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Quand l'arme du pouvoir d'achat creuse le déficit, mais éloigne le risque de récession
©LUCAS BARIOULET / AFP

Climat d'inquiétude

Quand l'arme du pouvoir d'achat creuse le déficit, mais éloigne le risque de récession

Quel contraste en cette année qui s’achève et le millésime précédent !

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Fin 2017, l’euphorie prévalait avec une croissance supérieure aux prévisions et des économistes qui prédisaient encore un avenir radieux, dominé par une croissance qui, même avec un léger ralentissement, était amenée à se poursuivre. Douze mois plus tard, c’est la désillusion avec  la dernière décision de la Fed qui continue à vouloir croire dans l’expansion aux Etats-Unis en relevant pour la quatrième fois cette année le loyer de l’argent car la pénurie se poursuit sur le marché du travail américain, contribuant du même coup à la hausse des salaires génératrice d’inflation. Mais parallèlement, le déficit se creuse Outre-Atlantique, l’endettement des entreprises atteint des sommets, les tensions sur le marché du travail contribuent à ralentir la production , tandis que les exportations sont pénalisées par le dollar fort et que la guerre commerciale entre Pékin et Washington génère un climat d’inquiétude pour l’avenir.
Conséquence immédiate : les marchés boursiers piquent du nez. En moins de trois semaines, 3700 milliards de dollars se sont volatilisés sur la planète, faisant du mois de décembre le pire que les marchés aient connu depuis 2002, sans que l’on puisse prévoir un retour rapide au calme. C’est dans ce climat particulièrement fébrile que la politique gouvernementale française vient de prendre un nouveau cap à la suite de la révolte des gilets jaunes. Pour calmer la colère de cette franche active de la population, largement soutenue par l’opinion, le gouvernement a lâché du lest en ouvrant les cordons de la bourse, malgré les contraintes budgétaires. En quelques jours, une dizaine de milliards d’euros ont été promis pour améliorer le pouvoir d’achat. La distribution ne se fera pas grâce aux ressources tirées de la croissance anémique que l’on enregistre présentement, mais bien à crédit, en aggravant la situation financière du pays. L’impact des nouvelles mesures ne peut être vraiment chiffré pour l’instant, car l’impression prévaut que les dépenses ne sont plus tout à fait sous contrôle malgré les proclamations officielles selon lesquelles il ne faut pas obérer une situation qui condamnerait le programme de réformes que le pouvoir entend maintenir contre vents et marées. L’augmentation brutale annoncée des salaires pour les policiers et les forces du maintien de l’ordre donne à penser qu’il sera difficile de ne pas accorder des rallonges aux traitements d’autres catégories de la fonction publique, alors même que les projets de transformation du gouvernement n’ont pas encore été mis en œuvre. Déjà la loi de finances pour 2019 votée par l’assemblée prévoit un déficit de 107,5 milliards pour l’Etat, alors qu’on ne connait pas encore l’impact réel des largesses accordées. Pour l’instant, les dépenses seront supérieures de 37% aux recettes attendues, recettes, qui pourraient d’ailleurs être inférieures aux prévisions si le ralentissement économique se poursuit. Déjà l’on sait qu’il faudra emprunter l’an prochain au moins deux cents milliards, un record absolu, avec des taux qui vont remonter au-delà des 53 centimes à l’émission qui avaient pu être exceptionnellement obtenus cette année. Le gouvernement se console en estimant, avec finalement l’aval de Bruxelles, qu’il vaut mieux creuser temporairement – on l’espère – le déficit, afin de faire un contre-feu aux tendances récessionnistes que la situation internationale fait naître avec le ralentissement prononcé de l’Allemagne, de  l’Italie et la menace d’un brexit dur en Grande-Bretagne. 
Il reste que l’on ne peut s’en tenir aux seules considérations financières, car les événements français ont déjà bien d’autres conséquences sur le plan politique. On assiste au retour de l’élu local, vilipendé pendant plus d’un an, mais qui, clin d’œil de l’histoire, était souvent à l’origine des ronds-points. L’ancien monde revient en force pour prendre sa revanche. Nul ne sait jusqu’où les événements le porteront.

 

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