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Depuis le 1er janvier 2013, l'Insee a développé de nouveaux indicateurs pour tenir compte des structures de consommation différentes en fonction des catégories sociales.
©Reuters

Logique ou pas ?

Retraites, salaire des fonctionnaires, Smic : y a-t-il un sens à indexer les revenus sur l'inflation ?

Le salaire moyen par tête est de 2 410 euros bruts mensuels, selon l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale. Mais quel que soit le niveau de rémunération, prendre l'inflation comme seul indicateur de réévaluation salariale n'est pas toujours pertinent.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Alors que le salaire moyen par tête est de 2 410 euros bruts mensuels, selon l’Acoss (Agence centrale des organismes de sécurité sociale), l'inflation reste souvent l'indicateur phare pour l'indexation des salaires. Mais cet indicateur est-il vraiment pertinent pour réévaluer la rémunération des travailleurs ?

Philippe Crevel : Depuis le milieu des années 80, l’indexation des salaires n’est plus automatique et fait l’objet de négociations au sein des entreprises. L’indexation vaut encore pour les pensions de retraites qui seront revalorisées au 1er avril. Le salaire minimum demeure également indexé selon une formule qui tient compte de plusieurs critères, l'évolution de l'indice des prix à la consommation pour les "ménages du premier quintile de la distribution des niveaux de vie" à laquelle s’ajoute la moitié de la croissance du pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier. Il est également revalorisé à chaque hausse d'au moins 2 % de l'indice des prix (hors tabac).

Il n’en demeure pas moins que l’indice Insee hors tabac reste l’indicateur de référence et est utilisé comme socle pour les négociations salariales. Cet indicateur a toujours fait l’objet de critiques. Ainsi, au moment de l’introduction de l’euro, de nombreux Français ont considéré que l’indice ne reflétait pas fidèlement l’évolution réelle des prix. L’indice établi par l’Insee agrège un très grand nombre de données. Ainsi, l’institut statistique retient des critères géographiques avec des relevés établis dans plus de 106 agglomérations ; il prend en compte un très grand nombre de produits et de services, plus de 1000 familles de produits, et enfin l’Insee sonde plus de 27 000 points de vente (tous les formes de vente sont retenues). 160 000 relevés mensuels sont nécessaires pour établir le taux d’inflation.

Pour tenir compte des structures de consommation différentes en fonction des catégories sociales, l’Insee, depuis le 1er janvier de cette année, calcule un indice des prix à la consommation des ménages du premier quintile de la distribution des niveaux de vie-hors tabac. Une pondération des groupes de produits tient compte des habitudes de consommation de ces ménages. Evidemment, aucun indicateur ne peut traduire parfaitement l’évolution de notre pouvoir d’achat. Il faudrait en établir un pour chacun d’entre nous. Le ressenti des ménages peut différer du taux officiel, suspect de manipulation.

Il faut l’avouer qu’un indice national aussi fin soit-il ne peut pas prendre en compte les différences régionales. Se loger à Paris coûte plus cher qu’à la Roche sur Yon. Les salaires sont certes plus élevées en région parisienne qu’en Vendée mais leur évolution n’a pas suivi l’augmentation des loyers ou des prix des logementsIl est, en revanche, très compliqué d’expliquer qu’à responsabilité égale, les salaires peuvent évoluer différemment en fonction de son lieu de résidence. A contrario, un provincial peut avoir des coûts de transports supérieurs aux Parisiens et de ce fait être impacté par la hausse du prix du pétrole… En la matière, le débat est éternel ou presque…

L'inflation est-il l'indicateur le plus pris en compte pour la réévaluation des salaires chez nos partenaires européens ?

L’indexation automatique par rapport à l’inflation n’existe que dans trois pays de l’Union européenne, la Belgique, le Luxembourg et Malte. Certes, l’inflation sert de base de discussion dans de nombreux pays européens. Mais, les négociations sur les salaires intègrent un nombre de plus en plus importants de critères comme la productivité, les résultats de l’entreprise et l’obtention de certains objectifs quantitatifs et qualitatifs. Ces dernières années, l’individualisation des salaires s’est accentuée.

Quel rôle joue le Smic - souvent indexé sur l'inflation - dans la réévaluation des salaires supérieurs ?

La présence du Smic joue un rôle important en France. Nous avons tout à la fois un plancher avec le Smic et un couvercle avec le mécanisme d’exonération des charges sociales plafonnées à 1,4 fois le Smic, couvercle qui fait ventouse ou pression sur les salaires. En revanche, le Smic a un impact plus faible pour les salaires supérieurs qui sont plus impactées par des considérations économiques internes et externes à l’entreprise.

Quels autres type d'indicateurs ou facteurs faudrait-il ou pourrions-nous prendre en compte ?

D’un côté, il faut tenir compte du pouvoir d’achat des salariés qui diffère d’une région à une autre mais aussi de la santé des entreprises et de l’économie en générale. Il faut de plus en plus individualiser pour également motiver dans le bon sens du terme les salariés. Il n’y a pas de formule magique en la matière. Il faut surtout éviter les normes nationales qui sont sources d’insatisfaction voire de frustrations.

Les salaires sont-ils trop rigides en France ? Les formes alternatives de rémunération sont-elles vouées à se développer en France pour l'ensemble des salariés ?

La rigidité des salaires est une tradition en France. Même en période de crise et de fort taux de chômage, les salaires ne baissent pas en France, voire continuent d’augmenter. La crise est supportée par ceux qui sont exclus du marché du travail. Certes, les augmentations d’impôts modifient un peu la donne et génèrent des transferts des actifs vers les inactifs. Chez nos partenaires, la flexibilité salariale est plus forte. En Espagne, les salaires depuis trois ans ont fortement diminué, près de 20 %.

Le développement des formes alternatives de rémunération a progressé avec notamment le calcul de primes reposant sur des critères quantitatifs et qualitatifs. Il faut également souligner que la participation et l’intéressement, en particulier au sein des grandes entreprises s’est développé. Néanmoins, le passage du forfait social de 8 à 20 % l’été dernier pourrait entraver la croissance des rémunérations accessoires.

En France, la rigidité à tendance à jouer pour toutes les formes de rémunération : une fois accordées, elles sont considérées comme un acquis. Il y a une forte suspicion vis-à-vis de l’employeur qui ne redistribuerait qu’imparfaitement le fruit du travail des salariés. Pourtant, la France est un des pays où les écarts de salaire sont les plus faibles au sein de l’OCDE. La prégnance de la lutte des classes et une méconnaissance de la création de richesse et des valeurs par les entreprises expliquent cet état de fait qui empêche le pays de réagir aux à-coups de la conjoncture et d’intégrer plus facilement les personnes à la recherche d’emploi.

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