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Quand les justiciers progressistes prennent leur propre caricature au sérieux : l’étude du cas Rokhaya Diallo
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

La réalité dépasse la caricature

Quand les justiciers progressistes prennent leur propre caricature au sérieux : l’étude du cas Rokhaya Diallo

Lorsque la militante Rokhaya Diallo rediffuse un tweet caricaturant son propre camp, le doute est permis entre l’autodérision et l’adhésion. Mais la facilité à confondre les discours progressistes satiriques et les discours réels en dit long sur le caractère souvent guignolesque de ces derniers.

Nicolas Moreau

Nicolas Moreau

Diplômé d'école de commerce, Nicolas Moreau a exercé en tant qu'auditeur pendant une décennie, auprès de nombreux acteurs publics, associatifs et privés.

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Quand la parodie devient plus vraie que nature, même les pires idéologues s’y laissent prendre. D’où la drôle de mésaventure vécue par Rokhaya Diallo, militante décoloniale autoproclamée antiraciste, et visage célèbre des SJW made in France.

Les SJW, ce sont les Social Justice Warrior, que l’on peut traduire par « guerriers pour la justice sociale », des militants de gauche défendant outrancièrement des causes qu’ils jugent progressistes : défense des minorités, lutte contre le racisme d’Etat et le contrôle au faciès, antispécisme, véganisme, intersectionnalité, etc. Eux se désignent plus volontiers sous le terme de Woke, qui signifie « éveillés ».

Chouchous des plateaux TV, où leur radicalité promet des clashs télégéniques, ils sont pour certains financés directement par le gouvernement américain, ou par des mécènes d’outre-Atlantique, qui partent du postulat que la France est un pays fondamentalement raciste qui a besoin de contradicteurs internes. La charismatique Rokhaya Diallo a ainsi été repérée dès 2010 par le programme américain Young Leaders.

Aux USA, les SJW empoisonnent le débat public depuis des années, en usant de techniques de censure et de pression poussant les moins endurants au silence. Pour contrer ce politiquement correct de plus en plus oppressant, les comptes parodiques font florès.

L’un d’entre eux, Titania McGrath, a été créé par le comédien Andrew Doyle. Son personnage se décrit comme une poète intersectionnelle radicale de 24 ans, féministe, et militante de la justice sociale. Ses tweets radicaux et caricaturaux ont un succès fou auprès de ses 408 000 followers. Parmi les perles de Titania, on peut citer : « Un encadrement militant, par l’Etat, de l’expression des citoyens est un faible prix à payer pour imposer une société tolérante », ou encore « Si vous ne retweetez pas une femme de couleur queer au moins une fois toutes les dix minutes, vous êtes probablement un fasciste. »

Cette parodie est si populaire qu’Andrew Doyle en a tiré un livre, et une émission de comédie. Son compte est devenu une arme de destruction massive ridiculisant les SJW outre-Atlantique.

Le 14 janvier, Titania tweetait : « Si quelqu’un vous demande une preuve de racisme, dites leur juste que réclamer une preuve de racisme est une preuve de racisme. A vous de jouer, bigots ! ». C’est ce tweet que Rokhaya Diallo a retweeté.

Il est possible qu’elle ait fait preuve d’une grande autodérision en partageant l’humour visant à humilier son camp. Il est également possible qu’elle ait retweeté ce compte parodique par adhésion à ses discours caricaturaux. Seul un procès d’intention permettrait de juger, et ce n’est pas l’idée du présent article. Laissons le doute bénéficier à notre militante nationale.

La mésaventure de Rokhaya Diallo est intéressante toutefois, car elle met en lumière le caractère outrancier et caricatural des vrais discours progressistes de ces SJW. Car après tout, si on compare les combats du compte parodique de Titania sur le véganisme ou le féminisme, à certains combats réels de Rokhaya Diallo sur la couleur des pansements, des ballerines ou de la crème solaire (rappelant aux personnes noires que la France les ignore), il est difficile de savoir qui est la caricature et qui se prend au sérieux.

Nous pardonnerons donc volontiers à Rokhaya Diallo de s’y être laissée prendre. Dans notre époque de gorafisation du réel, les caricatures peinent à suivre le rythme effréné de la folie ambiante, et la confusion est facile.

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