malfaiteurs, élargit ceux-ci à tour de bras - à présent même, de potentiels criminels [Fact-checkers ! Cas à votre disposition],

- Enfin, des voyous les traquent jusqu'à domicile, eux et leurs familles. 

Découragée, cette piétaille régalienne en vient à pratiquer un strict service minimum. Et le platonique dorlotage-Darmanin y changera peu, car les finances sont à plat. 

Les voyous ne s'y trompent pas : ceux que voit l'auteur sont plutôt sereins. 

D'abord, ce rappel : le milieu criminel ne vit pas sous cloche. Par le "monde de la nuit" et le show-biz, à coup de drogue et d'"escortes", caïds et gros voyous infiltrent le sommet de la société ; ils y captent des confidences. Ils ont aussi leurs avocats, bien sûr. Or à les entendre, Me Dupond-Taubira est plutôt du genre faux dur - médiatique-people.

Vivant entre le risque-prison (l'État) et la mort (rivaux), ces darwiniens caïds (survival of the fittest), savent fort bien différer une "affaire" ou un assassinat ; pause-prudence dite, dans leur argot, " aller se faire voir à alibi-sur-mer". 

Or les voilà en mode "même pas mal". Darmanin ? Un roquet. Dupond-Taubira ? Une baudruche. Castex et Macron ? Pas sur la même planète qu'eux, zéro risque de choc frontal.

De fait, observons le seul baromètre qui vaille, celui du crime au quotidien : braquages, agressions des forces de l'ordre, cambriolages, règlements de comptes, homicides : on dépasse le niveau du début 2020, déjà en forte hausse sur 2019. 

Conclusion : depuis la fin du confinement, des racailles aux caïds, tout le Milieu a repris ses petites affaires. 

Le tintamarre des matamores officiels ? Il s'en tape.

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