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Crédits Photo: Reuters

Audience privée au Vatican

Sarkozy reçu par François : comment le catholicisme devient un enjeu de poids dans la guerre-gauche droite pour 2017

A chaque scrutin, les catholiques, qui votent plus que la moyenne nationale, représentent une véritable force électorale. Si la droite, Nicolas Sarkozy en tête, semble l'avoir assimilé, la gauche, dépassée par le défi de l'Islam ne comprend pas le catholicisme et continue à s'illustrer par des positions anticléricales. Les récents propos de Manuel Valls sur le cardinal Barbarin en attestent.

Christophe Dickès

Christophe Dickès

Historien et journaliste, spécialiste du catholicisme, Christophe Dickès a dirigé le Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège chez Robert Laffont dans la collection Bouquins. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la politique étrangère et à la papauté (L’Héritage de Benoît XVI, Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde). Il est enfin le fondateur de la radio web Storiavoce consacrée uniquement à l’histoire et à son enseignement.

 

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Atlantico : Nicolas Sarkozy et son épouse sont reçus ce lundi par le pape François en audience privée au Vatican. Alors que Manuel Valls, proche des francs-maçons, adopte quant à lui une attitude très anticléricale (au point d'évoquer publiquement les "responsabilités" du Cardinal Barbarin dans les affaires qui secouent son diocèse), dans quelle mesure le catholicisme est-il en train de devenir un enjeu de poids dans le rapport de force gauche-droite en France ?

Christophe Dickès : Le catholicisme et la culture catholique de manière générale constituent une force électorale à chaque scrutin. Les catholiques votent ainsi bien plus que la moyenne nationale. Ils ne s’abstiennent pas, d’où la nécessité pour les politiques d’attirer leurs voix. A l’occasion des élections régionales, on a aussi remarqué qu’un nombre croissant de catholiques n’hésitaient plus à voter Front national : un catholique pratiquant sur quatre l’a fait (Sondage Ifop/Pèlerin, 12/2015).

Ce qui est nouveau dans le débat public est la progressive prise de conscience d’une culture catholique dans nos sociétés, alors que l’Islam n’a aucun complexe à affirmer ses valeurs : le débat sur les jours fériés catholiques, l’absurdité du discours de François Baroin sur le retrait des crèches dans les espaces publics, la décision d’un tribunal de retirer une statue de Jean-Paul II en Bretagne au nom de la laïcité, la destruction des Eglises… Tout semble fait pour favoriser l'islam et refuser la culture chrétienne dont sont pourtant issues les valeurs républicaines.

Tout cela crée un malaise dans notre société qui ne souhaite pas se couper de ses racines. Certes les racines chrétiennes lient les hommes, mais ces mêmes racines permettent à notre société de se développer, de mûrir et de croître. Si bien qu’un candidat au primaire comme Alain Juppé est aujourd’hui bien obligé de reconnaître publiquement leur existence. Il ne l’aurait jamais fait du temps où il était Premier ministre ! Qu’il le fasse montre une évolution du discours et de la société. Quant à Nicolas Sarkozy, il avait été précurseur sous sa présidence par sa bienveillance à l’égard des catholiques, à l’occasion par exemple du discours du Latran en 2007. Le pape Benoit XVI avait salué ce qu’il appelait la laïcité positive du gouvernement français de l’époque. Plus direct, le pape François a affirmé dernièrement que la France n’était pas laïque. C’est dire…

Qu'ont à gagner électoralement Nicolas Sarkozy et une partie de la droite à jouer la carte d'une proximité avec le pape ? A quel point est-elle sincère ?

Il semble difficile d’évoquer une quelconque sincérité chez Nicolas Sarkozy après son revirement à 180° sur le mariage homosexuel. Pourtant, l’ancien président sait très bien que légiférer sur la GPA et la PMA oblige à une révision de la loi Taubira. L’électorat catholique ne se laissera pas berner d’autant que les mouvements issus de la Manif pour Tous (Sens Commun, Veilleurs, LMPT) y veilleront. En 1981, après la loi sur l’avortement de 1976, il a manqué un million de voix catholiques à Valéry Giscard d’Estaing. Les candidats de droite devraient s’en souvenir et ne pas sous-estimer la marée humaine qui s’est mobilisée contre le mariage pour tous. La droite peut-elle ignorer la voix de 1,5 million de personnes dans la rue ?

S’ils la négligent, ils prendront un risque certain. Le voyage de Sarkozy ne changera rien au débat, tout comme le voyage de François Hollande en janvier 2014 n’a rien changé entre les rapports du Saint-Siège et de la France. Les Français savent très bien que tout cela relève d’une stratégie de communication. Néanmoins, si ce voyage permet à Nicolas Sarkozy d’avoir cette prise de conscience sur le vote catholique et de changer sa stratégie en conséquence, il sera utile. La gauche ne s’est pas privée de faire une politique de gauche sur les sujets sociétaux, que la droite fasse de même si elle veut revenir au pouvoir.

A l'inverse, qu'espère la gauche en s'attaquant aux catholiques sur de très nombreux sujets depuis le début du quinquennat Hollande ? Dans quelle mesure cela peut-il être efficace ?

La sortie de Manuel Valls sur le cardinal Barbarin ne coûte pas chère. Alors que la gauche est en pleine décomposition idéologique, le Premier ministre a ressorti un vieux classique du radicalisme anticlérical. Pourtant, depuis quelques mois, Bernard Cazeneuve, ministre des Cultes, tentait de renouer un dialogue avec l’Eglise catholique. Comment Manuel Valls peut-il donner des leçons de responsabilité alors que le Bataclan a révélé les graves manquements de l’Etat face à la menace islamiste depuis les attentats de Charlie ? Dans les faits, la gauche semble totalement dépassée par le défi que pose l’Islam à nos sociétés, comme l’a montré le livre de Jean Birnbaum, Un silence religieux (Seuil).

La gauche ne comprend pas davantage le catholicisme, ni son rayonnement. L’absence d’ambassadeur français au Vatican a révélé non seulement que François Hollande ne connaissait pas les usages diplomatiques les plus élémentaires (La France a voulu imposer un nom sans consultation préalable), mais qu’il  était prêt à renoncer à une source de renseignements sans équivalent, ceci pour des raisons idéologiques. Avec le pape François, le Saint-Siège est un des pôles diplomatiques les plus en vues dans le monde et, encore une fois, la France apparaît hors-jeu. Je pense que sur ce sujet, comme dans bien d’autres domaines, la gauche ne fait guère illusions...

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