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Rentrée littéraire : écrivains-stars, polémistes futés, et... politiques énervés, qui va publier quoi (et qui va faire débat) ?
©Reuters

Feuilles d'automne

Rentrée littéraire : écrivains-stars, polémistes futés et... politiques énervés, qui va publier quoi (et qui va faire débat) ?

Quelles seront les stars de la rentrée ? Quelles sont les tendances de l’automne-hiver 2014 ? Quels livres vont faire polémique ? A J-1 mois et demi avant le coup d’envoi, on vous dit tout — des romans aux essais, jusqu’aux documents les plus explosifs… et les plus confidentiels.

Barbara Lambert

Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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607 romans, 287 essais et documents… le crû 2014 s’annonce riche, une fois encore. Il n’en est pas moins particulier. Si, d’un côté, certains écrivains semblent se recroqueviller sur eux-mêmes, choisissant de faire de leur double, idéal ou plus ou moins assumé, le héros de leur roman, d’autres — les plus nombreux — ont fait le choix de se colleter avec la réalité d’aujourd’hui, tant sur le plan social que sociétal, et même religieux ! Réaliste, matière à polémique(s), la rentrée 2014 ? Comme rarement, elle l’a été. Et on ne vous parle même pas des documents politiques qui, de fin août à octobre, vont faire trembler les partis de droite… comme de gauche !

 

L’écrivain, sujet de roman

En ces temps incertains et troublés, Saint-Germain-des-Prés se replierait-il sur lui-même ? La liste des romans dont le ou les héros sont écrivains est proprement étonnante. Dans “ Pétronille ” (Albin Michel), Amélie Nothomb raconte la rencontre d’une “ romancière belge de 30 ans ” avec une de ses lectrices, qui prend la plume à son tour. Même schéma, au départ, dans “ L’amour où les forêts ” d’Eric Reinhardt (Gallimard), où le narrateur noue une relation avec une de ses lectrices, atteinte du cancer. Dans “ La dévoration ” (Albin Michel), Nicolas d’Estienne d’Orves met en scène un écrivain qui, pour se pénétrer de son personnage, devient “ dévorateur ” tandis que Serge Joncour décrit l’enquête tatônnante et maladroite d’un “ Ecrivain national ” (Flammarion), bien décidé à faire la lumière sur la disparition d’un saisonnier dans le centre de la France. Pour son grand retour à la fiction (“ Un roman français ” était paru en 2009), Frédéric Beigbeder imagine l’histoire d’amour impossible entre J.D. Salinger et Oona, la fille du prix Nobel de littérature Eugene O’Neill, qui, dans la réalité, épousa Charlie Chaplin (“ Oona & Salinger ”, Grasset). Dans “ Hôtel Europe ” (Grasset), Bernard-Henri Lévy figure, sous la forme d’un “ monologue en cinq actes ”, un écrivain qui “ rédige un discours sur l’Europe et ses valeurs dans une chambre d’hôtel le 27 juin 2014 ”. Beaucoup plus ironique, Jean-Baptiste Gendarme narre les “ Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain ” (Flammarion) tandis que le jeune Gauthier Battistella conte, dans son premier roman, les désillusions d’“ Un jeune homme prometteur ” (Grasset)… Une manière de conjurer le sort ?

 

Du rire aux larmes

C’est à noter : deux auteurs de best-sellers, connus pour leur plume légère et enlevée, changent radicalement de ton cet automne… Dans “ Charlotte ” (Gallimard), David Foenkinos se plonge dans le destin tragique de l’artiste-peintre juive allemande, Charlotte Salomon, déportée à Auschwitz à l’âge de 26 ans. Dans “ On ne voyait que le bonheur ” (Lattès), Grégoire Delacourt, lui, raconte la crise d’un assureur qui, parvenu au seuil de la quarantaine, s’interroge sur la valeur de sa vie, “ lui qui chiffre par contrat la vie des autres ”. Ah, on est loin de “ La liste de mes envies ” !

 

Du réalisme social…

La grisaille sociale, et sociétale, aurait-elle imprimé ses marques à la production de l’automne 2014 ? A l’heure où paraîtront les très attendus “ Atlas des inégalités ” d’Hervé Le Bras (Autrement) et “ La France périphérique ” du géographe Christophe Guilluy (Flammarion), nombreux sont les romanciers qui — loués soient-ils ! — ont choisi de se confronter à la réalité et de voir plus loin que leur nombril. Dans “ Le moindre mal ” (Raconter la vie), François Bégaudeau rapporte la vie au quotidien d’une infirmière tandis que Luc Lang se penche sur celle d’un saisonnier dans la région Nord (“ L’autoroute ”, Stock). Elisabeth Filhol consacre son nouveau roman, “ Bois II ” (POL), au phénomène de “ bossnapping ”, autrement dit à la séquestration d’un patron par ses salariés. Mathieu Lindon a choisi pour héros de son livre “ Les hommes tremblent ” (POL) un SDF qui s’installe dans l’entrée d’un immeuble et “ perturbe ” la vie de ses occupants. Dans “ La société ” (Grasset), Dan Franck se penche sur l’exclusion d’un scénariste précarisé, qui vit retranché dans ses 12 mètres carrés. Signe que le social est décidément au programme : deux jeunes auteurs ont décidé de s’y coller dans leurs premiers romans. Dans “ La chance que tu as ” (Stock), Denis Michelis raconte les humiliations d’un serveur employé dans un restaurant chic, et Aurélien Delsaux l’isolement d’une vieille dame atteinte du syndrome de Diogène qui “ transforme son appartement en un terrier de détritus ” (“ Madame Diogène ”, Albin Michel). Ah, ça rigole plus !

 

Sexe et genre

Preuve que le cru 2014 est bel et bien en phase avec notre époque, de nombreux ouvrages traitent de sexe, mais aussi de questions afférentes au “ genre ”. Dans “ La chair interdite ” (Albin Michel), Diane Ducret, l’auteur plébiscité de “ Femmes de dictateurs ”, étudie la manière dont le sexe féminin a été représenté par les artistes, les théologiens, les médecins ou les femmes elles-mêmes depuis l’Antiquité, ainsi que les enjeux sociétaux et politiques qui en ont découlé. Colin Giraud s’est penché, lui, sur les “ Quartiers gays ” (PUF) et sur les pratiques de ses habitants. Dans “ Les confessions d’un travesti ” (Allia), un quadra marié et père de famille, sous couvert d’anonymat, évoque les émois que lui procure le travestissement depuis son enfance. Simple hasard ? Au même moment, paraît aux éditions du Tripode, un roman intitulé “ L’homme qui s’aime ” dans lequel Robert Alexis narre les aventures d’un jeune dandy qui… se travestit.

 

Crise de foi

Après la crise sociale et sociétale, la crise de sens et de foi… C’est un trait particulièrement marquant de cette rentrée 2014 : beaucoup d’auteurs et de romanciers abordent la question religieuse. Fait pour le moins inédit, ce n’est pas à l’islam mais au christianisme qu’ils s’intéressent en priorité. Rayon documents, “ J’ai mis mon fils chez les cathos ” de Véronique de Bure (Belfond) devrait passablement secouer le cocotier, tout comme, vraisemblablement, “ Eros enchaîné : les chrétiens, la famille et le genre ” de l’historien et théologien André Paul (Albin Michel). “ Comment vivre lorsqu’on ne croit à rien ? ” (Flammarion), c’est la question que pose et tente d’élucider, de son côté, le journaliste Alexandre Lacroix. Mais les romanciers ne sont pas en reste… A l’heure où Catherine Cusset revisite son enfance “ entre un père croyant et une mère athée ” dans “ Une éducation catholique ” (Gallimard), l’auteur sans doute le plus attendu de la rentrée, Emmanuel Carrère, raconte “ les débuts de la chrétienté ou comment, à la fin du Ier siècle, Paul et Luc transformèrent une petite secte juive en une religion qui allait conquérir le monde ”. Titre du livre, classé en fiction, et riche de 640 pages : “ Le royaume ” (POL). Décidément bien intrigant…

 

Politique : ça va tanguer — à droite comme à gauche !

Avis de tempête, au rayon politique ! Dès le 27 août, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Maxime Tandonnet, dévoile “ les coulisses du quinquennat, notamment sur les dossiers sécurité et immigration dont il avait la charge ” dans un livre au titre éloquent : “ Au cœur du volcan : carnets de l’Elysée, 2007-2012 ” (Flammarion). Non moins attendu : “ Sarkozy le retour : dans les coulisses d’une stratégie à haut risque ” de Philippe Cohen (décédé en octobre) et Laureline Dupont (Fayard). Est-ce le signe qu’ils s’entendent mieux qu’on ne le croit ? Le 10 septembre, Benoist Apparu, François Baroin, Xavier Bertrand, Jean-François Copé, François Fillon, Brice Hortefeux, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Valérie Pécresse, Jean-Pierre Raffarin et Laurent Wauquiez publient ensemble — on a bien dit ensemble — “ Les 12 travaux de l’opposition ” (Flammarion) dans lesquels ils proposent douze mesures “ qui sont autant d’alternatives aux décisions prises par le gouvernement ”. “ A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient ” (Don Quichotte), le journaliste Laurent Mauduit adresse un livre en forme de manifeste dans lequel il dénonce la politique de François Hollande, mais aussi l’évolution des partis de droite comme de gauche. Plus remontés encore, Jacques Julliard et Jean-Claude Michéa pointent du doigt dans “ La gauche et le peuple ” (Flammarion) “ l’alliance historique entre la gauche et le peuple (qui) se défait sous nos yeux ”. Mais sans doute le plus énervé de tous est-il Claude Bartolone qui, menaçant, le promet : “ Je ne me tairai plus ” (Flammarion)… Qu’on se le dise, entre août et octobre, ça va saigner !

 

 

 

 

 

 

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