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Faire appel aux préceptes religieux dans le champ scientifique doit être fait de façon très précautieuse.
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Etre ou ne pas être

Recherche sur l'embryon : pourquoi il faut faire preuve de prudence laïque et scientifique

La proposition de loi que l’Assemblée nationale a voté mardi 16 juillet pourrait modifier la loi bioéthique de 2004 sur la recherche sur l'embryon et les cellules souches.

Alexandra Henrion-Caude

Alexandra Henrion-Caude

Dr Alexandra Caude est directrice de recherche à l’Inserm à l’Hôpital Necker. Généticienne, elle explore les nouveaux mécanismes de  maladie, en y intégrant l’environnement. Elle enseigne, donne des conférences, est membre de conseils scientifiques.

Créatrice du site internet science-en-conscience.fr, elle est aussi l'auteur de plus de 50 publications scientifiques internationales. Elle préside l’Association des Eisenhower Fellowships en France, et est secrétaire générale adjointe de Familles de France.

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A l’heure où un cercle restreint et répétitif de personnalités scientifiques semble concentrer toute l’attention médiatique, je souhaite revenir sur l’urgence qu’il y a de défendre le respect des valeurs qui fondent notre société.

La pratique de la science nécessite un ensemble fondamental de valeurs humaines. Cet ensemble n’est pas exclusif des valeurs de la science. Chaque scientifique se constitue ainsi son propre corpus. Cependant, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’existe pas de socle commun à ces "corpus". Cette pluralité amène chaque scientifique à proposer différentes pistes d’exploration, qu’il se définit au gré d’hypothèses, de matériels d’étude et de techniques. Invoquer les conceptions des différentes religions peut être une source d’inspiration de nouvelles hypothèses à tester mais ne doit pas servir de post-rationalisation à la pensée scientifique, sans risque de tomber dans un obscurantisme "syncrétique". Il existe en effet des limites à toutes recherches, qui sont dictées par les évidences les plus incontournables qui mènent le monde. Le sens de la dignité humaine constitue l’une de ces limites.

La recherche sur l’embryon humain telle qu’elle est proposée dans le projet de loi qui sera voté le 16 juillet prochain constitue l’une de ces limites sociétales qui requiert l’attention de tous les citoyens. L’absence transitoire de sort à ces embryons dits "surnuméraires" ne peut définir la justification de la destruction des organismes qu’ils sont. Il s’agit en effet d’un choix arbitraire qui ne peut trouver de justification ni légale, ni sociétale, ni scientifique. Les partisans de cette recherche invoquent des stades de développement. Or, l’embryon, qu’on le veuille ou non, est bien un organisme vivant engagé dans un processus continu de développement. Les stades définis en biologie, s’ils permettent un repérage utile, ne sont aucun cas la marque d’une discontinuité de ce programme.

Scientifiquement, l’actualité du vote d’une telle loi tombe on ne peut plus mal ! Le 3 juillet dernier, la communauté scientifique s’est enthousiasmée du succès de l’équipe japonaise du Docteur Takebe d’avoir su faire pousser une ébauche de foie fonctionnel à partir de cellules souches adultes humaines à l’intérieur de souris. Ce travail remarquable publié dans la revue Nature et relayé par les médias du monde entier venait confirmer l’avantage scientifique pris par le Japon en matière de médecine régénérative. Déjà, en 2012, un prix Nobel venait saluer la prouesse d’un autre chercheur japonais, le Professeur Yamanaka, d’avoir su contourner les limites éthiques sans toucher à l’embryon humain, en ouvrant la possibilité de "reprogrammer" nos cellules adultes dans un autre type cellulaire. Or, c’est bien au Japon que la recherche sur l’embryon humain est très strictement contrôlée. Il semble que leur juridiction soit dérivée d’observations scientifiques et médicales datant des radiations nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, dont les conséquences dramatiques sur l’embryon humain furent observées dès les premières semaines de son développement.

La France a su inspirer tant de pays par sa Déclaration des droits de l’Homme ! Ayons la prudence laïque et scientifique de ne pas nous prononcer sur l’être ou le non-être de l’embryon humain. Au-delà de toute logique de système politique, encourageons plutôt la prise de conscience de nos députés sur le devoir du fort vis-à-vis du faible qui interdit une destruction en vue d’une instrumentalisation. Les scientifiques japonais nous ont montré qu’en matière de recherche, un résultat supérieur pouvait être atteint par des voies respectueuses de l’intégrité de l’embryon.

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