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Professeur Zoom : ce que les “cours fantômes” changent à l’université française

Du fait de la crise sanitaire, la rentrée universitaire a été chamboulée et les établissements ont dû s'adapter (trop ?) rapidement à de nouvelles méthodes de travail.

Ulysse Manhes

Ulysse Manhes

Ulysse Manhes est journaliste.

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Ces dernières semaines, la rentrée universitaire en temps de crise sanitaire a obligé les écoles à bien des contorsions, et notamment une modernisation accélérée de ses méthodes d’enseignement. Les professeurs ont, dans un rythme record, adopté les sites de visio-conférences, visité le monde céleste du cloud et découvert (enchantés ou dépités) la pédagogie virtuelle.

Sauf que dans cette refonte rapide et radicale de l’éducation, certaines pertes se font sentir lourdement ; la tabula rasa fait émerger de nouvelles nostalgies inattendues. Du placard des oubliés post-covid, un mammifère de l’ancien monde vient hanter nos étudiants : le maître. Le maître incarné, le professeur en chair et en os, avec sa voix, ses regards, ses gestes, ses mimiques, ses à-côtés du discours, son aura bien particulière. Où est le maître dans l’écran ? Qu’a-t-il encore à transmettre, une fois virtualisé, digitalisé, « zoomisé » (ou « skypisé ») ?

Cette question, nous l’avons posée à des étudiants d’Assas et de l’École Normale Supérieure : « Les cours en distantiel me sont très pénibles, témoigne Adèle, étudiante en master de philosophie. Pendant les vacances, j’ai bullé sur YouTube à regarder des podcasts idiots. Une fois la rentrée entamée, c’est la même chose : je suis sur mon ordinateur, la leçon est désincarnée, le professeur ne regarde plus personne, le son du micro a l’air de résonner dans le vide… J’ai l’impression d’écouter un Youtubeur… »

De son côté, Alexandre, étudiant en deuxième année du Collège de droit d’Assas, semble faire le même constat amer : « J’ai essayé de choisir le plus de cours en présentiel, même si le port du masque pendant des heures est fatigant. C’est mon seul moyen de rester concentré et en contact avec l’enseignement du prof. C’est le seul moyen de garder l’école vivante. Par visio-conférence, il n’y a plus personne. Ce n’est plus un cours, c’est un tuto de droit. J’écoute dix minutes, puis je me déconnecte. »

Des cours-fantômes, des maîtres-youtubeurs, des leçons-tuto, des étudiants rendus brutalement anonymes, des sempiternels problèmes de réseau ou d’identifiants, c’est bien l’un des nouveaux visages de l’université. Dans cette nouvelle page de l’histoire, c’est ainsi la vieille alliance maître-élève qui se trouve profondément ébranlée.

M. Valette, doctorant en lettres modernes et chargé de TD à l’université PSL témoigne à son tour : « Je suis dans mes dernières années de formation universitaire, et je me retrouve seul au front pour terminer ma thèse (il est probable que les soutenances auront lieu par Zoom) ; quant à mes premières années d’enseignement, elles sont fantomatiques : je ne connais le nom de mes étudiants que par les mails qu’ils m’envoient, et j’enregistre mes cours chez moi, avant de leur envoyer un lien pour le télécharger. C’est étrange. Nous sommes tous orphelins. Pourvu que cet état ne soit que provisoire… »

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