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Quand la crise révèle la défaite de la pensée monétaire en Europe

Les autorités monétaires américaines et européennes ont brillé par leur passivité pendant la crise, ne réagissant que bien tardivement. Après 4 années de crise, le sujet n’est toujours pas en première ligne au sein d’une Europe totalement incapable de revenir sur un mandat octroyé 15 ans plus tôt.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Le printemps 2007 aura été le témoin du point de départ d'une crise enclenchée par la perte de confiance des investisseurs sur des emprunts immobiliers américains. Ce phénomène ne peut expliquer l'ampleur de cette crise qui raisonne encore au cours de l'année 2012. La succession de ses conséquences met en avant les faiblesses d'une pensée monétaire obsolète, dont les certitudes ont été le réel moteur de cette crise. Les récents développements académiques résultant d'observations actuelles mais aussi passées permettent de briser ces certitudes, mais aussi d’entrevoir une évolution de la pensée économique et monétaire.

La crise des subprimes, provoquant l’éclatement de la bulle immobilière américaine, est en effet le point de départ d'une perte de confiance des investisseurs qui entrainera la croissance économique vers des terrains récessionnistes. A partir de ce moment, la succession des évènements ne trouveront leur cause réelle que dans la faiblesse des réponses apportées par les banques centrales à un phénomène pourtant connu. 

Les autorités monétaires américaines et européennes ont brillées par leur passivité, ne réagissant que bien tardivement à une situation semblable aux années 30 et au Japon des années 90. Ces références passées nous apportent un enseignement majeur, la chute du PIB nominal en territoire négatif transforme une récession en dépression. (Le PIB nominal étant la somme de la croissance et du niveau d'inflation). Les deux précédents cités, phénomènes économiques les plus graves de notre passé monétaire auraient dû avertir nos autorités, et les pousser à agir en amont.

Bien au contraire, les banques centrales n'ont réagi que trop tardivement et trop faiblement (aux Etats Unis), et même à contre-courant (en Europe). Cette passivité s’explique par la croyance, la peur, de générer de l'inflation par leur action. La pression du congrès aux Etats Unis et de nombreux acteurs économiques, les statuts de la banque centrale Européenne,  ont freiné toutes les mesures nécessaires, et ce malgré un président de la banque centrale américaine, Ben Bernanke, très au fait de cette situation. (Ben Bernanke, universitaire de talent a longuement travaillé sur la crise de 29, et a publié de nombreuses analyses sur la situation au Japon).

En 2007, L'inflation affiche des niveaux similaires aux crises historiques évoquées, soit un niveau faible, de l’ordre de 2%. La chute de confiance entraine alors une baisse de l’activité, du niveau de croissance, et finalement de l’inflation. La conséquence de la chute du PIB nominal (inflation  + croissance) vers le seuil fatidique de 0 est d’entrainer les acteurs économiques à se désengager de tout investissement et arbitrent en achetant de la dette d’Etat, plus sure, propulsant ainsi les taux à des niveaux extrêmement bas.

La destruction de valeur économique est alors gigantesque, fermeture d’usines, hausse du chômage, transfert du poids de la crise vers le secteur public, alourdissant les niveaux de dettes des états alors que ces derniers sont privés de croissance. La réaction américaine, largement décriée, de soutenir l’économie par l’injection de monnaie n’a alors qu’un but, restaurer la confiance en contrant la destruction de valeur par la création monétaire. Les inflationophobes hurlent au scandale, voyant ici le point de départ de l’hyper inflation et de la ruine à venir. Pourtant, rien ne se passe, l’inflation reste faible, et les plans d’assouplissements quantitatifs permettront au contraire une accalmie de la situation (à partir de mars 2009 et de septembre 2010 à juin 2011 aux Etats Unis, de décembre 2011 à mars 2012 en Europe avec les LTRO). 

Chaque arrêt de ces plans enclenche une nouvelle crise, poussant les taux des Etats sains vers le bas, et ceux des états les plus fragiles vers le haut. Les mois passent et font basculer Un Etat du statut de valeur sure à la défiance. Les marchés actions chutent quant à eux à chaque étape. La simple observation démontre que ces plans ont été efficaces mais trop timides, n’ayant permis qu’une accalmie et non la guérison. Cette succession d’évènements n’est évidemment pas la conséquence des subprimes, mais sont les effets très précis d’une politique monétaire trop stricte. Celle-ci doit pouvoir suivre les développements de la croissance nominale au plus près, et tout retard à agir transforme une politique adéquate en un étau insoutenable pour les agents économiques.

La stimulation de la demande est du ressort des banques centrales à travers le monde, mention qui figure pourtant dans tout livre de macroéconomie. Après 4 années de crise, le sujet n’est toujours pas en première ligne au sein d’une Europe totalement incapable de revenir sur un mandat octroyé 15 ans plus tôt.

Les économistes, les politiques, doivent pouvoir admettre que cette crise n’a été la conséquence que d’une politique monétaire trop stricte, et qu’elle continue de l’être. Elle n’est ni une crise de la dette, ni une crise financière, mais une crise de la pensée monétaire. 

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