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Séparatisme islamique : cette autre dimension du défi qu’oublie Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a ciblé le "séparatisme" ce mardi 18 février lors d'un déplacement à Mulhouse. A l'occasion d'un discours dans le quartier de Bourtzwiller, le chef de l'État a annoncé vouloir "lutter contre les influences étrangères", "favoriser l’organisation du culte musulman" ou bien encore "lutter contre toute manifestation du "séparatisme" islamiste".

Aurélien Marq

Aurélien Marq

Aurélien Marq est haut fonctionnaire et polytechnicien, chargé des questions de sécurité intérieure.

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Atlantico.fr : Tout d'abord la notion même de "séparatisme religieux" utilisée à la place du terme habituel de "communautarisme", n'illustre-t-elle pas une certaine angoisse, à savoir celle de se faire potentiellement qualifier de raciste ?

Aurélien Marq : A titre personnel, je trouve le choix du terme plutôt bienvenu car il est sans doute plus clair que le terme de « communautarisme », bien que ce dernier soit quelque chose d’éminemment critiquable. Dans le cas d'espèce, ce terme de « séparatisme » me paraît être un bon choix. Personnellement, au lieu de « séparatisme islamiste », j'aurais préféré qu’il parle d' « Islam séparatiste »  afin de bien qualifier tout un courant de l'Islam, toute une branche de l'Islam qui est ce à quoi nous sommes confrontés et que l’on appelle couramment « islamisme ». Quoi qu’il en soit, je trouve cette terminologie intéressante. Pour ce qui est d’avoir une angoisse par rapport au qualificatif de « raciste », je l'ai ressenti dans toute la première partie de son discours dans lequel il répète de façon très insistante qu'il ne veut pas stigmatiser les gens. C’est cette notion de stigmatisation qui est problématique, alors qu’au fond, dans l'ensemble de ses propos, il désigne clairement l’Islam théocratique, séparatiste etc. Ses propos visent une manière de s'appuyer sur l'Islam, une manière d'être inspiré par l'Islam pour bafouer les lois de la République et pour instaurer une contre société (ce qu’il dit explicitement par ailleurs). On a abondamment reproché au gouvernement actuel comme à ses prédécesseurs - et à juste titre - de ne jamais nommer l'ennemi et il est heureux de pouvoir faire des nuances et d’analyser le choix des idées et des termes. Mais il semble que le fait d’avoir parlé de « séparatisme islamiste » est un progrès par rapport à beaucoup de choses que l'on a entendu par le passé.

Emmanuel Macron a notamment prononcé cette phrase « On parle peu mais on agit ». Qu’en pensez-vous ? Qu’est-ce qui est fait ou non ? Et dans l’Histoire ?

Cette phrase fait rire jaune, il est vrai, dans la mesure où, malheureusement, à l'inverse, il a déjà fait des discours magnifiques par le passé. Je pense par exemple à celui lors des obsèques d’Arnaud Beltrame, qui est un discours absolument remarquable il faut le reconnaître. En revanche, les actions derrière ont été d'une très grande faiblesse et ce n'est pas intégralement de sa faute. Il existe des obstacles juridiques, un arsenal législatif insuffisamment utilisé mais aussi de la mauvaise volonté de la part de la magistrature à appliquer des réponses pénales. Sur les faits, les chiffres qu’il a évoqué dans son discours sont révélateurs. Le Président parle beaucoup du nombre de contrôles effectués, souvent à travers des chiffres locaux, départementaux et régionaux, au détriment de chiffres nationaux sur les résultats obtenus. Cela donne l'impression qu'il y a une grande proportion de résultats alors que la réalité n'est pas tout à fait celle-là. Il se pose la question de l'efficacité de ces contrôles. Pour ce qui est des « enseignements de langue et culture d’origine », Emmanuel Macron a été très intéressant, expliquant qu’il était temps de mettre fin à ce système, même si cela ne résout pas tout car ce qui ne se fait pas à l’école se fera dans les cours du soir (dans de la déscolarisation ou dans des écoles hors-contrats).

Typiquement, sur ce sujet, il évoque les contrôles que fait l’éducation nationale sur les enfants déscolarisés. Et il est vrai qu’il en existe beaucoup. En revanche, se pose la question des résultats. Parmi tous les enfants qui sont contrôlés et pour lesquels l'Education Nationale constate, soit une carence pédagogique, soit qu'il y a derrière un endoctrinement de type sectaire, combien sont ensuite remis dans le système scolaire normal ? Quelles sont les mesures coercitives qui sont prises ? La plupart du temps, on sera face à des parents qui seront condamnés à un stage de sensibilisation à la parentalité…Annoncer des centaines et des centaines de contrôles est nécessaire, bien évidemment. mais pour quels résultats ? Dire qu’il n'y a pas d'action serait faux. Mais pour quelle efficacité ?

Pour ce qui est de comparer le travail d’Emmanuel Macron dans la lutte contre le séparatisme islamiste avec ses prédécesseurs, on voit qu’il y a une volonté politique affichée très nettement supérieure et qui se traduit justement dans le choix des mots (hydre islamiste par exemple). Ce ne sont pas que des mots, au sens où ils permettent des constats que bon nombre de services de l'Etat ne s'autorisaient pas avant. Il y a une évolution majeure dans ce qui est pris en compte, notamment au niveau des préfectures, mais qui est insuffisante dans les résultats. Néanmoins, l'évolution est positive. Pendant trop longtemps, on s'est concentré uniquement sur la lutte contre le « terrorisme ». Or, le « terrorisme » est un mode d'action et pendant longtemps, on a refusé de voir que les groupes terroristes ne sont qu’une sorte d’épiphénomène statistiquement inévitable d’une idéologie. Et on ne luttait pas contre l'idéologie en tant que telle. Or, en parlant de l’hydre islamiste, en parlant maintenant de séparatisme islamiste, Emmanuel Macron a le mérite – contrairement au gouvernement précédent – de dire que l’ennemi n’est pas que le groupe terroriste.

Il y a évidemment au sein de la majorité, des discours extrêmement ambigus et contradictoires sur le sujet. En revanche, de la part du Président lui-même, il existe une évolution du discours vers davantage de lucidité dans le choix des mots.

Le discours d'Emmanuel Macron sur le séparatisme religieux est resté très orienté sur les questions sociales et technocrates. Sans aborder le spirituel et le civilisationnel n'est-il pas vain de vouloir régler la question par ce biais ? Ce plan n'est-il pas un camouflet de la réalité ?   

Vous avez raison sur ce point-là. Ne traiter ce problème que sur le plan social ne sert à rien. Non seulement c'est vain, mais c'est contre-productif dans l'esprit, au sens où l’idée même de ne traiter cette question uniquement par le social consiste à accentuer le discours victimaire qui est justement un discours dont se nourrit le séparatisme.

Effectivement, c'est un discours catastrophique, c'est le fait de mélanger de manière assez floue la lutte contre les discriminations et la méritocratie. Qu’il ait parlé de méritocratie est intéressant, certes, mais la méritocratie et la lutte contre les discriminations - non pas dans l'esprit de la lutte contre les discriminations, mais dans ce qu'elle est devenue – sont quasiment antinomiques. La lutte contre les discriminations, très clairement, est le faux nez de la discrimination positive laquelle est l'antithèse de la méritocratie républicaine. Pour ce qui est de la dimension spirituelle, il faut assumer que la République porte un projet et qu'elle n'est pas juste un espace dans lequel chacun peut inscrire son projet. J'entends par là que la liberté même qu'elle donne n'est pas juste un espace vide. C'est en soi une vision de l'homme anthropologique, c'est évidemment une continuité historique, civilisationnelle et c'est un projet en soi. Il faut l’assumer !

Le social est important, au sens où il y a une offre alternative, mais il faut garder à l'esprit que l'offre séparatiste est évidemment financière, sociale, spirituelle et civilisationnelle mais aussi imposée de manière extrêmement violente. Il existe dans ces quartiers des gens qui veulent vivre conformément aux valeurs de la République et pour qui il est extrêmement difficile de vivre à cause de cette pression communautaire et séparatiste. Or, que fait-on pour protéger ces personnes ? On parle de quartiers de reconquête républicaine et il ne faut pas avoir peur du terme. À partir du moment où on a des partisans loyalistes au sein de ces territoires soumis à des groupes séparatistes, il faut impérativement assurer leur sécurité. Ce n'est pas la majorité silencieuse, ce sont bien des gens qui, par leur manière de vivre, sont des relais des valeurs républicaines dans ces quartiers. Il faut faire une différence entre eux et la majorité silencieuse. Ce sont des gens qui s'engagent, qui se montrent, qui prennent des risques pour la République. La République leur doit quelque chose qu'elle ne doit pas à la majorité silencieuse, dont le silence est très souvent complaisant...

Propos recueillis par Edouard Roux

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