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Racisme : la police au banc des accusés ?

Patrick Visser-Bourdon et Jean-Marie Godard publient "Une vie de flic : Un commissaire de combat" aux éditions Fayard. Le commissaire Patrick Visser-Bourdon fait tout pour rétablir le lien entre police et population afin de ramener le calme et faire respecter la loi de la République. Il s’appuie sur son expérience dans l’antiterrorisme, aux "stups" et lors du démantèlement de la " Jungle" de Calais qu’il a piloté. Extrait 1/2.

Jean-Marie Godard

Jean-Marie Godard

Jean-Marie Godard est journaliste depuis 1990. Reporter durant vingt ans au bureau français de l'agence Associated Press, il exerce aujourd'hui sa profession en indépendant et est l'auteur du livre Paroles de flics (Fayard, 2018), une plongée dans le quotidien des policiers de base pour raconter l'humain derrière l'uniforme. Il est également co-auteur, avec Antoine Dreyfus, de La France qui gronde (Flammarion, 2017), road-trip au travers du pays.

Voir la bio »Patrick Visser-Bourdon

Patrick Visser-Bourdon

Patrick Visser-Bourdon est commissaire dans l’Essonne, en banlieue parisienne. Passé par le SRPJ de Versailles, l’antiterrorisme au 36 quai des Orfèvres et la brigade des stupéfiants, il a également été en poste à Calais pendant plus d’un an, où il a piloté le démantèlement de la Jungle fin 2016.

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25 mai 2020. Une photo, puis une vidéo, se répandent comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. La scène se déroule à Minneapolis, dans le Minnesota, aux États-Unis. Près de la roue d’un véhicule de police, un flic blanc écrase le cou d’un homme noir face contre terre sur le bitume. Le policier, impassible, a une main dans la poche. L’homme au sol s’appelle George Floyd et décède au bout de huit minutes, après avoir dit à plusieurs reprises qu’il étouffait. La scène est atroce. Manifestations, émeutes, les nuits américaines s’embrasent à Minneapolis, mais aussi dans d’autres villes. Cette interpellation est un meurtre. Il est normal que le racisme qui s’en dégage provoque une onde de choc dans le monde entier. En France, des rassemblements et des défilés sont également organisés à partir du 2 juin. Pour protester contre la mort de George Floyd. Mais pas seulement.

Plusieurs organisations –  en tête desquelles le Comité vérité et justice pour Adama, porté par Assa Traoré, la sœur d’Adama Traoré, mort après son interpellation par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise en 2016, affaire très médiatique et dont le traitement judiciaire est toujours en cours – font le parallèle entre ces deux décès. Mettant les polices américaine et française sur un pied d’égalité dans le racisme et les violences illégitimes. La police française est accusée de les ériger en système, elle aussi. La France serait même, selon certains, pire que les États-Unis. Je ne doute pas que des milliers de jeunes qui ont alors manifesté dans les rues étaient pleins de sincérité. Ce qu’ils ignorent, c’est que le mouvement en France est, une fois de plus, porté par plusieurs organisations dont la détestation de la police ne fait aucun doute. Le combat – légitime – est de ce fait même teinté d’une autre cause profondément anti-flics. Sur les réseaux sociaux, des collègues issus de l’immigration essuient des propos violents et racistes, comme Linda Kebbab, policière et porte-parole du syndicat Unité SGP-FO, traitée notamment, pour la plus douce des insultes, d’« Arabe de service », sur Twitter. Et je passe sur le sexisme et la misogynie des commentaires qu’elle reçoit par ailleurs sur son fil. Le 2 juin, lors de la manifestation qui se tient devant le palais de justice à Paris, un policier noir est traité de « vendu » par des manifestants et a, depuis, porté plainte. Le samedi 6 juin, la scène se reproduit lors d’un défilé « antiraciste » et vise cette fois-ci un gendarme mobile : « Vendu, sale vendu ».

«  La police nationale n’est pas parfaite, et les bonnes âmes sont bienvenues pour l’améliorer. Mais nous ne laisserons pas nos frères d’armes être traités de racistes, et nous de victimes consentantes. Nous refusons l’affirmation que “La police est raciste” », s’insurgent une soixantaine de collègues issus de la diversité, dans une tribune collective publiée dans Marianne le 11 juin 2020 (Tribune «  Nous, policiers issus de la diversité, ne sommes pas des “vendus”, des “Nègres de maison” ou des “Arabes de service” »). Je souscris totalement à leurs propos.

Plusieurs choses doivent être dites, et clairement. La première, c’est que personne ne devrait mourir lors d’une interpellation. Les techniques en la matière se discutent et font désormais débat. Une scène, juste une. Un jeune flic sorti d’école se retrouve en équipage sur un appel au 17 police-secours. Une femme battue, des violences conjugales. Le compagnon, ivre, a failli tuer son épouse. La porte ouverte de l’appartement laisse apparaître un type costaud, agressif, qui refuse de se laisser interpeller. Comment faire ? Le jeune policier lui envoie un coup de gaz lacrymogène à la figure et, avec ses deux collègues, lui saute dessus pour tenter de le maîtriser. Les trois flics se débattent avec ce gars violent, bourré, tandis que la femme pleure, recroquevillée dans un coin du couloir, alors que le bruit de la sirène des pompiers qui arrivent se fait entendre. Le mec ivre gigote toujours et finit en position de plaquage ventral, face contre terre sur la moquette. Pendant qu’un policier maîtrise les jambes, le jeune flic a posé un genou sur son dos et pèse pour attraper les bras avec l’un de ses collègues pour tenter le menottage. Le plaquage ventral s’apprend, comme la technique dite de l’étranglement, qui se nomme en fait « prise arrière ». Cette technique, si elle est mal maîtrisée, peut mal finir, comme toute action violente, même en sport de combat. Mais lors d’une interpellation violente, face à quelqu’un de fort, qui se montre très agressif, menace les collègues, la technique s’appelle plutôt « Je fais comme je peux », même s’il y a des briefings et des retours d’expérience pour améliorer les choses. Cela dit, des interpellations, il y en a tous les jours, et les décès, dramatiques, sont heureusement très rares. En France, jamais un policier ne resterait sur le cou, pesant sur la carotide d’une personne au sol, pendant huit minutes. Les morts lors d’interpellations aux États-Unis, qui se font aussi par balles, ne peuvent pas se produire en France.

La deuxième chose : il n’y a pas de racisme institutionnel dans la police française. Il y a des racistes dans la police, des gens qui tiennent des propos déplacés, parfois inacceptables, mais qui représentent une minorité. Il est vrai que, il y a une trentaine d’années encore, la police en France était « trop blanche », insuffisamment diversifiée. Elle n’était donc pas à l’image réelle de la société. Mais elle s’est ouverte. En 1997, les emplois-jeunes ont suscité beaucoup de vocations parmi la jeunesse issue de l’immigration, venue notamment des cités. Aujourd’hui, la police est diverse, et cette diversité se renouvelle au travers des adjoints de sécurité. Il est tout de même incroyable que des militants qui pointent une police qui serait foncièrement raciste traitent de « vendu » et de « traître » un policier noir ou d’origine maghrébine.

Mettre un genou à terre en signe de solidarité, je peux le comprendre. Mais je ne le ferai pas. Tout simplement parce que nous avons en face de nous des gens qui ne sont pas honnêtes dans leur combat. Parmi ces militants, certains se lâchent sur les réseaux sociaux, tiennent des propos et profèrent des insultes racistes à l’encontre de certains de mes collègues : « Noir de maison », « Noir de service », « Arabe de service », etc.

Si un seul de mes hommes tenait des propos racistes, je serais intransigeant. J’attends la même intransigeance de la part de ceux qui prétendent combattre le racisme, alors qu’ils ne veulent qu’une seule chose : notre disparition.

Voilà pour les accusations de racisme. Revenons aussi à la question de la violence, puisque ce sujet est récurrent, surtout à propos des opérations de maintien de l’ordre. Petit retour en arrière nécessaire.

A lire aussi : Violence contre un producteur : qui saura reprendre en main l’encadrement de la police ?

Extrait du livre de Patrick Visser-Bourdon et Jean-Marie Godard, "Une vie de flic: Un commissaire de combat", publié aux éditions Fayard

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