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©LUDOVIC MARIN / AFP

Arsenal judiciaire

Projet de loi séparatisme : un arsenal qui alterne entre le trop et le trop peu

Le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux ont présenté, dans les colonnes du Figaro, certaines mesures du futur projet de loi sur le séparatisme. Le contenu de cette loi permet-il de mieux comprendre la manière dont le gouvernement gère le problème des séparatismes ?

Emmanuel  Razavi

Emmanuel Razavi

Diplômé de Sciences politiques, Emmanuel Razavi est grand reporter. Spécialiste du golfe persique, il a notamment collaboré avec Planète, Arte, M6, France 24, Valeurs Actuelles, le Figaro Magazine, le Spectacle du Monde et Paris Match. Il est auteur de plusieurs essais et  documentaires sur le Proche et le Moyen-Orient.

Il dirige le média FILD.

Son dernier ouvrage, coécrit avec Alexandre del Valle, Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, est paru en novembre 2019 aux éditions de L'Artilleur. 

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Emmanuel Razavi est grand reporter, directeur de la rédaction du site d’information GlobalGeoNews.com et spécialiste de l’organisation islamiste des Frères Musulmans. Auteur de plusieurs livres remarqués sur le sujet, il a réalisé de nombreuses enquêtes sur les milieux islamistes et djihadistes pour des chaines de télévision comme Arte, Planète ou M6, ainsi que pour le Figaro Magazine ou Paris-Match. Il répond à nos questions sur les annonces faites par Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti quant au projet de loi sur les séparatismes.

Atlantico.fr : Le projet de loi sur les séparatismes arrive bientôt au Conseil des Ministres. Dans un entretien croisé au Figaro, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti et le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, nous permettent d’en apprendre un peu plus sur ce que contiendra le texte. Son contenu concerne-t-il réellement les séparatismes ? Quont-ils annoncé du contenu de la loi ?

Emmanuel Razavi : Ce texte vise particulièrement des organisations qui sont liées au salafisme et aux Frères Musulmans. Le terme séparatisme n’est donc pas celui qui convient. En effet, les Frères Musulmans et les salafistes ne veulent en aucun cas se séparer de la République, car ils sont dans une logique de conquête. L’organisation des Frères Musulmans, dans ses textes historiques, explique qu’elle veut instaurer la charia partout où vit un musulman. Son projet, islamo-politique, est de prendre le pouvoir par les urnes si possible, et sinon par le biais de l’action violente. Les actions du gouvernement sont donc louables, mais il ne nomme pas les choses telles qu’elles sont.

Ce projet de loi devrait notamment faire état de mesures ayant pour but de lutter contre la haine en ligne. C’est très bien s’il s’agit de mettre un terme aux agissements des voyous qui harcèlent la jeune Mila ou les journalistes qui dénoncent la dérive islamiste.

Mais faut-il aussi bien définir le mot « haine ». Car à l’inverse, est-ce que cela veut dire que l’on n’aura plus le droit de critiquer les dérives extrémistes d’une religion ? Si tel est le cas, c’est hasardeux.

Monsieur Dupond-Moretti veut par ailleurs que soient immédiatement placés devant la justice tous ceux qui contribuent à colporter cette haine. Il a raison. Mais ce n’est pas si simple. En effet, si l’on considère le cas de Charlie Hebdo, pour les uns les caricatures constituent un contenu haineux, alors que pour les autres elles constituent simplement un acte satirique. Autre exemple : récemment, le maire de Dijon François Rebsamen a tenu des propos calomnieux sur notre rédaction, car nous avons parlé dans un reportage de ses liens avérés avec un imam lié à l’organisation islamiste des Frères Musulmans. L’un de ses termes à notre encontre, peu aimable, a été repris sur les réseaux sociaux, ce qui a fait de nous la cible de certaines personnes liées à la sphère islamiste. Quand on sait les menaces dont sont victimes certains journalistes de la part des islamistes, doit-on considérer les propos du maire de Dijon comme une incitation à la haine contre les journalistes ? Ce genre de questions méritent d’être posées dans le cadre de ce projet de loi, sans pour autant se laisser aller à des positions excessives.

Quest-ce que le contenu de cette loi nous révèle de la manière dont le gouvernement gère le problème des séparatismes? Certains politiques ferment-il les yeux au lieu de réagir ?

Cela fait trente ans que les gouvernements successifs n’ont rien fait, malgré les mises en garde du renseignement français et les nombreux reportages et livres sur le sujet. Il faut donc se réjouir de la volonté d’Emmanuel Macron de faire front, car il a la volonté de répondre à la menace islamiste en France en s’attaquant à sa matrice idéologique. Il a pris conscience que l’islamisme s’était infiltré au cœur du tissu associatif, au sein de l’Éducation Nationale et dans certains milieux politiques. Toutefois, lorsque l’on veut dissoudre une association comme le CCIF, qui a fait énormément de lobbying dans ces milieux, on voit bien que ce n’est pas si simple. L’action du gouvernement est d’une part limitée par le Droit qui ne permet pas tout, et d’autre part par les comportements de certains élus qui peuvent soutenir, souvent à des fins électorales, des gens liés à la nébuleuse islamiste. Lorsque le maire de Dijon, François Rebsamen, soutient devant son conseil municipal, un imam lié à la nébuleuse islamo-frériste et calomnie par ailleurs le travail de journalistes réputés pour leurs enquêtes, c’est bien le signe que quelque chose ne fonctionne plus dans notre démocratie, que certains élus ont tourné le dos aux idéaux laïcs et républicains.

Je rappelle tout de même que les Frères Musulmans ont inspiré Al-Qaida ou le Hamas en Palestine.

Comme nous avons pu le voir dans lenquête publiée dans Atlantico et GlobalGeo News sur limplantation des Frères musulmans en Bourgogne, des associations profitent de la loi 1901 pour diffuser leur idéologie. Est-ce que cette loi permettra de dénoncer ce genre de dérives ?

En Bourgogne, l’exemple de l’IESH est frappant. Nous avons longuement enquêté sur ce centre de formation qui est régi par la loi de 1901 et enseigne la théologie musulmane. Il a eu pour fondateur et membre de son conseil scientifique Youssef al-Qaradawi, considéré comme le chef spirituel de l’organisation des Frères Musulmans. Au milieu des années 2000, Qaradawi a émis des fatwas exhortant des jeunes à se kamikazer en Israël ou en Irak. Il a par ailleurs appelé à s’en prendre aux Juifs et aux homosexuels. Il a ouvertement soutenu Ben Laden. Comment la loi peut-elle permettre cela ? C’est une aberration.

En France, l’organisation islamiste des Frères Musulmans utilise en fait la loi de 1901 pour créer des associations culturelles qui font la promotion de son idéologie religieuse. Ses théoriciens français diffusent ainsi le discours de penseurs islamo-révolutionnaires comme Sayyid Qutb en toute légalité, prétendant parler au nom des musulmans de France, alors que dans les faits la plupart de nos concitoyens de confession musulmane ne veulent pas en entendre parler. Ils profitent ainsi de subventions de certaines collectivités qui financent sans le savoir des intégristes qui véhiculent une idéologie dangereuse. Le contrôle du financement de ces associations est donc nécessaire, quitte à revoir la loi de 1901.

A lire aussi : Enquête sur ce laboratoire français des Frères musulmans qui coule des jours tranquilles en Bourgogne au vu et au su de tous

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