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Retour du Coronavirus : panique chinoise sur le saumon
©Mladen ANTONOV / AFP

Après le pangolin et la chauve-souris...

Retour du Coronavirus : panique chinoise sur le saumon

La vente de saumon aurait pu jouer un rôle dans la transmission du Covid-19 à Pékin ces derniers jours, selon les autorités chinoises. Des traces du virus auraient été détectées sur des planches servant à découper le saumon au sein du gigantesque marché Xinfadi de Pékin. Les importations en provenance d'Europe ont été interrompues.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico.fr : Des centaines de cas de coronavirus ont été détectés ces derniers jours à Pékin. Au cœur des préoccupations : le saumon. Des traces de coronavirus auraient été découvertes sur des planches servant à découper le poisson d’importation. Qu’en pensez-vous ?

Stéphane Gayet : La survenue de nombreux cas de CoVid-19 dans la région de Pékin n’est en réalité pas faite pour nous étonner. Nous avions vu qu’il existait de solides arguments en faveur d’une saisonnalité de la CoVid-19. Or, la grande ville de Pékin se situe au nord de la Chine, à une latitude un peu plus au nord que celle de Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord (de son nom officiel, la République populaire démocratique de Corée). On voit bien, sur la carte des climats, que l’on est nettement, de Wuhan à Pékin, passé du climat dit « subtropical » au climat « continental ». Encore faudrait-il tenir compte de la carte des isothermes qui n’est pas strictement superposable à la carte des latitudes.

En effet, en fonction de l’étude réalisée par des chercheurs en santé publique de l’université du Maryland à Baltimore, il est attendu que les foyers épidémiques se déplacent avec les saisons. Cet élément climatique pourrait peut-être expliquer la survenue de nombreux cas à Pékin au mois de juin ; mais il est toujours difficile de savoir ce qui se passe exactement en Chine, car, avec les Chinois, toutes les informations sont sujettes à caution.

Concernant les « traces de coronavirus découvertes sur les planches à découper le saumon d’importation »

Les détections virales effectuées en routine dans le cadre de contrôles systématiques ne sont pas véritablement des détections de virus. Car la recherche du SARS-CoV-2 est délicate, technique et coûteuse (cultures cellulaires). Elle est rarement faite en pratique, elle relève plutôt de la recherche. Ce que l’on fait en routine, c’est la détection de l’ARN viral avec une sonde génétique. Plus la technique est réalisée de façon systématique et en routine, et moins elle est précise. Il existe de faux positifs et de faux négatifs. S’agit-il d’ARN de coronavirus sans précision ? D’ARN de bêta-coronavirus sans plus de précision ? D’ARN de SARS-CoV sans précision ?

Car les causes d’erreur sont nombreuses : le SARS-CoV-2 et le SARS-CoV-1 (épidémie de SRAS ou SARS en 2002-2003 dans la région de Canton) sont des bêta-coronavirus proches l’un de l’autre. Les coronavirus des rhumes, rhinopharyngites et gastroentérites sont des alpha-coronavirus pour les uns et des bêta-coronavirus pour les autres.

Il est évident que moins la méthode de détection est coûteuse et moins elle est précise.

Donc, les « traces de coronavirus » sur des planches à découper le poisson ne constituent pas en elles-mêmes un indice de présomption suffisant. Il faut affiner la recherche. Quoiqu’il en soit, les virus se conservent remarquablement bien dans le froid, ce qui correspond précisément à la condition thermique de conservation et de transport du poisson dont la chair est particulièrement fragile.

Doit-on craindre, après la chauve-souris et le pangolin, une nouvelle contamination par les animaux sauvages ?

Les animaux connus comme hôtes de coronavirus

La famille des Coronavirus comporte de nombreux virus ayant de l’intérêt en médecine humaine et vétérinaire, dont les virus SARS-CoV-1 et SARS-CoV-2. Il existe donc trois groupes antigéniques ou genres de coronavirus.

Les alpha-coronavirus (groupe 1) sont des virus de mammifères (canins, félins, porcins) et de l’Homme (HCoV-229 E et HCoV-NL63).

Les bêta-coronavirus (groupe 2) sont des virus de mammifères (bovins, porcins, rongeurs) et de l’Homme (SARS-CoV-1 et SARS-CoV-2, MERS-CoV, HCoV-OC43 et HCoV-HKU1).

Les gamma-coronavirus (groupe 3) sont des virus d’oiseaux (poule, dinde).

On ne connaît pas actuellement de coronavirus de poissons.

D’une façon générale, on ne s’intéresse pas beaucoup aux virus des poissons, car il existe une relative spécificité d’espèce en virologie, encore appelée barrière d’espèce. Mais le franchissement d’une barrière d’espèce est toujours théoriquement possible et c’est ce franchissement qui est à l’origine de zoonoses (maladies infectieuses qui passent de l’animal à l’Homme), qui peuvent être épidémiques et même pandémiques. Cependant, le franchissement d’une barrière d’espèce est d’autant plus difficile que les espèces sont éloignées. C’est pourquoi les zoonoses proviennent surtout de mammifères et d’oiseaux.

On connaît donc (en médecine) relativement peu de choses à propos des virus des poissons.

Des souches de virus de l'hépatite E infectent spécifiquement les volailles et certains poissons : le virus de l’hépatite E est un Hepevirus. Le genre Isavirus (famille des Orthomyxovirus, comme le virus de la grippe) est spécifique des poissons. Les Epsilonvirus (famille des Rétrovirus, comme les virus VIH-1 et VIH-2 du sida) sont également des virus de poissons.

On n’a encore jamais décrit de zoonose virale provenant du poisson (avec les coquillages consommés crus, c’est différent : ils peuvent héberger des bactéries, des virus et des parasites sans en être eux-mêmes malades).

Pour répondre à la question posée, il faut certainement s’attendre à de nouvelles contaminations microbiennes en provenance d’animaux sauvages (nouvelles zoonoses), mais pas, dans l’état actuel de nos connaissances, de poissons.

Que pensez-vous des risques liés à la consommation de saumon ?  Que dire afin de rassurer les magasins qui ont retiré le poisson de leur rayon et aux consommateurs de ce produit ?

Il est assez stupéfiant de constater à quel point les vents de panique sanitaire peuvent se lever et circuler.

D’une façon générale, le poisson frais ou congelé peut être un vecteur de virus, car la nécessité de le conserver à une température proche de 0 degré Celsius favorise la conservation des virus, conservation d’autant meilleure que le froid est négatif.

Mais la transmission du SARS-CoV-2 se fait essentiellement par voie respiratoire et peu par voie digestive. Le risque de se contaminer pour le SARS-CoV-2 par l’alimentation et singulièrement par le poisson est probablement très réduit.

Il faut savoir que la cuisson inactive les coronavirus qui sont des virus assez fragiles. Le fumage et le marinage du saumon sont de nature à réduire significativement la charge virale, mais moins que la cuisson sur le feu ou dans un four.

Dans l’attente d’études complémentaires, il est peut-être prudent de s’abstenir de consommer du saumon cru.

On ne peut pas, dans l’état actuel des informations disponibles, donner des recommandations plus précises.

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