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©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Arabisation

Séparatisme : les pièges de l’enseignement de l’arabe à l'école

Le gouvernement rend renforcer l'apprentissage de l'arabe à l'école pour "réduire le pouvoir des religieux", selon les mots de Gérald Darmanin. Un sujet explosif.

Boualem Sansal

Boualem Sansal

Boualem Sansal est un écrivain et essayiste algérien. Il est notamment l'auteur de 2084 : la fin du monde, Le Train d'Erlingen ou la Métamorphose de Dieu et Abraham ou La Cinquième alliance. Très critique du pouvoir algérien, il est censuré dans son pays.

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Atlantico : L’apprentissage de l’arabe à l’école serait, selon le gouvernement, non seulement la possibilité de transmettre aux jeunes pousses un « arabe républicain », littéraire et scolaire, mais même une voie royale de lutte contre la radicalisation islamique dès l’âge tendre. Cette nouvelle promesse républicaine n’est-elle pas un cadeau empoisonné ? 

Boualem Sansal : Oui, je le pense mais ne généralisons pas, un bon tiers « des jeunes pousses » suivra sans doute cette voie royale, il accédera par-là à ce que la langue arabe a pu produire de formidable, en littérature, en poésie, en philosophie. Et ainsi armé, il sera un barrage efficace contre la radicalisation islamiste.

Chez un autre tiers, on verra les deux langues, le français et l’arabe, deux langues difficiles, jalouses, s’affronter et produire de pauvres dyslexiques qui pour communiquer entre eux s’inventeront un petit chinois fait d’arabe approximatif et de français bas de gamme. La grammaire des réseaux sociaux ajoutera à la confusion.

Pour le dernier tiers, l’enseignement de l’arabe mènera à l’arabisation, un processus mystérieux qui relève de la transmutation du plomb en or, et très vite ces jeunes, éblouis par leur transformation, finiront dans les bras accueillants de l’islamisme.

A bien voir, le problème est arithmétique : est-ce que un tiers de nos enfants sauvé par l’enseignement de l’arabe peut s’accommoder d’une perte de deux-tiers causée par ce même enseignement ?

Cela dit, s’il s’agit d’insuffler aux élèves « l’esprit républicain à la française », il y a une langue idéale pour cela : le français.

Quand on observe ces dernières années le Maroc ou l’Algérie, on constate un lien très étroit entre la langue arabe et l’islamisation. L’idéologie se niche-t-elle dans le langage ?

Comme je l’ai dit, entre l’enseignement de l’arabe et l’islamisation il y a ce processus mystérieux de l’arabisation qui d’un petit Français fait un petit Arabe et le prépare à quitter le monde profane pour entrer dans la Oumma, choisie par Allah pour instruire le monde. L’islamiste arrive à ce stade pour parachever le grand-œuvre et pousser les meilleurs dans la voie héroïque du djihad.

Si on tient compte de l’expérience faite en Algérie, au Maroc, en Egypte, on peut prévoir la suite des évènements en France. Avec le temps, on verra les contingents issus de l’arabisation, cornaqués par les islamistes, réclamer des lois et des institutions spécifiques : constitutionnalisation de la langue arabe comme langue nationale officielle, création d’une académie arabe et d’instituts islamiques, suppression de la mixité, interdiction de parler français en certains lieux… Le processus est complexe mais rapide. En Algérie, une poignée d’années a suffi pour boucler la boucle. Ce qui n’a pas été obtenu par la pression l’a été par le terrorisme. Ce sont là des processus incontrôlables, les gouvernants n’ont pas toujours la force de résister au viol. Langue, idéologie, loi, pouvoir, quatre mots pour dire la même chose.

Apprendre une langue est la première étape d’un enfermement identitaire : on le constate avec la Corse ou les petits îlots bretons. Qu’est-ce que cette poussée de plus en plus intense du séparatisme dit de notre société et de notre époque ?

La poussée arabisante et islamisante dit une chose : la faiblesse de la société française. Ce qui s’y passe n’est pas du séparatisme, ce n’est pas un divorce, c’est un processus biologique  : les vieilles sociétés disparaissent au profit des nouvelles, jeunes, ardentes, exigeantes, arrogantes. Autre vieux réflexe des vieilles sociétés, en apprenant la langue du champion, en adoptant ses croyances, on fait acte de soumission, espérant par là obtenir sa pitié et sa protection. L’eau de jouvence n’existe pas, le rajeunissement miracle non plus, une vieille société fait des enfants vieux à leur naissance.

Sur ce sujet, lire aussi notre interview de Gilles Kepel : "L'enseignement de la langue et de la civilisation arabes en France est aujourd'hui sinistré et nous en pâtissons"

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