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L'aéroport de Berlin.

L'envers du décor

Quand l’Allemagne échoue méchamment : ce qui se cache aussi parfois derrière le mythe de la qualité et du sérieux du "Made in Germany"

Empêtrée, ralentie ou bloquée à cause de complications politico-administratives invraisemblables, la construction du futur aéroport de Berlin voit ses coûts dépassements et ses délais de réalisation exploser. Outre-Rhin, les gros projets d'équipements publics sont souvent mal conçus et mal gérés.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Censé accueillir 27 millions de passagers par an, l'aéroport international Willy Brandt de Berlin devait ouvrir ses portes en juin 2012, mais contre toute attente, le "made in Germany" a montré ses limites, transformant en fiasco ce qui devait être un événement majeur pour la capitale allemande. A l'automne 2011, des experts en logistique, en sécurité et en aviation ont constaté des dysfonctionnements à la pelle dans de nombreuses zones du terminal, notamment après avoir simulé un incendie. Le résultats des tests a révélé un dispositif inquiétant, sinon catastrophique.  

Pour répondre à la faiblesse du système de détection des flammes et de la fumée, les responsables de ce chantier bancal ont proposé de poster des travailleurs sous-payés vêtus de gilets orange aux quatre coins de l'aéroport, dont la mission serait de prévenir les autorités compétentes avec leurs téléphones portables en cas d'incendie… 

Cette solution de fortune a rapidement été qualifiée de "plan idiot" par Martin Delius, physicien et membre du parlement berlinois, qui a mené des investigations poussées sur les problèmes d'infrastructure de l'aéroport. Ce genre d'écueil peut en effet sembler plus que surprenant au regard de la fiabilité et de l'efficacité souvent attribuées aux entreprises outre-Rhin. 

Dans un article récent, un éditorialiste du site Bloomberg View rapporte un autre exemple de défaillance du "made in Germany", cette fois-ci à une autre échelle, en s'intéressant aux prestations d'une jeune start-up. Calqué sur le modèle du site américain "Instacart", la société "Shopwings" propose aux clients de composer leur panier de courses sur internet, et de livrer rapidement ces achats à leur domicile pour moins de 5 euros. 

Lors de sa première commande, le journaliste a constaté que la moitié des produits commandés manquaient, et lui ont été livrés en deux heures. Contrairement à ses espérances, la deuxième livraison était encore moins fiable que sa première tentative : près de trois heures d'attente, des produits livrés mais pourtant jamais commandés, et un livreur à la limite de la politesse. 

Selon Bloomberg View, une telle défaillance dans la qualité du service résulte d'un manque d'adaptation aux nouveaux modèles économiques qui bourgeonnent grâce à internet, et qui rencontrent un franc succès en Asie et aux Etats-Unis. 

Censé accueillir 27 millions de passagers par an, l'aéroport international Willy Brandt de Berlin devait ouvrir ses portes en juin 2012, mais contre toute attente, le "made in Germany" a montré ses limites, transformant en fiasco ce qui devait être un événement majeur pour la capitale allemande. A l'automne 2011, des experts en logistique, en sécurité et en aviation ont constaté des dysfonctionnements à la pelle dans de nombreuses zones du terminal, notamment après avoir simulé un incendie. Le résultats des tests a révélé un dispositif inquiétant, sinon catastrophique. Pour répondre à la faiblesse du système de détection des flammes et de la fumée, les responsables de ce chantier bancal ont proposé de poster des travailleurs sous-payés vêtus de gilets orange aux quatre coins de l'aéroport, dont la mission serait de prévenir les autorités compétentes avec leurs téléphones portables en cas d'incendie… Cette solution de fortune a rapidement été qualifiée de "plan idiot" par Martin Delius, physicien et membre du parlement berlinois, qui a mené des investigations poussées sur les problèmes d'infrastructure de l'aéroport. Ce genre d'écueil peut en effet sembler plus que surprenant au regard de la fiabilité et de l'efficacité souvent attribuées aux entreprises outre-Rhin. Dans un article récent, un éditorialiste du site Bloomberg View rapporte un autre exemple de défaillance du "made in Germany", cette fois-ci à une autre échelle, en s'intéressant aux prestations d'une jeune start-up. Calqué sur le modèle du site américain "Instacart", la société "Shopwings" propose aux clients de composer leur panier de courses sur internet, et de livrer rapidement ces achats à leur domicile pour moins de 5 euros. Lors de sa première commande, le journaliste a constaté que la moitié des produits commandés manquaient, et lui ont été livrés en deux heures. Contrairement à ses espérances, la deuxième livraison était encore moins fiable que sa première tentative : près de trois heures d'attente, des produits livrés mais pourtant jamais commandés, et un livreur à la limite de la politesse. Selon Bloomberg View, une telle défaillance dans la qualité du service résulte d'un manque d'adaptation aux nouveaux modèles économiques qui bourgeonnent grâce à internet, et qui rencontrent un franc succès en Asie et aux Etats-Unis.

Atlantico : En Allemagne, les mouvements sociaux connaissent un regain d'intensité, avec d'importants grèves qui durent depuis un an et demi, quels impacts ont ses mouvement sociaux sur la société ? Comment sont-ils gérés par les politiques ?

Éric Verhaeghe : En Allemagne, la dissociation entre mouvement social et contestation politique est forte. Rappelons que la loi allemande interdit tout appel à la grève sur des motifs autres que la défense immédiate de l'intérêt des salariés. Les Allemands tendent donc à jouer le jeu des relations sociales sans ménagement: les salariés y défendent leurs droits face à un patronat qui défend ses intérêts, avec de faibles implications de la part du pouvoir politique. C'est tout l'inverse de ce qui se passe en France où le pouvoir exécutif est supposé le garant des relations sociales. Cette situation s'est durcie en Allemagne avec la politique de modération salariale et de "zéro déficit" qui joue sur le niveau de vie. De façon tout à fait consciente, les autorités allemandes imposent une politique de compétitivité destinée à favoriser les exportations allemandes. Cette politique a porté ses fruits: la balance commerciale allemande le prouve. Toutefois, elle impose une saignée à la société allemande, avec une profusion d'emplois à bas salaires qui compliquent singulièrement le jeu social.

Après l'aéroport de Berlin Brandenbourg, un autre projet ambitieux semble accuser du retard et des coûts hors de contrôle. C'est le projet de l'ensemble Philmarmonique de Hambourg. Dans quelle mesure notre vision est-elle biaisée s'agissant du fameux Made in Germany ?

C'est le paradoxe français. Longtemps le discours pro-européen a caché la volonté de reconstruire un continent où l'Allemagne serait "encadrée". Depuis la chute du Mur, la fascination pour l'Europe a changé de nature: elle épouse de plus en plus les contours d'une adoration aveugle pour l'Allemagne vécue en France comme une nation supérieure en tous points. Mais les projets ruineux, ratés, mal conçus, sont légion en Allemagne. Contrairement aux publicités répétitives pour la "Deutsche Qualität" que l'on voie en France, l'Allemagne est très loin d'avoir atteint son optimum en termes de qualité et d'efficacité, surtout dès qu'il s'agit de projets ambitieux et complexes. Mais regardez aussi la catastrophe de la German Wings, qui a permis de découvrir les innombrables manquements aux procédures les plus élémentaires de sécurité. Il n'y a guère qu'en France où la "qualité allemande" a rang de mythe collectif.

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