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©Eric BARADAT / AFP

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Semi échec de la COP25 : Greta Thunberg finira-t-elle de se convertir au principe de la (re) colonisation des récalcitrant?

Si l’hypothèse paraît évidemment absurde, la conclusion de la COP25 invalide le postulat de la jeune suédoise sur ce système patriarcal et colonialiste qui aggraverait le dérèglement climatique.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Atlantico : Les pays d’Europe font partis des bons élèves en termes d’émission de carbone et de transition énergétique mais ce sont également les anciens colonisateurs. Cette double réalité ne vient-elle pas directement contredire les propos tenus il y a quelque temps par Greta Thunberg ?

 
Eric Verhaeghe : On ne dit pas assez que le véritable substrat idéologique de l'écologie superficielle telle qu'elle est prônée par Greta Thunberg repose sur la dénonciation de l'homme blanc. Celui-ci est jugé comme l'auteur de tous les méfaits de la planète, et comme la principale menace pour la diversité naturelle. Il existe plusieurs versions de cette théorie, mais la plus courante consiste à expliquer que l'homme blanc est celui qui a mis la planète en coupe réglée pour assouvir une volonté de puissance cachée derrière un rationalisme destructeur. De cette pelote, on peut tirer de nombreuses croyances, notamment celle selon laquelle la disparition de l'homme blanc, ou sa mise sous tutelle, sont des conditions essentielles pour protéger la diversité des espèces, y compris humaines. D'où l'idée que la décolonisation est une condition préalable à toute protection efficace de la nature. 
 
Vous avez raison de noter qu'il existe une contradiction majeure dans la position de Greta Thunberg. Car nulle part on ne voit émerger une écologie portée par des personnalités racialisées ou colonisées. L'écologie est une idéologie de blanc, défendue pour l'essentiel par des blancs. Greta Thunberg, avec son air de Jeanne d'Arc, avec ses yeux bleus et ses cheveux blonds, en est une caricature. On peut dès lors s'interroger sur le post-colonialisme qui consiste à attribuer à l'homme blanc tous les maux de la planète, comme si, renonçant à être le favori de la création, l'homme blanc se pensait désormais en favori de sa négation et déresponsabilisait tous les autres foyers de peuplement. 
 
On peut donc se demander dans quelle mesure l'obsession aujourd'hui portée sur l'idéologie patriarcale et colonisatrice ne dissimule pas une volonté de placer celle-ci au centre de l'histoire, et la volonté de graver dans le marbre la supériorité historique de l'homme blanc.
 
A contrario, les pays qui ont été colonisé, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est, font partis des pays les plus émetteurs et les plus polluants. En proposant d’agir vigoureusement,  et si l'on suit le raisonnement absurde de la jeune écologiste en le poussant à l'extrême, cela ne revient-il pas à dire qu'il faudrait – in fine- recoloniser ces pays ? Ou du moins instaurer un mouvement de colonisation verte ?
 
Eric Verhaeghe : Je suis bien d'accord, et je le répète. Il existe, dans l'anti-colonialisme affiché par les écologistes superficiels à la Greta Thunberg, une nostalgie non dite pour le colonialisme, qu'on pourrait presque qualifier de post-colonialisme. Le projet politique qui nous est proposé consiste effectivement à vouloir organiser la planète autour d'une idéologie de décroissance et de pénurie choisie essentiellement d'origine européenne ou anglo-saxonne. On peut analyser cette vision du monde à deux niveaux de compréhension.
 
Au premier niveau, il y a bien entendu l'idée que la pensée de l'homme blanc doit rester universelle, même lorsqu'elle prône le relativisme. Tout le monde sur cette terre doit vivre à l'heure de nos idées, qui sont forcément les meilleures. Alors que l'universalisme cartésien ou rousseauiste apparaît comme impossible aujourd'hui à porter compte tenu des "crimes" de la colonisation, l'idéologie de la diversité paraît mieux adaptée. Il faut déblanchir le monde pour le rendre plus vert, plus propre. Mais, dans le même temps, on constate que seuls les Blancs, avec sans doute les Chinois, sont les vecteurs de ce "green washing". Et ce sont les intellectuels occidentaux, rangés derrière Greta Thunberg, qui portent cette idée. 
 
Au second niveau, pour l'Occident, prendre la main sur la transition énergétique est la meilleure façon de la garder sur la division internationale du travail. Ce n'est pas un hasard si un capitaliste comme George Soros finance Extinction Rébellion, et si des proches de Bill Gates sont très investis dans ce sujet. L'économie de la transition est un enjeu colossal, probablement le marché captif de demain, et Greta Thunberg constitue une VRP de premier ordre pour porter ces intérêts en neutralisant les consciences. 
 
La parole de Greta semble de moins écologique et de plus en plus révolutionnaire. De quoi est-elle le nom selon vous ?
 
Eric Verhaeghe : Incontestablement d'une écologie superficielle dont l'objectif n'est pas vraiment de se rapprocher de la nature, mais de préserver un modèle de croissance qui serait simplement moins polluant que le modèle ancien. Il faudra un jour reprendre l'histoire de l'Occident depuis cent ou cent cinquante ans en interrogeant la notion de progrès et les conséquences qu'elle a eues. Dans la pratique, Greta Thunberg ne sort pas vraiment de ce modèle, en considérant que l'Occident doit simplement se mettre entre parenthèses pour laisser les pays pauvres vivre leur croissance économique. C'est ce que le philosophe norvégien Arne Ness appelait l'écologie superficielle, par opposition à l'écologie profonde qui vise à modifier la place de l'homme, et ses comportements dans la compréhension de la nature et du monde. Arne Ness a proposé un retour à la pensée platonicienne en promouvant l'idée d'un cosmos au sens grec, c'est-à-dire de la nature comme tout ordonné. Dans cette vision du monde, l'homme doit se recentrer sur l'esprit, sur la pensée, et consacrer beaucoup moins d'importance au matérialisme et à la consommation. 
 
Dans la vision de Ness, l'écologie n'est pas une affaire de politique, mais de comportement individuel. On pourrait que Ness porte une écologie conservatrice et libérale. A l'inverse, une Thunberg et son écologie superficielle pensent que la solution fondamentale est d'abord politique, collective. On prend quelques mesures dans un Parlement, et le problème est réglé. On est loin de l'idéologie de l'homme nouveau que, d'une façon ou d'une autre, l'écologie profonde porte en elle et qui emporte un autre rapport de l'homme à la nature. 

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