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Nouvelle taxe

Redevance télé universelle : une très mauvaise solution à un véritable enjeu

Parmi les 40 propositions qui entendent renouveler l'audiovisuel français, on retrouve la redevance télé pour tous, actuel cheval de bataille de la députée Aurore Bergé.

Olivier Babeau

Olivier Babeau

Olivier Babeau est essayiste et professeur à l’université de Bordeaux. Il s'intéresse aux dynamiques concurrentielles liées au numérique. Parmi ses publications:   Le management expliqué par l'art (2013, Ellipses), et La nouvelle ferme des animaux (éd. Les Belles Lettres, 2016), L'horreur politique (éd. Les Belles Lettres, 2017) et Eloge de l'hypocrisie d'Olivier Babeau (éd. du Cerf).

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Atlantico : Comment évaluez-vous ce paiement universel de la redevance télévisuelle ? Cette proposition vous semble-t-elle légitime ?

Olivier Babeau : Il n'est pas possible de mettre en place une telle mesure, dont la logique se comprend, sans une refonte très profonde de l'audiovisuel public. On voit bien à travers les réactions virulentes des gens sur les réseaux sociaux qu'il y a un décalage de plus en plus grand entre les spectateurs et l'audiovisuel public. L'habitude de la consommation fait apparaître la contribution audiovisuelle comme une sorte de vente forcée. Ils consomment de plus en plus sur des plateformes de streaming et comprennent de moins en moins d'être obligé de payer pour quelque chose qu'ils ne consomment pas.

 

Quelle est la mission de l'audiovisuel public ? C'est la question dont il faudrait repartir avant tout réforme du financement. Les trois piliers aujourd'hui sont : divertir, informer et cultiver.

 

Le divertissement n’a pas nul besoin de l'audiovisuel public. C’est une mission qui est parfaitement remplie par le privé.

 

En ce qui concerne l'information, la capacité à informer et entretenir le débat démocratique est importante. L'audiovisuel public, le fait-il bien ? On peut dire qu'il n'y a peut-être pas assez de diversité des opinions. L'audiovisuel public est aujourd’hui trop idéologiquement homogène et c'est un problème. L’audiovisuel public doit assurer le pluralisme des visions, au lieu d’être seulement le porte-voix d’une certaine bien-pensance progressiste. Sinon ce n’est plus l’entretien légitime du débat démocratique mais seulement de la propagande.

 

La culture doit être à mon sens la principale mission d’un audiovisuel public refondé.

 

Si l’audiovisuel public est refondé autour de ses vraies missions et met un terme à ses scandaleuses dérives de coûts, alors faire payer à tous pour ces contenus aura du sens. Exactement comme nous finançons tous, par l’impôt, l’entretien des musées ou des monuments.

 

Les chaînes de service public sont obligées de concurrencer les autres chaînes privées et proposer des grilles de programmes qui se rapprochent de ces dernières (jeux télévisés etc.). Ne devrait-on pas se poser la question de savoir quelles sont les programmes qui nécessitent vraiment le financement public ? Subventionner des programmes d'informations, de société, est-ce une solution envisageable selon vous ?

 

Oui. On pourrait imaginer que plutôt que de financer uniquement des chaînes, on financerait de programmes, des contenus, même sur d'autres chaînes, comme cela existe dans d’autres pays.

 

Les émissions de divertissement, les jeux télévisés… Ces choses-là n'ont pas besoin du service public. Il faudrait, peut-être, dire que l'audiovisuel public n'est pas seulement une chaîne particulière, mais un mode de production qui placerait ses programmes dans différentes chaînes.

 

Quels pourraient être les freins d'une telle mesure ?

 

On ne peut pas faire comme si l’organisation actuelle n’existait pas. C'est un très lourd bateau, avec environ 10 000 personnes qui y travaillent… Il y a beaucoup de difficultés à changer, beaucoup d'habitudes. Il faudrait un dirigeant nommé avec un mandat clair et une volonté de fer pour mener à bien une telle réforme.

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