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Conventions de terrain

Radioscopie de la droite Larcher

Gérard Larcher a mené à travers le pays la convention nationale de "France Territoire" depuis le mois de juin dernier. Il a organisé onze conventions de terrain après la défaite des Républicains lors des élections européennes. Il a présenté ce jeudi le compte rendu de ces réunions pour refonder la droite et le centre.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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Gérard Larcher a donc fini son tour de France : après avoir organisé onze conventions régionales thématisées pour tenter de remettre la « famille de la droite et du centre » en ordre de bataille, il vient de présenter à Sèvres ses principales conclusions synthétisées dans un document de 40 pages, en présence des principaux leaders de la droite-centriste.

Cette présentation, placée sous le signe de la recherche d’une synthèse permettant une alternative de centre-droit à Emmanuel Macron en 2022, a été précédée d’une forte présence médiatique et de la sortie d’un livre (« Contre-pouvoir »). Autant de signes qui, habituellement dans notre vie politique, évoquent une dynamique et une communication annonciatrices d’une candidature à la prochaine présidentielle. Mais quelques jours avant, le président du Sénat avait précisé qu’il ne serait pas candidat, alors que son livre laissait entendre qu’il ne l’excluait pas. Gérard Larcher a finalement clarifié sa position en précisant que seule la logique des institutions (article 7, alinéa 4 de la Constitution) le conduirait, en cas de vacance du pouvoir, à l’Elysée. 

Bien que peu de commentaires aient fuité de la part de ceux qui assistaient à la restitution de la synthèse de Gérard Larcher, on peut en profiter pour faire le point sur les perspectives stratégiques des LR. Il n’est pas anodin que cette restitution se soit déroulée quelques jours avant le premier tour de l’élection du futur président des LR. Si le favori, Christian Jacob qui a reçu le soutien de la grande majorité des cadres du parti, partage avec Gérard Larcher le projet de rassembler encore lui faudra t’il incarner, s’il est élu, ce rassemblement. 

Car assembler la droite aujourd’hui pose plusieurs séries de questions, assez redoutables. La première, et non des moindres c’est de savoir quel est le périmètre de ce rassemblement : s’agit-il de rassembler les LR, qui ont tant de mal à faire vivre depuis 2012 l’adage selon lequel « les gaullistes chassent en meute et ne se dévorent pas entre eux » ? s’agit-il de rassembler les frères ennemis « de la droite et du centre » ? ou encore de faire revenir parmi les LR ceux qui en sont partis ? Sans doute tout cela à la fois. Les propos de Gérard Larcher semblent acter qu’il revient à la droite de réinventer une organisation politique susceptible de permettre le vivre-ensemble à défaut de colmater toutes les brèches. C’est là l’un des points les plus importants pour cette famille politique et néanmoins l’un des moins abordés de front par ses réflexions internes. Une tension existe, en fait, entre certaines données actuelles de notre vie politique et la tradition néo-gaulliste d’une organisation politique de type LR : alors que le gaullisme originel se pensait comme un « mouvement » et que cette terminologie continue d’être utilisée par de nombreux cadres et militants, l’organisation politique née de création de l’UMP puis des LR semble avoir du mal à renouer avec l’idée d’un « mouvement » qui rassemble toutes les couches de la société française. Toutes les organisations politiques « classiques » connaissent une grave crise des vocations et de leur positionnements politiques et l’adhésion à un parti politique n’a plus la même intensité idéologique et la même durée que dans la France du gaullisme. La présidentielle de 2017 a envoyé à ces organisations politiques une terrible injonction de renouvellement. Pour les LR, tout comme pour le PS, la question se pose donc de savoir comment recréer une dynamique de « mouvement politique par le bas », partant non pas seulement des territoires mais surtout des profondeurs du pays.

Une seconde grande question se pose pour la droite et le centre-droit : sur quel socle idéologique et de valeurs le ressourcement partisan et organisationnel peut-il avoir lieu ? Si les fondamentaux d’un socle commun en matières de valeurs économiques semble toujours partagé par « la droite et le centre » (baisse des dépenses publiques, moins de fonctionnaires, moins d’impôts, plus de compétitivité et moins d’Etat), il n’en est pas de même au plan des valeurs sociales, de tout ce qui concerne la tolérance culturelle, l’immigration, les évolutions sociétales. Toutes enquêtes d’opinions montrent que sur ces questions l’électorat des LR est partagé, souvent à mi-chemin entre les opinions des électeurs de LaRem et des électeurs du RN, voire plus proches de ces derniers que des premiers. Mais qu’en est-il des cadres et des dirigeants des LR ? Y a-t-il un gap idéologique sur ces questions entre une partie de l’électorat potentiel de LR et ses principaux dirigeants ? Et qu’en est-il des différences territoriales au sein de l’organisation sur toutes ces questions.

Ces questions posent en filigrane celles de la stratégie de moyen terme des LR : s’agit-il de s’affirmer et de se remettre en ordre de bataille suffisamment pour stopper la spirale négative ? de se redresser suffisamment pour que, même réélu en 2022, Emmanuel Macron soit obligé de faire coalition officiellement avec les LR ? de reprendre le siège à l’Elysée ? Les élections municipales puis la série des autres élections locales d’ici 2022 donneront de précieuses indications sur cet horizon multiple..

Last but not least : pour incarner un projet de droite/centre-droit à Emmanuel Macron en 2022 il faudra sortir une artillerie très lourde non seulement en termes d’incarnation d’un ou une candidat(e) mais surtout en termes de projet. Non pas un catalogue de mesures, mais un projet : c’est-à-dire une vision qui explique aux Français où allons-nous et pourquoi Emmanuel Macron ne peut y parvenir. Il y a un pain sur la planche et un effort intellectuel solide à produire ! 

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