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Savoir repérer les manipulateurs : comment dire non à une personne malveillante et manipulatrice ?
©Reuters

Bonnes feuilles

Savoir repérer les manipulateurs : comment dire non à une personne malveillante et manipulatrice ?

Pascale Chapaux-Morelli a publié "Je sais qui tu es : Savoir repérer les manipulateurs" aux éditions Albin Michel. Comment mettre au jour ce que les autres pensent pour éviter d'être manipulé ? Se prémunir contre l'emprise, le chantage affectif et les manipulations diverses est à la portée de tous, à condition de se doter des bons outils d'analyse. Extrait 1/2.

Pascale Chapaux-Morelli

Pascale Chapaux-Morelli

Pascale Chapaux-Morelli est docteur en psychologie, chargée d'enseignement à l'Université Paris 8. Elle a participé à de nombreuses émissions de "Mille et Une Vies", sur France 2, avec Frédéric Lopez et Sophie Davant.

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Savoir pousser le ou la partenaire à accepter ce qui au départ lui aurait semblé inadmissible est l’une de leurs spécialités. Pour atteindre cet objectif, ils s’appuient sur les points sensibles du partenaire : son attachement (qu’ils ont su installer) et son espoir d’une relation enfin heureuse et sereine, mais aussi son manque de confiance en soi. Leur autorité sur la victime et la volonté de cette dernière de croire en cette relation font qu’elle recule toujours plus le point de rupture, le geste, le mot, qui feraient déborder le vase. La victime n’a le courage de dire « assez ! » que lorsqu’elle ne voit aucune autre issue. Parfois, ce n’est pas pour elle-même, qui s’est oubliée dans cet amour impossible, mais pour ses enfants, si elle s’aperçoit qu’ils sont menacés. Cela peut être le déclencheur d’une réaction, d’un réveil.

Les manipulateurs affectifs nous font croire qu’on leur doit tout. Or « la reconnaissance ne s’impose pas, elle s’inspire, et c’est la manière d’obliger, plutôt que le bienfait, qui la fait naître1 ». En somme, à supposer que l’on reçoive un bienfait, la reconnaissance qu’on éprouve en conséquence n’est jamais exigible ni automatique, elle dépend pour beaucoup de la façon dont le service a été rendu. L’élégance ou la bonté consistent à ne pas faire peser ce bienfait à celui qui le reçoit. Les manipulateurs agissent à l’opposé, ils font croire à la victime qu’elle n’existe que par eux. « Sans moi tu ne serais rien », « Si tu me quittes, tu perdras tout », aiment-ils à dire. Par contre, lorsque la victime du pervers narcissique est au plus bas, semi-détruite, ils se dégagent de toute responsabilité, comme s’ils avaient fait leur possible pour qu’il en soit autrement : « Regarde ce que tu es devenu(e). » La personne victime est encline à se croire peu de chose, et elle se fie d’autant plus au jugement de son partenaire qu’elle l’aime aveuglément. Elle, elle s’aime peu, ou pas assez pour comprendre ce qu’elle vaut.

Dès lors, comment dire non à un manipulateur ? Dans le couple, se rebeller face à un pervers narcissique, quand c’en est un, équivaut à lui déclarer la guerre. Il faut donc s’y préparer. Le mieux est souvent de se dérober petit à petit, de reprendre sa vie en main, de faire obstruction par inertie, de ne pas répondre à la provocation ni aux offenses, de faire la sourde oreille. C’est la technique du mur de caoutchouc : on fait semblant de n’être atteint par rien, on ne montre pas ses émotions, on se retranche dans son quant à soi. Si la victime n’a plus peur, si elle ne souffre plus, elle perd grandement de son intérêt pour le pervers narcissique, qui commencera à chercher ailleurs. Pour autant, la seule solution viable à moyen ou long terme est l’éloignement, la fuite, la coupure nette. C’est la meilleure façon de dire à quelqu’un : « Non. Tu ne me feras plus souffrir. Non, je ne suis pas ton objet ».

Voyons l’histoire de Bruno, un Italien de 35 ans tombé dans un piège affectif, faute d’avoir su s’opposer aux diktats de sa compagne, Lisa.

Bruno est cardiologue, comme son père. Il a fait ses études universitaires à Rome, loin de la maison parentale. C’est dans cette ville qu’il a connu Lisa, originaire de la « ville éternelle ». Elle l’a emmené dans tous les lieux que les touristes ne connaissent pas, les bons restaurants, les endroits calmes avec vue panoramique. Avec Lisa, Bruno a découvert le visage intime de Rome, les ruelles et les détours de Trastevere, les lieux où l’on trouve encore des artisans, tous les secrets de la ville. Le couple a fêté ses fiançailles dans un endroit chic de la capitale. Il fallait bien ça pour Lisa. Les parents des deux amoureux étaient présents, bien entendu. La mère de Bruno avait pour l’occasion offert un bracelet de marque à Lisa. Rien ne pouvait être trop beau pour souhaiter la bienvenue dans la famille à cette jolie brune aux yeux profonds. Les parents de Bruno sont même allés, par la suite, jusqu’à acheter un appartement en centre-ville pour que Lisa et Bruno puissent emménager dans un chez-eux confortable. Pour les parents de Bruno, d’un milieu aisé, cela a semblé une évidence. L’appartement a été mis au nom de Bruno.

Les mois ont passé. Le couple s’est marié, s’est installé. Les relations entre Lisa et ses beaux-parents étaient cordiales, mais les parents de Bruno ont peu à peu remarqué que la jeune femme se montrait plus distante et leur fils également. Ils ne comprenaient pas le motif de cet éloignement. Quand Lisa est tombée enceinte, ce fut une fête. Les parents de Bruno étaient de moins en moins souvent invités à venir à Rome, mais ne s’en inquiétèrent pas trop, pensant que la future maman était fatiguée. À la naissance de leur petit-fils, ils ont eu pour la première fois l’impression d’être tenus à l’écart. C’est tout juste si Lisa et Bruno leur adressaient la parole. Ils eurent cependant le temps de voir le bébé et de donner tous les cadeaux qu’ils avaient apportés. « Beaucoup trop », dit Bruno, le visage fermé.

Quand un membre de la famille (ou quelqu’un qu’on croyait proche) rechigne à accepter un cadeau qu’on lui fait, il faut s’interroger sur cette réticence. Une personne qui refuse ce qu’on lui tend avec la main de l’amour ou de l’amitié est quelqu’un qui ne veut pas être en reste, qui veut ne rien devoir et qui ne veut pas non plus remercier. Le refus du don est une mise à distance symbolique dure. Cette attitude de la part de Bruno aurait dû alerter ses parents. Ils s’en rendraient compte bien plus tard.

Extrait du livre de Pascale Chapaux-Morelli, "Je sais qui tu es : Savoir repérer les manipulateurs", publié aux éditions Albin Michel.

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