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Dalil Boubakeur et François Hollande à la Grande Mosquée de Paris.
©Reuters

C'est quoi la France ?

Quand Dalil Boubakeur se frotte aux pièges de l'emploi du mot "diversité"

Le recteur de la Grande mosquée de Paris est plein de bonnes intentions. Mais l'enfer en est pavé. Jean-Luc Mélenchon et François Baroin viennent à son secours, à grand renfort d'exorcisme inefficace.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Dalil Boubakeur est un homme de bien. Sage et modéré. Il l'a prouvé en condamnant avec la plus extrême fermeté le carnage perpétré à Paris. Il a même fait plus, en conviant les fidèles musulmans à manifester vendredi contre les assassins de Daech. Il y a encore quelques temps, par exemple en janvier dernier, il était hors de question de demander aux musulmans de protester contre les tueurs. Car le dogme voulait qu'ils ne soient ni coupables, ni responsables, des horreurs commises en invoquant le nom d'Allah. Saluons cette incontestable avancée.

Mais un musulman, tout comme un Boubakeur, peut en cacher un autre. Il y a le Boubakeur qui dans son communiqué appelle à manifester contre le terrorisme. Le Boubakeur qui déclare son attachement à la France. C'est normal et c'est la moindre des choses. Mais il y a aussi un autre Boubakeur. Celui qui dans le même communiqué veut mobiliser les fidèles contre l'"amalgame". Celui qui aime la France et, c'est dit dans le même souffle, "sa diversité".

"Amalgame", "diversité"… Ces deux mots étaient-ils vraiment indispensables ? Un citoyen français – c'est ce qu'est le recteur de la Grande mosquée de Paris – pourrait se contenter de dire qu'il aime son pays et de rejeter l'horreur terroriste. On sait que dans la religion musulmane, le jésuitisme, synonyme d'une façon de façon particulièrement tordue, est supposé ne pas exister. Dalil Boubakeur a donc bien lu nos classiques.

On comprend bien que parler de "diversité" et d'"amalgame" s'inscrit dans une stratégie de communication visant à ramener le plus grand nombre de fidèles devant la Grande mosquée. Des êtres sensibles et complexes qui ne peuvent se satisfaire des mots "France" et "terrorisme". Fort heureusement pour Dalil Boubakeur, la préfecture de police a interdit ce rassemblement pour des raisons de sécurité. Ça tombe plutôt bien. Car il aurait été pathétique de compter les trois pelés et les quatre tondus (pardon, les quatre barbus et les trois voilées) qui auraient répondu présent.

Mais c'est évidemment la référence à la "diversité" qui pose problème. Ce mot est redoutable car à double tranchant. Que dirait en effet M. Boubakeur si on lui rappelait que les terroristes d'hier et d'avant-hier étaient tous issus de la "diversité" ? Le pauvre… Sans doute botterait-il en touche en répétant que "ce n'est pas l'islam".

Ne lui jetons pas la pierre. Il n'est pas tout seul, loin de là, à user de cet exorcisme par ailleurs totalement inefficace. Jean-Luc Mélenchon a dit de sa voix forte : "ça n'est pas l'islam". Il a été battu, distancé, par un ancien bébé-Chirac qui a pris de l'âge, ce qui ne se confond pas du tout avec une prise d'intelligence : François Baroin. Les médias, hélas, ne s'intéressent pas trop à lui. C'est dommage. Car en cette période tragique, un peu de comique ne peut faire que du bien.

Après avoir sacrifié au rite du "ça n'a rien à voir avec l'islam", François Baroin a explicité cette lumineuse pensée. "Les hommes de Daech sont drogués et avinés". "Avinés" ? Mais c'est l'évidence même ! Les djihadistes avaient certainement programmé leur séjour à Paris pour l'arrivée du beaujolais nouveau. Ils voulaient se bourrer la gueule afin de communier avec la France du pinard, c’est-à-dire la France éternelle. Ils se sont juste trompés de quelques jours. 

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