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76% des français ne croit pas capable le gouvernement d'assurer l'avenir de leurs retraites.

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Retraites : si 76% des Français ne font pas confiance au gouvernement, comment s’y préparent-ils ?

Une récente étude Ipsos a mis en lumière la crise de confiance des Français envers le gouvernement sur la question des retraites. En effet, puisque 76% de nos concitoyens ne le croit pas capable d'assurer l'avenir de leurs retraites, se pose la question des solutions alternatives.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Selon une étude Ipsos, plus de 75% des Français ne feraient pas confiance au gouvernement pour assurer l'avenir de leurs retraites. Dans quelle mesure ce scepticisme est-il justifié ? Sommes-nous effectivement livrés à nous-mêmes ?

Philippe Crevel : Un an après l’élection de François Hollande, le sentiment de défiance a envahi toute la population et concerne tous les sujets. Le Président paie cher à la fois la dégradation de la conjoncture et ses promesses décalées. Le sujet des retraites est extrêmement sensible pour les Français car si chacun de nos concitoyens espère ne pas être malade, ni être demandeur d’emploi ; en revanche, il espère, un jour ou l’autre, être à la retraite. La cessation d’activité constitue pour un grand nombre de Français un objectif car c’est le début d’une nouvelle vie avec moins de contraintes.

François Hollande avait bien pris en compte cette appétence française pour la retraite en promettant le retour de l’âge légal de celle-ci à 60 ans. Or, en un an, les Français ont pu constater que ce retour n’était que très partiel, mais quen outre un nouveau tour de vis était nécessaire pour assurer la pérennité du système des retraites. La disparition de la confiance est donc intimement liée à ce fossé entre les promesses et la réalité. Les Français se sentent tous floués sur un sujet qui leur tient particulièrement à cœur.

Si on ne peut effectivement pas s'en remettre au gouvernement et si, comme on le dit, les caisses complémentaires du secteur privé seront à cours d'argent d'ici 2017, les Français assurent-ils leurs arrières par des financements alternatifs ?

Les Français prennent de plus en plus conscience que l’Age d’or des retraites est terminé. Ils constatent que le taux de remplacement (montant de la pension par rapport aux derniers revenus d’activité) diminue. La décision des partenaires sociaux de désindexer partiellement les pensions versées par l’Agirc et l’Arrco est un signe de plus de ce processus de réduction des retraites par répartition. La retraite constitue une des principales motivations pour mettre de l’argent de côté chez les Français puisque la moitié d'entre eux déclare épargner en vue de sa retraite, or avec la crise qui réduit le pouvoir d’achat, les possibilités de mettre de l’argent de côté s’amoindrissent, ce qui ne peut qu’accroître le sentiment de défiance des Français vis-à-vis du gouvernement. Il est sûr quavec une espérance de vie à la retraite de 27 ans et des régimes par répartition sous tension, les Français seront de plus en plus contraints d’épargner.

Quelles sont les solutions globales qui s'offrent à nous pour affronter l'avenir plus sereinement ?

Nous devons absolument retrouver le chemin de la croissance. Notre système de retraite vit des cotisations perçues sur la masse salariale. Le chômage et la réduction du nombre d’emplois menacent l’édifice social de la France. Cest par un renouvellement de loffre que nous pourrons garantir les retraites daujourdhui et de demain. Il est donc important daméliorer le taux de marge des entreprises françaises, de favoriser linvestissement et de cesser de diaboliser le capital. L’étude d’Eurostat prouvant que la France est le pays de l’Union européenne qui taxe le plus le capital devrait inciter le gouvernement à revoir sa politique en la matière. Faute de pouvoir renouveler le tissu économique, il faudra compter de plus en plus sur nous-mêmes en sacrifiant une partie de notre consommation afin d’épargner davantage.


En fonction des tranches d'âges, quels conseils prodigueriez-vous pour bien préparer sa retraite? Peut-on se permettre de ne pas y penser pendant un certain temps ?

Du fait que nous entrions dans une période de réduction des déficits publics et de maîtrise des dépenses publiques, il devient important de réfléchir au financement des retraites. Il y a vingt ans, il fallait commencer à sen préoccuper vers 45 ans ; aujourdhui, il est prudent dy réfléchir à partir de 35 ans. Les jeunes actifs (25-35 ans) consacrent, en règle générale, leur épargne à l’achat de leur résidence principale ou à la réalisation d’un projet professionnel. Il n’y a pas de solution unique pour préparer sa retraite. Tout dépend de sa situation professionnelle, de son appétence au risque et de son niveau de patrimoine. Une règle s’impose néanmoins à tous : la diversification, qui doit jouer tout à la fois sur les produits financiers et immobiliers. Il faut aussi diversifier les zones géographiques dans ses placements.

  • Entre 35 et 45 ans, lassurance-vie qui offre de la souplesse est un produit à privilégier. En effet, le capital nest pas bloqué et il est possible dinvestir sur des supports en actions offrant, sur longue période, une meilleure rentabilité que des produits de taux. Par ailleurs, en ouvrant tôt un contrat d’assurance, l’épargnant prend fiscalement date, le régime fiscal le plus incitatif s’appliquant 8 ans après l’ouverture du contrat. La souscription d’un Plan d’Epargne en Actions peut être également envisagée car ce produit donne droit à une exonération de l’impôt sur les revenus cinq ans après son ouverture.

  • Après 45 ans, si l’épargnant entre dans les tranches élevées de limpôt sur le revenu, il doit réfléchir à lintérêt douvrir un Plan dépargne Retraite Populaire ou un Contrat Madelin (réservé aux indépendants) qui offre une déduction fiscale sur les revenus d’activité. A la différence du contrat d’assurance-vie, l’argent est bloqué sauf exception jusqu’à la cessation d’activités. La sortie s’effectue, par ailleurs, majoritairement sous forme de rente.

  • Après 55 ans, il faut penser à réduire son exposition aux risques en limitant la possession dactions par exemple, ce qui ne signifie pas toutes les vendre. Simplement, la proportion d’actions doit diminuer afin de sécuriser le capital en cas de krach qui interviendrait autour de la date de départ à la retraite. Il faut prendre conscience que l’épargne doit accompagner le retraité durant près de trois décennies et doit pouvoir, le cas échéant, être mobilisée en cas de dépendance.

63% des interrogés dans cette étude se disent favorables à une réforme "en profondeur du système en mettant à plat tous les sujets". Les chiffres de cette étude sont-ils révélateurs d'une prise de conscience chez les Français ? Le pays est-il arrivé à maturité pour réformer profondément son système de retraites ?

Les Français sont plus matures que les forces dites vives de la nation qui freinent des quatre fers une réforme systémique. En cas de mise en œœuvre d’une telle réforme, il y a fort à parier que nous entendrions hurler les perdants quand les gagnants de la réforme se feraient très discrets. Néanmoins, il est à noter que la CFDT est favorable à une réforme systémique à la suédoise qui intégrerait lespérance de vie dans le calcul des pensions. Une partie du PS y était favorable avant les élections de 2012, tout comme une partie de l’UMP mais pour le moment, cette réforme est repoussée faute de volonté publique. Pourtant, il y a des économies de gestion à réaliser. Une récente étude a en effet prouvé que du fait de la complexité de son système de retraite, la France avait les coûts de gestion les plus élevés dEurope.

Sur le sujet des propositions de réforme, l’étude d’Ipsos confirme l’enquête que le Cercle des Epargnants a menée au début de l’année qui montrait que les Français considèrent que, du fait de lallongement de la durée de vie et de la situation des finances publiques, des mesures devraient être prises. A défaut de réforme systémique, les Français jugent nécessaire l’allongement de la durée de cotisation ou le report de l’âge légal. Ce qu’ils ne veulent pas, c’est la baisse des pensions ; or avec la désindexation, c’est justement ce que les pouvoirs publics font.

De peur daffronter les réalités, ce sont les plus mauvaises solutions qui sont retenues. Il est admis que le report de l’âge légal de départ à la retraite est le dispositif le plus efficace et, à ce titre, choisi par tous les partenaires de la France. Le Conseil dOrientation des Retraites a, dans son dernier rapport, souligné quune augmentation de l’âge effectif de départ à la retraite de 3 à 4 ans résoudrait la question du financement.

En conclusions, les Français se prononcent fermement pour le maintien d’un bon niveau de retraite. Ils sont, à cette fin, prêts à quelques sacrifices, sous réserve que les pouvoirs publics soient plus transparents en la matière, ce qui est loin d’être le cas actuellement.

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